Namur : excédé par les braiments incessants d'un âne, il frappe son propriétaire au pied-de-biche
Devant le tribunal correctionnel, Jean, quinquagénaire namurois, reconnaît avoir "pété un plomb" : privé de sommeil par l'âne d'un voisin qui brayait à longueur de nuits, il a débarqué chez ce dernier et l'a frappé à la tête avec un pied-de-biche
- Publié le 23-10-2026 à 18h22

Pour Jean, l'expression imagée "entendre braire un âne" a furieusement perdu de son charme, pour lui qui l'a vécue au premier degré pendant des mois : "durant la période de canicule, où on avait forcément les fenêtres ouvertes, je suis resté 10 jours sans fermer l'œil." Le quinquagénaire le dit, il a perdu les pédales. Il n'aurait jamais dû rendre cette "visite" nocturne à son voisin. Mais l'âne de ce dernier brayait depuis des jours, des semaines, des mois, à longueur de nuits, visiblement. Un soir de mai, au moment d'aller se coucher, vers 23h30, le braiment de trop a fait basculer Jean dans une violence qui ne lui correspond pas. Informaticien, le prévenu n'a aucun antécédent de violence. "C'est quelqu'un qu'on imaginerait jamais comparaître devant un tribunal", plaide son avocat, Me Bernès. Devant le juge Jadin, l'air piteux d'un gamin qui porterait le bonnet d'âne et la contrition du prévenu semblent en contradiction avec la violence des faits. Et pourtant, cet homme posé, aux airs sereins, le reconnaît, il a "pété les plombs".
"Si tu te plains à la police, je reviens te faire la peau et tes ânes j'en fais de la chair à pâtée."
Cette nuit-là, son voisin a été alerté par l'aboiement de ses chiens. Regardant au travers de la vitre, il a vu une silhouette dans sa cours, celle d'un homme armé d'une barre de fer. Il a ouvert la porte, et demandé à l'individu, qu'il n'a pas reconnu, de quitter les lieux. L'autre a expliqué la raison de sa présence : "Ton âne, je n'en peux plus." Et là, dit le prévenu, ça a dérapé : "Il s'est foutu de moi, j'ai eu un coup de sang." Il a frappé sa victime à la tête avec son pied-de-biche. S'en est suivi un échange de coups. Le propriétaire de l'âne a été bien abîmé. Il a été en incapacité de travail pendant quatre mois. Et là où l'autre avait passé de mauvaises nuits, sans doute, lui a gardé de sombre cauchemars de cette agression. D'autant qu'elle s'est terminée par des propos glaçants : "Si tu te plains à la police, je reviens te faire la peau et tes ânes j'en fais de la chair à pâtée."
Le prévenu est en aveux, les faits ne sont pas contestés. La partie civile réclame 1000 euros de dommages à titre provisionnel et une expertise médicale pour chiffrer précisément le préjudice. Au parquet, la substitute Samain requiert deux ans de prison avec sursis, suggérant que celui-ci soit probatoire, avec notamment pour condition que le prévenu suive une formation à la gestion de la colère. "Il n'a pas attendu de comparaître, explique son avocat, Me Bernès. Jean a déjà suivi une formation et s'est fait aider par un psychologue : "Parce qu'il ne s'est pas reconnu dans ce qu'il a fait, défend Me Bernès. Mais il était en effet à bout. Il avait appelé le propriétaire à plusieurs reprises, sollicité l'agent de quartier ou le service de médiation de la Ville, mais le propriétaire refusait la discussion." Le prévenu le dit lui-même : "ça n'excuse pas mon comportement mais j'espère que vous pourrez comprendre que ça l'explique en partie." Le tribunal en jugera le 20 novembre.