Une décharge communale vieille de près de 65 ans à l'abandon à Quiévrain : "Une prise de conscience doit être déclenchée"
C'est un dossier dont les élus actuels ont du mal à parler, car aucun suivi de cette décharge n'a été fait depuis 1997. Après 27 ans, la nature a repris son cours et des déchets seraient enfouis sous terre.

- Publié le 05-10-2024 à 18h00
- Mis à jour le 06-10-2024 à 12h45

"Ce n'est pas parce que je n'ai pas de signal d'alerte, qu'il n'y a pas de problème", s'impatiente la femme politique Ophélie Di Giosa (Engagés). Une décharge communale devient une partie intégrante du paysage, à deux pas de la frontière français, rue du Congo à Quiévrain. Mise en service en 1950, elle a fait l'objet d'une exploitation communale jusqu'en 1997, avec deux warnings de la région wallonne et de la province du Hainaut sur ses manquements en termes de garanties environnementales.
"Depuis 27 ans, c'est le néant", s'alarme la tête de liste pour les Engagés à Quiévrain. La conseillère communale sortante veut en faire un axe de travail dans son programme politique, pour compenser l'absence de prise en charge de cette situation. À ce jour, elle n'a trouvé aucune trace d'un éventuel suivi, ce que lui aurait confirmé la région wallonne, qui est compétente dans les démarches d'assainissement des sols.

Un sérieux problème existerait sans dire son nom, touchant à la fois la santé publique et l'environnemental, terré sous une friche à l'abandon. "Il faudrait des grillages dignes de ce nom", suggère-t-elle pour délimiter le terrain et éviter que des gens ne s'y aventurent. "Aujourd'hui, il n'y a pas de panneaux ou de signalisation. C'est en friche, avec des arbres, des monts. Les poubelles sont enfouies sous terre, la nature a repris le dessus. Un plan d'intervention d'urgence devrait être établi, en cas d'incendie. Ce terrain est toxique et inflammable, car des gaz s'échappent avec les déchets. Un fou allume une allumette, et ça pète. Et des rats se baladent dans les rues."
Enfouis, ces déchets seraient en décomposition depuis 1950, sans jamais avoir fait l'objet d'un assainissement ou d'un dégazage. "On a arrêté de pomper l'eau à proximité et ça pollue la nappe phréatique", affirme-t-elle, dépitée que l'on ait considéré son discours alarmiste lors du débat sur TeleMB. "C'est un sujet qu'on laisse à l'abandon. Il n'y a pas eu de discussion à ce sujet. J'ai le sentiment qu'on veut faire oublier", estime-t-elle.
"Nous, on a envie d'assainir et de le revaloriser. On ferait un appel citoyen, un référendum, pour voir ce que les gens voudraient." Pour elle et ses colistiers, il n'est pas question d'attendre les pétitions, la police ou autre. L'initiative doit être communale, soutenue par la région wallonne. "On ne veut pas alarmer, mais prendre les choses en main. Ça ne sortira pas de la poche des citoyens. Ça viendra de la Spaque", projette Ophélie Di Giosa.
De la "manipulation politique"
Une alerte que l'échevin Frédéric Depont considère comme "une manipulation politique", estimant que "sortir ça la veille des élections est une manière d'effrayer autour de l'endroit. Ce n'est pas opportun de jouer avec les craintes", assène-t-il. En poste depuis 12 ans à l'administration communale, il est conscient de l'existence de cette décharge, "Tout le monde a connaissance de cette décharge depuis qu'elle existe. Les riverains savent qu'elle est là." Mais pour l'élu réformateur, il n'y a pas d'urgence.
"Il n'y a jamais aucun service public qui a signalé une pollution aux riverains. Une réaffectation doit être envisagée s'il y a un projet. Mais c'est à faire avec d'autres partenaires comme la Spaque. On peut effectivement vérifier le niveau de pollution de ce qui pourrait sortir sur les nappes phréatiques, on pourrait faire des analyses pour les riverains. Mais annoncer sans avoir d'éléments… ce n'est pas comme ça qu'on gère ce genre de dossier. On doit contrôler la situation, mais pas l'annoncer comme ça."
Frédéric Depont n'en a pas fait un point de son programme pour la liste Changer Quiévrain, car "ce n'est pas planifié", pointe-t-il. "S'il n'y a pas de problème immédiat, c'est à envisager à moyen terme." Le point sur lequel les deux candidats aux communales sont d'accord, c'est sur le fait que le budget communal ne suffira pas pour financer la réhabilitation de ce site. La région wallonne devra être sollicitée, sur demande.