Mexico 86 a 40 ans (3/7) – Michel Renquin raconte la qualif' par la petite porte pour les 1/8e: "Les Diables de 1986 sont nés contre le Paraguay"
Après le clash interne et des prestations décevantes, Guy Thys change (presque) tout. Il lance les jeunes Demol, Grün et Vervoort et le "vieux "Michel Renquin

- Publié le 11-06-2026 à 15h03
- Mis à jour le 11-06-2026 à 15h33

Après avoir pas mal bourlingué notamment en Suisse où il a joué mais aussi entraîné le Servette Genève (de 1991 à 1993), les Espoirs helvètes (1996-1997) mais aussi Nice, le Standard et bien d'autres, Michel Renquin a choisi les hauteurs de Liège pour profiter de sa retraite. "J'aurais bien aimé être près de mes enfants en Suisse mais le montant de ma pension ne me le permet pas."
À 71 ans, l'Ardennais au caractère bien trempé a fait notamment les beaux jours des Rouches. Il habite d'ailleurs à un coup franc de l'Académie Robert-Louis Dreyfuss au Sart-Tilman. Le rendez-vous a lieu à la Taverne de Boncelles où il a ses habitudes. Une petite bière fraîche avant de lancer les hostilités.
"Mon quotidien ? Je marche beaucoup"
Sa silhouette est redevenue svelte mais "ce n'est pas totalement de mon gré. Je suis diabétique et j'ai perdu 30 kg en prenant de l'Ozempic."
Son parcours chez les Diables rouges (55 sélections) n'a pas été un long fleuve tranquille, a été émaillé d'un fait rare (" j'ai décliné l'Euro 1984 parce que je ne voulais pas laisser tomber mes copains du Servette Genève") mais a connu un unique fil rouge : Guy Thys. Qu'il a nommé tout au long de l'entretien Monsieur Thys : "Un grand Monsieur d'une correction exemplaire".
Pourquoi avoir choisi celui qui a joué plus de 350 matchs sous le maillot du Standard avec une coupe de Belgique au palmarès (1981) pour ce match face au Paraguay le 11 juin 1986 ? Parce que sa Coupe du Monde a débuté ce jour-là…
S'il est ravi de regarder dans le rétro pour notre série qui célèbre les 40 ans de cette épopée mexicaine, Michel tient à rendre hommage à un autre exploit des Diables rouges qui, pourtant, a peut-être moins marqué les imaginations.
"Le summum, c'était l'Euro 1980 où nous éliminons l'Italie chez elle en demi-finale, l'Angleterre et l'Espagne (défaite en finale contre l'Allemagne de Hrubesch, 2-1). Nous formions une équipe intelligente et très soudée avec un coach chaleureux qui ne devait pas beaucoup parler pour être respecté. En 1986, nous avons eu un peu de chance. En 1980, nous sommes allés chercher les résultats sur le terrain sans devoir rien à personne. "

En 1982, il dispute les deux matchs catastrophiques contre la Pologne (0-3) et contre l'URSS (0-1). À l'issue de la compétition, après un bref passage à Anderlecht, il prend tout le monde à contre-pied en optant (c'était rare à l'époque) pour le Servette Genève.

"Monsieur Thys m'a fait comprendre que le niveau de la compétition helvète m'écartait des Diables rouges. Moi, je ne jouais pas pour être international. Je voulais prendre du plaisir (il a été champion de Suisse en 1985 et a remporté deux Coupes nationales 1983 et 1984)."
Effectivement, durant près de deux ans, il disparaît du casting. Pourtant, Guy Thys ne l'oublie pas. À quelques encablures de l'Euro 1984 en France, coucou le revoiloù mais, fait unique, le joueur refuse sa sélection privilégiant son club. C'est le jeune Georges Grün qui a été appelé in extremis.
"Monsieur Thys ne m'avait plus sélectionné depuis 2 ans. À la suite de la suspension de plusieurs joueurs pour l'affaire Standard-Waterschei (Gerets, Meeuws,…), il me tâte sur ma disponibilité. "Si vous avez besoin de moi, je serais là" lui ai-je répondu tout en précisant que je mettais mon club en numéro 1. Depuis deux ans, au Servette, nous avions construit quelque chose. Je ne pouvais pas les laisser tomber dans le sprint final (il va perdre le titre face aux Grashoppers mais gagner la Coupe). Malgré la compréhension du coach, l'Union belge m'a infligé une grosse amende. Le président du Servette Carlo Lavizzari, qui avait apprécié mon geste, l'a réglé rubis sur ongle. La classe."
Fait unique : il a refusé l'Euro 1984... parce qu'il ne voulait pas lâcher le Servette Genève
Obstiné, Guy Thys ne le perd pas de vue. Il dispute le fameux match de barrage face aux Pays-Bas en octobre 1985. Du moins l'aller au stade Constant Vanden Stock…
"J'ai pris une bête carte jaune qui me prive du retour. Monsieur Thys me fait comprendre que si je veux avoir une chance d'accompagner les Diables rouges à la coupe du Monde au Mexique, il serait préférable que je rentre en Belgique. Le 1er janvier 1986, je reviens donc au Standard. Nous réalisons un second tour d'enfer. Je me refais une santé. En fin de saison, j'ai commis une erreur, j'avais pris un peu de poids (mon péché mignon…) et j'ai voulu le perdre pour me sentir mieux."
Après un stage fructueux à Ovronnaz en Suisse ("On se baladait pour s'acclimater à l'altitude"), retour au pays avant l'envol pour le Mexique.
Lors du dernier match amical contre la Bulgarie, il remplace Franky Van der Elst à la pause mais ne convainc pas son entraîneur.
"Mon compagnon de chambre, Michel Dewolf, est devenu un ami"
"J'ai perdu ma place dans l'axe de la défense sur cette mi-temps. Place que je tenais depuis quelque temps. Michel Dewolf était mon compagnon de chambrée. J'ai plutôt envie de dire mon ami car je ne l'ai jamais vu comme un concurrent. J'avais appris ce sens du partage par Maurice Maertens. Un immense joueur qui m'avait aidé alors qu'il était mon concurrent direct lors de l'Euro 1980. Monsieur Thys a été très correct et m'a dit d'être patient."
Patience qu'il a éprouvée sur le banc de touche lors des deux premiers matchs contre le Mexique (2-1) et l'Irak (2-1) avant le basculement.
"J'étais parti avec une seule idée en tête : être prêt quand on aura besoin de moi. Des tensions désagréables montaient au sein du groupe. Monsieur Thys était suffisamment diplomate pour ne pas afficher son désaccord tactique avec René Vandereycken. Il a réglé le problème à sa manière : retour au pays pour le joueur et changement radical pour le match contre le Paraguay. "
Pour être radical, ce fut radical. Pas moins de six joueurs ont soit intégré l'équipe soit ont changé de position. L'imaginaire collectif a conservé l'arrivée massive des jeunes (Demol, Grün, Vervoort,…) mais, au milieu de la new generation, il y avait le… vieux Renquin (31 ans).
"C'était un coup de poker qui s'est avéré décisif pour la suite du tournoi. C'était la première fois que cette défense à cinq évoluait ensemble. Comme si nous jouions un match de préparation au beau milieu d'une Coupe du monde. Ce jour-là, même si nous n'avons pas joué le match du siècle, il s'est passé quelque chose. Un groupe s'est formé. Les trentenaires comme Gerets, Ceulemans ou moi avons compris que cette jeunesse avait une grande envie. En tant que libero, je me suis d'emblée senti à l'aise dans une défense à cinq."

On ne change pas une équipe qui ne gagne pas… L'ogre de l'Union soviétique aurait pu voir dû être le terminus de l'aventure.
"C'était une équipe énorme ! Sans doute un morceau trop gros pour nous. D'ailleurs, à la mi-temps, le score aurait pu être de 2 ou 3-0 (c'était 1-0, but de Belanov aux alentours de la demi-heure). Nous avons tenu bon et, dans les prolongations, nous étions clairement supérieurs. Quand j'ai parlé du brin de chance en début d'interview, elle faisait référence à ce match. Peut-être avons-nous marqué sur hors-jeu mais nous n'avons pas volé notre victoire."
"Contre l'URSS, cela aurait pu être 3-0 à la mi-temps"
Après ce succès qui trotte encore dans les mémoires de celles et ceux qui avaient au moins dix ans en 1986, personne n'a oublié la séance de tirs au but face à l'Espagne. Et le célèbre "vas-y, marque-nous ça Léo" du regretté Roger Laboureur.
"Face à la Roja, nous avons disputé un match très solide. Les deux équipes se tenaient vraiment de près. Je ne figurais pas parmi les cinq premiers tireurs. J'ai été très heureux que Léo Van der Elst entérine notre qualif parce que j'étais le 6e désigné."

Pas question de refaire l'histoire, mais Michel oscille entre regret et admiration pour le choc face à Diego Maradona en demi-finale.
"J'étais fan du joueur, moins du tricheur. S'il avait été exclu pour sa fameuse "main de Dieu" en quarts de finale face à l'Angleterre (le 22 juin), il n'aurait pas pu jouer et nous aurions peut-être été en finale. Néanmoins, le voir jouer était un régal même si je préfère Cruyff. Ce n'est pas un hasard si mon fils se prénomme Johan. Maradona a fait à lui seul la différence sur deux actions de classe (NdlR : à 1-0, il est remplacé par Philippe Desmet). À 0-0, sans un arbitrage contestable (annulation d'un hors-jeu totalement inexistant), nous aurions pu mener au score. Et qui sait… Mais je reste persuadé que l'Argentine devait aller en finale."
Blessé à l'aine, Michel va quand même rendre service pour le match "pour du beurre" contre la France.
"On était cramé. De plus, cela n'avait plus beaucoup d'intérêt. J'ai tenu une mi-temps puis basta."
Le retour au pays est festif. Jusque dans son village.
" Mon beau-frère a invité tout le village de Petit Thier pour mon retour"
"J'avais eu quelques contacts téléphoniques pendant le Mondial. Des amis étaient fiers de ce que nous réalisions. Certains étudiants ont raté des examens à cause de nous… Quand je suis revenu chez moi à Petit Thier à côté de Vielsalm, mon beau-frère avait fait venir tout le village. Bière, vin, barbecue. C'était presque aussi bien que la Grand-Place…"
La Coupe du monde et ses flonflons derrière lui, Michel part avec sa femme et ses deux enfants en bas âge pour des vacances en Tunisie. Elles ont duré… trois jours !
"L'Union belge me téléphone pour m'annoncer que j'étais sélectionné pour l'équipe des Étoiles du Monde pour jouer contre les Amériques le 27 juillet à Pasadena. Un moment inoubliable. Mon coach était l'une de mes idoles Franz Beckenbauer. J'ai joué aux côtés de Magath, Stielike, Strachan, Belanov, Rocheteau, Rossi,… En face, j'ai retrouvé Diego Maradona avec qui j'ai échangé mon maillot, Julio Cesar, Falcao,… "

La saison post-Mondial s'est muée en calvaire. Genou explosé dès le premier match amical. Six mois de galère.
"Un dirigeant du Standard m'a fait comprendre que je coûtais trop cher et je devais me trouver un club. J'ai trimé pour rejouer à un bon niveau. Ce même dirigeant est venu me féliciter et me dire que je pouvais rester. Trop tard, j'avais trouvé Sion comme nouveau port d'attache. "
Un Ardennais pur jus. Faut pas lui marcher sur les pieds...
La fiche technique
Paraguay – Belgique 2-2
Stade La Bombonera (Toluca)
Paraguay : Fernandez Bonillo, Bautista Torales, Zavala, Delgado, Amado Numez, Ferrera, Romero Isfran, Cabanas, Canete, Mendoza (67e Angel Hicks), Guasch.
Belgique : Pfaff, Grün (89e L. Van der Elst), Broos, Renquin, Vervoort, Demol, Scifo, Ceulemans, Vercauteren, Veyt, Claesen.
Les buts : 32e Vercauteren (1-0), 5Oe Cabanas (1-1), 60e Veyt (2-1), 76e Cabanas (2-2).