"Le chrono, c'est un truc qui ne ment jamais !": Alec Segaert, l'autre atout belge pour le Mondial de contre-la-montre, est amoureux de la discipline
Le champion de Belgique de la spécialité disputera dimanche son tout premier championnat du monde chez les élites.

- Publié le 17-09-2026 à 10h59

Dans le lobby de l'hôtel Delta de Montréal, le sourire accroché sur un visage qui culmine à près d'un mètre nonante du sol agit comme un phare. Cinquante-cinquième d'un Grand Prix pourtant éreintant, Alec Segaert (23 ans) semble oublier la fatigue en songeant à la suite de son séjour canadien.
Ce dimanche, le champion de Belgique du contre-la-montre incarnera l'autre atout noir-jaune-rouge sur un Mondial de chrono pour lequel Remco Evenepoel fait figure de favori n° 1. Un rendez-vous que cet étudiant en ingénierie civile à la KUL (il a encore passé un examen il y a quelques semaines) a accepté de préfacer avec nous.
Ses ambitions sur le Mondial de chrono
"Après des médailles dans les championnats du monde juniors (NdlR : bronze à Bruges en 2021) et chez les espoirs (bronze à Zurich en 2024), c'est la toute première fois que je serai au départ d'un Mondial élites, avec les meilleurs rouleurs du peloton. Je suis forcément impatient. Nous découvrions vraiment le tracé samedi, lors de la reconnaissance officielle, même si on l'a évidemment étudié au travers de toutes les applis d'analyse dont nous disposons désormais. C'est un tracé plane, à l'avantage de gros rouleurs comme Ganna et Küng mais sur lequel Remco fera à nouveau figure de grandissime favori. La distance de 39,2 kilomètres est un peu longue pour moi, j'ai le plus souvent enregistré mes meilleurs résultats sur des tracés plus courts, oscillant entre 10 et 30 bornes. Cela va paraître bateau comme réponse, mais je n'ai pas envie de définir un objectif chiffré précis. Je pourrais être heureux avec un top 20, comme déçu par un top 10 si j'estimais avoir commis certaines erreurs. L'essentiel, à mes yeux, ce sera vraiment d'être satisfait de la manière dont j'ai géré mon truc."

Son frère comme entraîneur
"En rejoignant l'équipe Bahrain-Victorious l'hiver dernier, j'ai retrouvé mon frère aîné Loïc (27 ans) qui est aussi mon entraîneur. Déjà lorsque j'étais actif dans le triathlon à l'adolescence, c'est lui qui me construisait mes programmes. Cette proximité est pour moi un vrai atout car il me connaît par cœur, il sait lire et interpréter la manière dont je me sens à certains petits signaux. Quand il est nécessaire d'adapter les entraînements, on en discute et nous sommes très souvent d'accord sur la meilleure option. Tant que les choses continuent de se passer aussi bien, je n'ai vraiment aucune raison de chercher à changer de coach. Nous écrivons chacun notre carrière et notre trajectoire mais c'est génial de nous retrouver tous les deux au niveau World Tour dans nos jobs respectifs ! Pour le championnat du monde de chrono ce dimanche, c'est lui qui va m'établir ce que l'on appelle dans le jargon mon "pacing plan", c'est-à-dire le tableau de marche des puissances que j'aurai à soutenir tout au long du parcours. Une tâche cruciale pour laquelle je lui fais entièrement confiance."
Sa passion pour le chrono
"Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours eu une forme d'attirance naturelle pour le contre-la-montre. Quand j'étais petit et que je m'installais devant la télé, j'étais captivé par Fabian Cancellara ou Tony Martin par exemple. Je trouve qu'il y a une dimension esthétique dans le chrono, c'est tellement beau à voir quand un spécialiste est à l'œuvre. Dans le genre, Remco est fantastique. Comme coureur, ce qui me plaît dans l'exercice en solitaire, c'est que c'est une discipline extrêmement honnête. Cela ne ment jamais par rapport à la performance physique qu'on vient de livrer. J'aime aussi toute la méticulosité de l'approche, le contrôle que l'on peut avoir sur une journée au cours de laquelle on va chercher à ce qu'aucun petit grain de sable ne vienne enrayer la mécanique. Quand on s'investit dans le chrono, on en est le plus souvent récompensé. Ces dernières semaines, j'ai effectué plus de la moitié de mes entraînements sur mon vélo de chrono pour des exercices spécifiques mais aussi pour être aussi à l'aise que possible dans ma position. Je pense avoir préparé comme il le fallait ce championnat du monde avec un stage en altitude au Lioran au moment du Tour de France."
Un rôle important sur la course en ligne

"C'est la toute première fois que je voyage au Canada, un pays où je suis vraiment content de passer trois semaines, entre notre arrivée en amont des Grands Prix et la fin des championnats du monde. On va avoir le temps de sillonner la région de Bromont, où nous sommes installés depuis lundi, puis celle de Montréal lors de nos entraînements. Serge Pauwels, que je connais depuis plusieurs années puisqu'il était souvent dans la voiture derrière moi lors des championnats de chrono chez les jeunes, m'a fait confiance pour la course en ligne et j'en suis très fier. Je serai très probablement le premier gars à travailler pour l'équipe, notamment sur toute la partie en ligne d'un peu plus de 100 bornes qui nous amènera au circuit de Montréal. Mais je suis déterminé à m'accrocher pour tenir le plus longtemps possible. Comme dimanche sur le GP de Montréal que je voulais vraiment finir (55e, 59 coureurs sur 153 à l'arrivée seulement). Si je suis dans la sélection, c'est que j'ai mérité ma place et je n'ai pas d'inquiétude sur ma capacité à assumer le rôle que le sélectionneur m'assignera."