L'ego mal placé des sprinters
Les championnats du monde de Doha ont refermé une saison 2016 rondement menée par Peter Sagan. Si le Slovaque a reconnu avoir eu de la chance dans le scénario et dans le sprint, il a surtout été aidé par les sprinters… Une humeur de Nicolas Christiaens.
- Publié le 17-10-2016 à 14h37
- Mis à jour le 17-10-2016 à 14h48

Les championnats du monde de Doha ont refermé une saison 2016 rondement menée par Peter Sagan. Si le Slovaque a reconnu avoir eu de la chance dans le scénario et dans le sprint, il a surtout été aidé par les sprinters…
On a beau la vanter, la domination collective de l'équipe belge ce dimanche n'a rien rapporté de plus qu'une médaille de bronze. Naesen, Stuyven et Keukeleire n'en ont-ils pas trop fait sur le circuit final ? N'aurait-il pas fallu s'économiser une fois l'écart avec le second groupe acquis, et en profiter pour lancer des attaques ? Certes, les jambes de tout le monde étaient lourdes, mais en déléguant le seul Van Avermaet dans le dernier tour pour suivre les attaques attendues de Terpstra, les Belges ont plus "contrôlé" la course qu'ils ne l'ont dynamitée à un moment précis où ils étaient encore en supériorité numérique.
Bien sûr, il est difficile de se mettre dans la tête de chaque coureur. Les bordures et la chaleur ont entamé la plupart de leurs réserves, et c'est peut-être au nom de cela que Tom Boonen espérait battre un Cavendish au sprint. Mais Sagan était-il accessible ? Le Slovaque est le numéro 1 mondial incontestable et il est plutôt à l'aise avec le vent, comme en avait témoigné l'étape de Montpellier au Tour de France. Jurgen Roelandts, qui au vu de son relais de 800 mètres pour aller rechercher Leezer avait encore de la force, n'aurait-il pas dû tenter d'accompagner le Néerlandais dans son offensive à 2,3 kilomètres de l'arrivée ? Les deux hommes se seraient alors sans doute disputé le maillot arc-en-ciel dans un sprint à deux.
Mais plus que la tactique belge qui a été irréprochable jusqu'au moment d'arriver dans la finale, c'est celle des autres nations qui a interpellée. Car si Cavendish n'aurait rien pu faire de plus et croyait légitimement en ses chances de battre Sagan au sprint, certains ont montré beaucoup d'ego en attendant le sprint. On pense notamment à Boasson Hagen et Kristoff. Les deux Norvégiens, à l'aise sur les classiques flandriennes, étaient-ils cuits au point de ne pas faire ce qu'un modeste Tom Leezer a fait dans la finale ?
La France ridiculisée
Plus que les hommes qui figuraient dans la bonne bordure, ce sont les Français et les Allemands qui sont à blâmer. Car les Belges n'ont rien fait de plus que ce qu'ils avaient prévu et annoncé. Pourtant, au moment décisif, Arnaud Démare était très loin du compte. Nacer Bouhanni, lui, était dans le deuxième groupe mais s'il peut duper France Télévisions qui ne retransmet que tardivement les courses autres que le Tour de France, il ne dupera pas le public belge qui a bien vu qu'il n'était à aucun moment dans la roue d'André Greipel, le dernier qui a explosé au moment crucial.
Et s'il était tout proche d'accrocher le bon wagon, le gorille a déçu au même titre que Kittel et Degenkolb, voire Gaviria. Alors certes, il n'y a pas de la place pour tout le monde dans les 25 premières positions du peloton mais les Belges, eux, y étaient en nombre. Et les Italiens, qui ne sont pourtant pas des spécialistes des bordures, n'ont pas non plus loupé le bon wagon. Comment expliquer ces fortunes diverses ? La lecture de la page du quotidien L'Equipe consacrée à la faillite des sprinters français a de quoi interpeller. Il en ressort que Bouhanni et Démare ont passé plus de temps ces derniers jours à étudier leur train en vue du sprint qu'ils attendaient tant plutôt qu'à accompagner leur sélectionneur pour une reconnaissance dans le désert. Ils auraient pourtant dû être les premiers à se réjouir d'avoir un terrain de jeu permettant d'écarter quelques sprinters pour en découdre dans un petit groupe. A moins, bien sûr, qu'ils se croient plus rapides que Kittel, Greipel, Cavendish et Sagan dans un sprint de costauds. Si c'est le cas, il y a un vrai problème d'ego…