Petits génies du foot à l'adolescence, ces trois Belges sont au chômage : "Dois-je encore faire des efforts pour ce monde de faux culs ?"
Patoulidis, Bongiovanni et Boonen étaient considérés comme des futurs cracks il y a quelques années à peine, avec déjà un gros salaire. Ils ont aujourd'hui entre 22 et 24 ans et voient leur carrière différemment.

- Publié le 29-11-2023 à 12h06

Les magasins ont déjà installé les décorations de Noël. Et la météo appuie encore un plus peu le constat : l'été est très loin. Mais de nombreux footballeurs restent encore sans club, après quatre gros mois de compétition.
Une cinquantaine de footballeurs belges qui ont au moins touché le professionnalisme du bout des doigts, est au chômage actuellement. Parmi eux, on a retenu trois noms.
Trois joueurs âgés entre 22 et 24 ans qui auraient pu imaginer être Diables aujourd'hui vu l'attention autour d'eux pendant leur adolescence. Trois anciens cracks qui avaient attiré de nombreux regards à l'étranger. Trois jeunes hommes qui ont abandonné une partie de leurs illusions aujourd'hui même s'ils ne veulent pas baisser les bras. L'un d'eux vient même d'enfin se recaser, à la veille de la parution de cet article.
Evangelos Patoulidis : "On a parlé de moi tôt mais c'est que je dois percer tard"
C'est le plus jeune du trio. Evangelos Patoulidis a fêté ses 22 ans en septembre dernier, juste après un été passé à chercher un nouveau club après la fin de son bail à Ostende. "Je me suis d'abord entraîné avec l'équipe des sans contrat mais cette organisation stoppe ses activités à la fin du mercato. J'ai alors pris un préparateur avec qui je m'entraîne tous les jours depuis. Je suis en pleine forme."
Repéré dès ses douze ans par la plupart des grands clubs européens, Patoulidis était destiné au top. "Je ne savais pas trop ce qu'il se passait dans les coulisses à cette époque. J'étais insouciant. Je sais que Manchester City et Barcelone étaient intéressés mais j'étais heureux à Anderlecht. C'était ma maison."
En 2015, Manchester City propose 400 000 € aux parents du milieu offensif qui n'a alors que treize ans. Mais le RSCA fait le forcing et conserve son talent, en offrant pas mal d'argent aussi. Mais deux ans plus tard, Patoulidis signe au Standard. L'entourage du jeune talent n'était plus convaincu par le projet anderlechtois, pas aussi rapide que désiré. Malgré une intégration au noyau A appuyée par Michel Preud'homme, le jeune homme ne perce pas non plus chez les Rouches.

En 2020, il signe à Ostende où il jouera 43 matchs professionnels en trois ans, en comptant le prêt d'une saison à Den Bosch en D2 néerlandaise. Jusqu'à l'expiration de son contrat cet été. "J'ai fait une dernière année pleine à Ostende et j'ai eu quelques propositions mais pas encore le projet qui me convient. Je préfère attendre le bon truc."
Il se dit prêt à descendre un peu plus bas, jusqu'en Nationale 1, mais sans perdre la certitude de rebondir. "Chacun a son chemin. On a parlé de moi très tôt mais c'est que je devais percer plus tard. Je ne serais pas le premier dans le cas. Aujourd'hui, je me gère seul, sans agent désigné. Je reste déterminé, ça va le faire. Je ne me fixe pas d'échéance pour trouver un nouveau club. Je vois au jour le jour."
Adrien Bongiovanni : "Mehdi Bayat s'est servi de moi, je me suis senti trahi"
Adrien Bongiovanni a fêté ses 24 ans il y a deux mois. Il espérait avoir réussi son rebond la saison passée, après avoir largement aidé les U23 de Charleroi à se sauver en Nationale 1 avec treize buts et cinq assists. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. "Je jouais à Charleroi pour zéro €. Je n'avais même pas un remboursement de mes kilomètres alors que j'habite Liège. Mais je m'en moquais : je donnais ma vie pour me relancer et montrer pourquoi Monaco m'avait offert un contrat quand j'avais seize ans et que j'ai pu y faire mes débuts pros."
En décembre de l'année passée, Bongiovanni reçoit plusieurs offres, la RAAL, le Lierse, Knokke, un club saoudien et un club canadien. "Mais là, Mehdi Bayat m'a demandé de rester en me disant qu'il allait voir ce qu'il pouvait faire pour moi. J'ai pu aller m'entraîner avec les A et même faire quelques apparitions sur la feuille de match. Je pensais vraiment que j'allais recevoir ma chance et un contrat. Mais, en été, on m'a dit qu'il n'y avait pas de place pour moi dans l'équipe. Bayat s'est servi de moi pour sauver les U23. Je me suis senti trahi et ça m'a dégoûté du foot."
Dois-je encore faire des efforts pour ce monde de faux-culs?
Un énorme coup au moral dont le milieu offensif a eu du mal à se remettre. "J'ai longtemps été dans une période de réflexion. Est-ce que ça vaut encore la peine de faire tous ses efforts pour ce monde de faux culs ? Est-ce que ça ne serait pas mieux de me lancer dans le monde professionnel hors du football ? J'ai de l'argent de côté mais je dois penser à ma femme et mes deux enfants. C'est un milieu où il y a beaucoup de jalousies. Quand j'étais à Charleroi, le préparateur physique me lançait plein de piques sans raison, genre 'il fait moins beau ici qu'à Monaco hein ?' Ça servait à quoi ? Pourquoi toujours me ramener à ce choix ?"
Bongiovanni a fini par trouver une réponse à ses questions. Lundi, il a signé à la RAAL, revenue à la charge ces dernières semaines. "J'ai pu compter sur le soutien de ma famille, notamment de ma femme Manon. Elle me dit de ne rien lâcher, de ne pas oublier mon talent et tous les sacrifices faits pour y arriver. Si, aujourd'hui, je me réengage dans un club, c'est grâce à elle."
Indy Boonen : le silence de l'ex-nouveau Ryan Giggs
Du trio, Indy Boonen (24 ans) est celui qui a la plus grande expérience en Pro League : 68 matchs disputés avec Ostende. Mais il n'a jamais pu montrer pourquoi Manchester United l'avait piqué à Genk quand il avait seize ans.
Il faut dire que les attentes étaient énormes à Old Trafford, où très vite on l'a surnommé "The new Ryan Giggs". Bonjour la pression. Mais Boonen est insouciant et prend du plaisir dans les équipes d'âge de ManU. "J'avais une très bonne connexion avec Marcus Rashford, avait-il expliqué à l'époque. À l'entraînement et en match, on se trouvait très facilement. Marcus est un exemple pour tous les jeunes de Manchester parce qu'il a réussi à percer chez les A."
Mais au terme du premier contrat de trois ans signé en Angleterre, Manchester ne le conserve pas. Le club l'estime trop frêle pour percer en Premier League. "Je faisais pourtant pas mal de musculation mais ça ne venait pas. C'est ma morphologie qui est faite ainsi."
Un talent belge de dix-neuf ans libre attire évidemment les regards. Boonen peut retourner à Genk mais il ne sent pas le projet des Limbourgeois. Lors de cet été 2018, il préfère s'engager à Ostende. Parce qu'il estime qu'il a besoin de temps de jeu et parce que l'entraîneur Gert Verheyen aime travailler avec les jeunes, lui qui était le sélectionneur des U19 avant cela.
En cinq saisons au KVO, Boonen n'aura jamais totalement réussi à s'imposer. La faute aussi à une vilaine blessure au tendon d'Achille qui l'écartera des terrains pendant près de… quinze mois, de début août 2021 à fin octobre 2022. Il reviendra à un bon niveau mais sans pouvoir empêcher la relégation d'Ostende. Il sera l'une des nombreuses victimes des économies et son contrat ne sera pas renouvelé.
Injoignable, Boonen n'a plus fait parler de lui depuis, à l'exception d'un test à De Graafschap (D2 néerlandaise) au mois d'août.
