Nos consultants analysent le parcours du Tour de France 2027 : "Remco a une opportunité à ne pas laisser passer"
Un Tour pour les Belges, deux chronos pour Evenepoel et un terrain de jeu pour van Aert : nos consultants confrontent leurs analyses sur le parcours 2027.

- Publié le 24-10-2026 à 15h56

Septante et un kilomètres de chrono. Depuis la présentation du parcours 2027, le chiffre nourrit les espoirs belges. Avec deux contre-la-montre individuels et une montagne répartie différemment que ces dernières années, la prochaine Grande Boucle offre à Remco Evenepoel un terrain pour se rapprocher encore un peu de Tadej Pogacar. Elle réserve aussi de belles occasions aux sprinters et aux chasseurs d'étapes, dont Wout van Aert.
Nos consultants Jean-Luc Vandenbroucke, Johan Museeuw, Axel Merckx, Rik Verbrugghe et Kevin Van Melsen ont décortiqué ce menu. Avec un enthousiasme partagé sur les possibilités belges.
1. Ce Tour de France est-il dessiné pour les Belges ?
Un premier maillot jaune pour un sprinter, des arrivées pour les puncheurs, puis un chrono susceptible de propulser Evenepoel aux commandes : la première semaine a de quoi faire rêver en noir-jaune-rouge.
"Avec Jasper Philipsen et Tim Merlier, on a deux belles cartes dans les sprints", relève Axel Merckx. Encore faut-il que le second soit au départ, dans une équipe Soudal Quick-Step qui devra aussi réfléchir à la place de Paul Magnier. Johan Museeuw verrait volontiers les deux associés dans un Wolfpack tourné vers les victoires d'étape. Jean-Luc Vandenbroucke s'attend, lui, à un choix cornélien entre les deux hommes.

Au-delà de cette sélection, Kevin Van Melsen apprécie surtout la variété des scénarios. "Il y a des sprints, mais aussi des étapes un peu punchy, avec des arrivées parfois en montée. On a plusieurs cartes pour avoir un Belge en jaune durant les premières étapes." Et plusieurs occasions de changer de leader avant la première grande explication individuelle entre Blois et Chambord (38 km).
On a plusieurs étapes pour avoir un Belge en jaune en première semaine.
Pour Evenepoel, celle-ci constituera forcément un rendez-vous majeur. "Ce premier chrono, c'est le moment pour Remco de prendre le maillot jaune", estime même Museeuw. Le Brabançon, qui n'a jamais porté le maillot de leader sur le Tour, aura l'occasion de faire la différence dans son exercice de prédilection avant d'entamer la bagarre en haute montagne.
C'est surtout le rééquilibrage entre les disciplines qui enthousiasme Axel Merckx. "Comme Remco est dominant dans les chronos, les organisateurs se sont dit que la manière de faire sortir Pogacar de sa zone de confort était d'essayer de mettre de la distance dans les contre-la-montre. Je pense que c'est presque un parcours sur mesure pour le Belge."
Remco part avec un avantage de trois minutes sur Pogacar.
Au point de l'imaginer se battre pour la victoire à Paris ? Jean-Luc Vandenbroucke envisage un avantage de "plus de trois minutes" sur l'ensemble des deux chronos face à ses adversaires du général. Merckx avance plutôt un minimum de deux minutes, dans un scénario favorable face à Pogacar. Des projections qui disent l'espoir suscité par le tracé.
Rik Verbrugghe apporte d'ailleurs une nuance importante : "Sur un Tour de France, quand il est en forme, Pogacar n'est pas si loin de Remco dans un chrono." Le Slovène demeure un excellent rouleur, même si le Belge lui est supérieur.
![Rik Verbrugghe est un ancien coureur cycliste belge, né le 23 juillet 1974 à Tirlemont en Belgique. Professionnel de 1996 à 2008, il termine sa carrière au sein de l'équipe Cofidis. Sa meilleure année fut 2001, où il a remporté la Flèche wallonne, le Critérium International, le prologue du Tour d'Italie, la quinzième étape du Tour de France, le Sprint d'or et le Vélo de cristal[1]. Ses qualités de rouleur lui ont permis de remporter plusieurs épreuves de contre-la-montre. En 2009 et 2010, il occupe le poste de directeur sportif chez Quick Step. Il s'engage avec l'équipe américaine BMC Racing pour la saison 2011. Après avoir été directeur sportif de l'équipe IAM en 2015 et 2016, il devient sélectionneur de la Belgique en 2019 et 2020.](/resizer/v2/S5VKD3X55FFF3BW6V4SEHXNP7I.png?auth=f7de7396ae782d9e1067448e39a726cad814c6091c7a6c8532a5212a19f451ed)
D'autant que la montagne n'a pas disparu. Le Grand Colombier, les passages par Domancy et, surtout, les 5 400 mètres de dénivelé de l'étape du col du Portet imposeront d'autres vérités. "Il faudra la passer, quoi qu'il arrive. Et ça sera des journées difficiles", rappelle Verbrugghe.
Vandenbroucke met aussi en garde contre une lecture trop tranquille du départ britannique : routes étroites, nervosité, vent éventuel… "Le Tour de France, c'est tous les jours une classique. On ne peut pas parler de la première semaine comme d'une semaine de récupération. Il faudra batailler chaque jour."
2. Remco doit-il faire du Tour l'objectif numéro un de sa saison ?
Sur la priorité à donner à juillet, le consensus est large. Verbrugghe formule même le message le plus fort : "Si j'étais Remco, je miserais vraiment tout sur le Tour de France. C'est peut-être l'année où il pourrait battre Pogacar sur un parcours comme celui-là. C'est une opportunité à ne pas laisser passer."
Deuxième en 2026, Evenepoel a trouvé, au sein de sa nouvelle équipe, une méthode qui lui a permis de franchir un cap. Pourquoi bouleverser cet équilibre ? "Son approche était idéale. Il faut simplement répéter cela", poursuit notre consultant.
C'est peut-être l'année ou jamais pour battre Pogacar.
Kevin Van Melsen partage cette lecture. "Ce serait un risque, surtout au vu du parcours qui va l'avantager davantage, de changer tout ce qui a bien fonctionné en 2026." Il souligne les bénéfices des stages et de la longue préparation sans compétition avant juillet, malgré les interrogations que cette coupure avait suscitées.
L'idée d'un doublé Giro-Tour convainc donc peu, y compris au sein de son équipe : Ralph Denk, le patron de Red Bull-BORA-hansgrohe, s'est lui aussi montré "pas fan" de cet enchaînement pour son leader.
"S'il vise le Tour, je suis persuadé que Remco ne fera pas le Giro", tranche Merckx. Vandenbroucke ne juge pas les deux épreuves incompatibles, mais estime lui aussi que la priorité doit clairement aller à la Grande Boucle. Avec une réserve : "Moi, je ne miserais pas tout sur le Tour." La concurrence et les aléas d'une course de trois semaines invitent à conserver d'autres ambitions.

C'est justement au moment d'imaginer la construction du reste du calendrier de la saison que les avis divergent davantage. Milan-Sanremo rassemble largement. "Remco se doit d'y être. Il a les qualités pour la gagner", affirme Vandenbroucke. Verbrugghe ajouterait également la Primavera à un programme dont il conserverait l'ossature de 2026. Van Melsen évoque pour sa part une séquence Strade Bianche-Sanremo pour découvrir d'autres horizons.
Si j'étais Remco, j'irai à Milan-Sanremo mais pas à Paris-Roubaix.
Paris-Roubaix divise beaucoup plus. Museeuw imagine volontiers Evenepoel tenter l'aventure de l'Enfer du Nord, dans la logique d'un champion qui veut enrichir sa collection. "On peut chuter partout", rappelle le Lion des Flandres, qui n'exclut pas qu'une telle orientation l'amène à renoncer à Liège-Bastogne-Liège, déjà remporté deux fois.
Les autres se montrent plus réservés. "À sa place, je n'irais pas à Roubaix. Je ferais le Tour des Flandres, puis les Ardennaises avant de couper pour préparer le Tour", propose Merckx. Verbrugghe reporterait cette découverte à une phase plus tardive de sa carrière. Van Melsen insiste : "Paris-Roubaix, ce n'est pas le Tour des Flandres. C'est quelque chose de totalement différent."
Le défi sera donc de nourrir son appétit de nouvelles conquêtes sans fragiliser la préparation de juillet. Mais faire du Tour sa priorité ne signifie pas nécessairement renoncer à un grand printemps.
3. Quelles possibilités pour Wout van Aert ?
Pour Wout van Aert, le Tour de France offre également de multiples occasions de briller. "Il y a des étapes pour les puncheurs comme Wout", souligne Museeuw. Verbrugghe le situe dans un registre spécifique : "Ce n'est pas un vrai sprinter. Il peut disputer des sprints, mais battre un Merlier ou un Magnier… C'est plutôt un sprinter-puncheur."
D'où l'intérêt d'une éventuelle association avec Matthew Brennan, déjà fructueuse à la Vuelta. Le Britannique pourrait prendre sa place dans les arrivées rapides et le Belge exploiter les journées plus usantes. "Si la course est dure avant, Wout a encore une pointe de vitesse très intéressante", rappelle Van Melsen.
Cette complémentarité aurait aussi un avantage mental : répartir les responsabilités. À condition de fixer le cadre. "Les rôles doivent être très clairs et bien définis avant le départ. Chacun doit avoir l'une ou l'autre étape cochée pour lui", poursuit-il.

Pour Van Melsen, van Aert peut viser une ou deux victoires, voire un maillot jaune dans les premiers jours. Une perspective qui rejoint celle de Museeuw : "Avec un duo comme van Aert et Brennan, on peut déjà gagner plusieurs étapes dans la première semaine."
Avec Brennan et van Aert, Visma peut gagner plusieurs étapes.
Reste à convertir ces possibilités face au polyvalent et glouton Tadej Pogacar. Axel Merckx rappelle aussi la qualité de Mads Pedersen dans ces arrivées où la résistance compte autant que la vitesse. Sans oublier Mathieu van der Poel, que Museeuw cite naturellement aux côtés de WvA parmi les hommes qui doivent être satisfaits du tracé.
Avec des sprints usants, des bosses, des journées ouvertes aux coureurs de classiques, c'est une certitude : Wout van Aert aura de quoi s'exprimer. Preuve d'un tracé qui a l'accent plus belge que jamais.
