Igor Belanov, Ballon d'or sur un malentendu
Igor Belanov, le milieu soviétique qui avait inscrit ce formidable coup du chapeau contre les Belges au Mondial 1986, n'a pas eu la vie facile ensuite.

- Publié le 11-06-2021 à 18h52
- Mis à jour le 11-06-2021 à 20h15

On est nombreux à penser à lui dès qu'on parle du football russe. Peu importe si c'était l'Union soviétique et s'il n'est pas Russe : Igor Belanov reste le joueur qui a le plus marqué. Trente-cinq ans après son triplé contre les Diables au Mondial 86 (4-3 pour la Belgique en huitièmes de finale), il y a toujours bien une occasion chez nous pour citer le nom du natif d'Odessa en Ukraine, que ce soit après un but magnifique, un match épique ou un exploit belge.
On ne peut pourtant pas dire que Belanov en fasse beaucoup pour qu'on continue à parler de lui. Il n'aime pas les interviews (il n'a d'ailleurs pas donné suite à notre demande) et il n'a plus fait grand-chose de marquant depuis les trois buts fantastiques plantés à Jean-Marie Pfaff. De tous les Ballons d'or encore en vie, il est assurément le plus discret. Mais que devient ce milieu de terrain petit mais costaud depuis cette folle soirée mexicaine ?
Il a raté l'occasion d'être un héros éternel en Russie
Belanov a marqué l'un des trois buts face aux Diables sur penalty, l'une de ses grandes spécialités ("Je tirais toujours en force au milieu et ça marchait"). Il n'en a raté que deux sur toute sa carrière pro. Mais il a eu l'art de mal choisir ses moments. Le premier, c'était en 1987 devant 100 000 spectateurs à Kiev dans un match de Coupe des champions. Et il avait reçu son Ballon d'or au coup d'envoi. Le second loupé avait un plus mauvais timing encore : en finale de l'Euro 1988 face aux Pays-Bas. À 2-0, il rate l'occasion de remettre son équipe sur les rails.
Il a quitté Mönchengladbach sur une sombre histoire de vol
Après la chute du Mur de Berlin, Belanov fut l'un des premiers footballeurs à passer à l'Ouest. Il a signé au Borussia Mönchenglabach où il avait pour équipier les promesses allemandes Oliver Bierhoff et Stefan Effenberg. Mais ses deux saisons à quelques kilomètres de la frontière belge ne resteront pas dans les mémoires. Un flop sportif qu'il justifie par une sombre histoire de… vol dans un magasin. Cela avait fait les gros titres des tabloïds locaux, où un trafic organisé avait même été évoqué. Belanov expliquera que des amis venus lui rendre visite s'étaient laissé griser par l'opulence des magasins occidentaux. La perquisition organisée à son domicile ne donnera rien mais il sera condamné à payer 6 000 marks. Son club prend l'amende en charge mais ça n'aidera pas l'Ukrainien à s'épanouir sur le terrain.
Il est sorti de retraite deux fois
Il reste tout de même en Allemagne, mais en deuxième division à Brunswick. Ses prestations sont correctes mais il s'agit tout de même d'un Ballon d'or dans un club moyen du second échelon… Belanov met fin à sa carrière après cette dernière pige allemande. Il se lance dans le business de la nutrition sportive. Mais un an plus tard, il accepte de dépanner le club de sa ville, le Chornomorets. Les blessures l'empêchent d'être à son vrai niveau dans un championnat où il croise un tout jeune attaquant prometteur, Oleg Iachtchouk. Il stoppe à nouveau sa carrière avant de revenir une nouvelle fois sur sa décision quelques mois plus tard. Il signe en D2 ukrainienne, à Marioupol et finit cette fois pour de bon en 1997, dans un anonymat indigne de son rang. Il n'aura jamais joué pour l'équipe nationale ukrainienne, stoppant sa carrière internationale en 1990 à la fin de l'ère soviétique. Il n'aura inscrit que huit buts, dont trois face aux Diables au Mexique.
Il a mis son Ballon d'or à la banque puis l'a "perdu"
Après avoir reçu son Ballon d'or, Belanov n'était pas rassuré. Il craignait un cambriolage et il a vite retiré le trophée de sa cheminée pour la sécurité d'un coffre-fort à la banque. Il a dormi là pendant de longues années. Jusqu'à la folle rumeur de 2016. Le magazine France Football, qui décerne la récompense chaque année, organise un référendum dans ses pages : quel joueur absent du palmarès aurait le plus mérité de recevoir un Ballon d'or. La réponse est claire : Diego Maradona en 1986, l'année de Belanov donc. Il a fallu attendre 1995 pour que les joueurs non-Européens puissent être récompensés. Contacté pour une réaction, Belanov rigole : "J'ai déjà appelé Maradona et il m'a remercié de lui avoir offert mon Ballon d'or." Certains le prennent au sérieux et pensent que l'organisation lui a demandé de rendre son trophée. Dans son autobiographie, Valery Lobanovsky, le mythique entraîneur ukrainien, expliquera que Belanov a toujours considéré son Ballon d'or comme "un malentendu agréable". En 1986, il n'avait d'ailleurs même pas été élu meilleur joueur soviétique…
Après la politique, il travaille pour la fédération ukrainienne
Pour gagner sa vie, en plus de son business, Belanov a d'abord été placé à la tête du club suisse du FC Wil par un investisseur ukrainien. Il remportera la Coupe mais il quittera les montagnes rapidement, à la suite d'un désaccord sur le mercato. Après un mandat d'échevin des Sports à Odessa, il devient membre du Conseil de développement stratégique à la fédération ukrainienne en 2018. Il n'est pas rare de le voir à des tournois de gamin. Et il emmène régulièrement son Ballon d'or avec lui, bien loin de ses angoisses du passé.