Tour de France 2026 – "Dans l'oreillette, c'est moi qui parle, pas Paul" : équipier de Seixas, Tiesj Benoot est le guide de la pépite française
Le coureur de chez Decathlon CMA CGM a sérieusement douté de pouvoir être au départ de son dixième Tour de France pour y épauler un leader qui l'impressionne chaque jour.

- Publié le 22-07-2026 à 08h59

Allongé sur la table de massage de son ostéopathe Jérôme, Tiesj Benoot a la voix qui respire la détente et le lâcher-prise. Un moment d'abandon auquel goûte avec plaisir celui qui est actuellement engagé dans son dixième Tour de France. Ce cap, le coureur de chez Decathlon CMA CGM a sérieusement douté l'atteindre cet été, embêté par une hernie discale qui l'a privé de toute la campagne des classiques.
Capitaine de route d'une formation française en plein boum, le papa de la petite Roos, avec qui il pédale en prélude de certaines étapes, a profité de son moment de détente quotidien pour se laisser aller à la confession.


Ses doutes sur sa participation au Tour
"Au Grand Départ avec 10 semaines d'entraînement"
"Mon problème de dos et cette hernie discale ont nécessité une double opération à la mi-février. Après des premières semaines uniquement axées sur des exercices de kiné, j'ai vraiment repris l'entraînement au moment de Paris-Roubaix, autour du 10 avril seulement. Et encore, je ne pouvais pas encore réaliser tous les exercices qui jalonnent habituellement les séances… Ce n'est que lorsque je suis allé en Sierra Nevada en mai pour un stage d'altitude de quatre semaines que j'ai par exemple pu sprinter et réaliser mes premières longues ascensions. Même si ma blessure semblait appartenir au passé à ce moment-là, j'avais tout de même une forme d'appréhension car je me demandais comment mon dos allait réagir à ses sollicitations. Mais tout s'est parfaitement déroulé. J'ai ensuite constaté que mes jambes tournaient vraiment de mieux en mieux. À 32 ans, c'est vrai que je suis un coureur d'expérience, mais jamais encore je n'avais eu à composer avec un repos forcé de deux mois, c'était tout neuf pour moi. De janvier à début juin, j'ai douté de ma participation au Tour. Ce n'est qu'une à deux semaines en amont du Tour de Suisse que j'ai senti que cela allait le faire. Avec 10 semaines d'entraînement dans les jambes (sourire)… Mes dirigeants ont été d'un soutien exemplaire durant toute cette période. Ma participation au Tour était une motivation, mais jamais je n'ai ressenti de la pression pour forcer mon retour."
Son niveau et son équipe
"Je préfère rouler en tête que derrière les UAE"
"Je ne cache pas être surpris par mon niveau depuis le début de ce Tour de France. J'espérais évidemment être en bonne condition, mais ce qui me surprend vraiment, c'est le fait de ne pas avoir connu la moindre mauvaise journée pendant les deux premières semaines de cette Grande Boucle. Lors de ma période chez Visma par exemple, je devais habituellement toujours composer avec de mauvaises sensations pendant deux, voire trois journées. Mon entraînement n'a pourtant pas fondamentalement changé même si l'accent est mis sur des thématiques un peu différentes. Je me dis que c'est peut-être la fraîcheur liée à mon début de saison tronqué qui explique ce phénomène. J'ai en tout cas toujours pu accomplir le boulot qu'on attendait de moi jusqu'ici, tant lors des étapes de sprints pour Kooij que sur celles déterminantes pour le général où j'ai bossé pour Seixas. J'ai fait le tempo dans certaines bosses à la demande de Paul mais j'aime ça. Je préfère toujours rouler en tête que derrière les UAE (rires)… Il y a vraiment une très chouette dynamique dans cette équipe qui est en pleine ascension. On sent que tout le monde veut l'aider à grandir, à devenir toujours meilleure. C'était aussi le cas chez Visma, mais quand on gagne les trois grands tours sur une saison comme cela a été notre cas en 2023, les années suivantes sont fatalement comparées à cette référence…"
Son leader Paul Seixas
"Il découvre le Tour mais en maîtrise déjà les codes"
"Comme pour tout avec lui, Paul apprend à une vitesse folle sur le Tour de France. Il découvre la plus grande course du monde, mais il en maîtrise déjà les codes. Lors de la deuxième étape qui s'achevait à Montjuïc, il m'a demandé en début de journée si la densité du public au bord de la route était normale et si cela allait être comme ça jusqu'à l'arrivée. Je lui ai répondu qu'il allait vivre dans ce contexte pendant trois semaines (rires)… Il m'a juste répondu "ah, OK" et il s'est à nouveau reconcentré sur sa course. Il assume avec de plus en plus d'assurance, mais jamais d'arrogance, son leadership dans l'équipe. Il parle davantage lors des briefings, donne son avis et sait très clairement exprimer ce qu'il veut et attend de l'équipe. Voir un jeune gars de 19 ans être aussi clair et direct dans sa communication, c'est vraiment impressionnant. À l'oreillette, en course, ce n'est en revanche pas lui qui parle mais moi. Cela fait partie de mon rôle de capitaine de route et ça doit permettre à Paul d'être plus concentré sur la course. Quand il attrape son micro, c'est vraiment qu'il a un truc très précis à demander ou que les circonstances l'exigent."