Quatre jours de révolution fashion à Namur : "l'objectif est d'informer et ensuite de proposer des alternatives durables"
Trois commerçantes lancent la Fashion Revolution Week du 18 au 21 avril à Namur pour inviter les citoyens à repenser leur façon de s'habiller en empruntant une voie plus éthique et un mode de consommation plus raisonné.
- Publié le 01-03-2024 à 10h00

"Le plus durable serait de se balader à poil, nous sommes l'option B". Le ton est donné sur une pancarte à l'entrée du magasin Algo Store, rue des Carmes, où Louise Bouchat s'est installée fin septembre 2023 pour proposer des vêtements intemporels et de qualité qui respectent le vivant (sous toutes ses formes) et la planète (dans toute sa splendeur). Chaque marque est choisie pour son engagement sociétal et environnemental.
Partageant ces mêmes valeurs, Lucie Poumay et Émilie César se sont associées à elle pour lancer la première Fashion Revolution Week.
Lucie a fondé le Wabi-Sabi, rue des Croisiers, un atelier d'upcycling où elle confectionne des vêtements et accessoires à partir de tissus de récupération et d'habits de seconde main.
Quant à Émilie, elle gère l'Atelier-53 rue des Carmes, qui propose des tissus et des fils écologiques (toujours fabriqués de façon éthique) et des ateliers créatifs (couture, tricot, crochet, broderie, macramé, tissage, etc).
Des chiffres percutants
Ces trois actrices de la slow fashion veulent dire stop à la mode rapide et jetable. Pendant quatre jours, elles organiseront donc plusieurs animations dans le quartier des Carmes afin de sensibiliser la population à une mode plus responsable. "L'objectif est d'abord d'informer les gens sur la problématique liée à la fast fashion et ensuite de leur proposer des alternatives durables."
Faut-il le rappeler, l'industrie textile est la deuxième plus polluante après le pétrole. Chaque année 100 milliards de vêtements sont produits dans le monde, c'est deux fois plus qu'au début des années 2000. En Europe, chaque habitant(e) achète en moyenne 26 kg de vêtements par an et en jette 11 kg (60% de plus que début 2000).
Face à ces constats interpellants, deux documentaires seront projetés le 18 avril à 20h au Caméo: Open-Secret, au cœur de la mode made in UK ainsi que Jeans toxiques, la face cachée de l'industrie textile en Turquie. La projection sera suivie d'un débat avec trois invités.
Du vendredi au dimanche, le public pourra participer à des ateliers créatifs pour tricoter, crocheter, broder, révolutionner son dressing, faire sa lessive écologique maison, "upcycler" un vêtement vintage, apprendre à réparer et repriser de façon créative, s'initier à la broderie sashiko (technique japonaise), mieux connaître sa morphologie et sa colorimétrie, etc. Certains ateliers sont payants et sur inscription.
Les Reines du shopping version seconde main
Plusieurs conférences auront pour thèmes: l'alternative du chanvre textile (le 19 avril), la relocalisation de la filière textile en Wallonie et les astuces pour déchiffrer les étiquettes de ses vêtements (20 avril).
Le samedi dès 17h, le public pourra assister à un défilé dans la cour de l'Empreinte Belge. "Il sera divisé en trois parties: la seconde main, avec les boutiques Chez Bonne-Maman et Besap ; les vêtements éthiques avec Algo Store et L'Envol du colibri (boutique de la rue Haute Marcelle) ; et les créations namuroises avec Wabi-Sabi, poursuit-elle. Le dimanche à 14h, le magasin Besap (rue des Carmes) proposera un jeu, Les Reines du shopping, version seconde main. Comme dans la célèbre émission, des candidates auront un thème et un timing précis pour trouver une tenue idéale."
Le samedi, la Maison de l'écologie proposera un jeu de piste en ville, un quiz et des activités ludiques. Les enfants ne seront pas en reste puisqu'ils pourront participer à des ateliers et découvrir des contes à la boutique Ram D'Am.
Louise, Lucie et Émilie avaient à cœur de faire appel à plusieurs commerçants namurois: "Ça montre qu'on est tous unis autour de cette même cause et ça renforce la dynamique durable du quartier, estime Louise. Ça a d'autant plus de sens dans une ville qui a été reconnue Commune du commerce équitable en 2022."
Un pas de plus est franchi dans la capitale wallonne pour un mode de consommation plus raisonné !
Une mode aussi tendance
L'événement des trois Namuroises est inspiré du collectif anglais "Fashion Revolution", créé après l'effondrement du Rana Plaza en 2013 au Bangladesh, qui a fait plus de 1100 morts. L'immeuble abritait des ateliers de confection travaillant pour des grandes marques internationales. Le 24 avril commémore ce drame, devenu le symbole des problèmes liés à la fast fashion et la mondialisation.
Pour Louise Bouchat, la première question à se poser pour se vêtir de façon plus raisonnée est d'analyser ses besoins. "Qu'ai-je déjà et ai-je vraiment besoin de ce vêtement? S'accommodera-t-il avec les autres pièces de mon dressing ou devrais-je à nouveau racheter pour que ça soit le cas? Choisir des pièces intemporelles est une réponse, souligne Louise Bouchat. Ensuite, c'est bien de s'intéresser au vêtement en tant que tel, à sa composition, son pays d'origine et les conditions dans lesquelles il a été fabriqué. Cela dépend des combats de chacun."
Enfin, si la mode éthique semble un peu plus chère, elle est aussi plus solide : "Chez Algo Store, ce sont des matières plus durables avec des finitions bien réalisées. Ce qui permet d'acheter moins", conclut-elle, cassant au passage l'idée reçue selon laquelle s'habiller éthique et durable n'est pas à la mode. "On a des pièces tendance et très branchées!" Pour le constater, il suffit de faire un tour en magasin.