Présélectionné par Rudi Garcia, Christian Kabasele croit toujours aux Diables : "On me considère comme mort à chaque saison"
Christian Kabasele, qui vient de prolonger son contrat à l'Udinese, se verrait bien revenir en équipe nationale. Il figurait d'ailleurs dans la présélection pour cette Coupe du monde. Entretien.

- Publié le 05-06-2026 à 13h03
- Mis à jour le 05-06-2026 à 13h07

Son cas reste une énigme. Cela fait près de huit ans qu'on ne l'a plus vu chez les Diables rouges. Avec l'Udinese, Christian Kabasele vient pourtant de réaliser une saison plus que solide qui n'a rien à envier aux défenseurs sélectionnés par Rudi Garcia.
Pour preuve : sa note moyenne (6,71/10) sur le site spécialisé Whoscored est aussi bonne que celle de Nathan Ngoy (6,72) et surtout meilleure que celles de Koni De Winter (6,52), Arthur Theate (6,63), Zeno Debast (6,52) ou Brandon Mechele (6,68). C'est d'ailleurs ce qui lui a valu de signer il y a quelques jours une prolongation de contrat jusqu'en juin 2027.
Christian, avez-vous hésité à signer ce nouveau contrat ?
J'ai quand même eu un petit moment de réflexion. Parce que je savais que qu'il y aurait peut-être des possibilités intéressantes qui viendraient. Mais au bout d'un jour ou deux, je me suis dit que je voulais rester dans ce club l'année prochaine. Donc je ne suis pas allé plus loin dans les autres discussions. C'était une réflexion normale, mais qui n'a pas duré longtemps.
Dans ces autres discussions, il y avait un club belge ?
Non, je n'ai pas eu de contact avec des clubs belges. À mon avis, un retour devient de plus en plus improbable. Parce que ça fait quand même pas mal de temps qu'on savait que j'étais en fin de contrat, et je n'ai pas eu de contact, en tout cas cette année.
Vous aurez 36 ans en fin de saison prochaine. Mais vous avez dit vouloir continuer jusqu'à 40 ans.
Oui, j'ai envie de continuer au moins jusqu'à 40 ans. Si mon corps me le permet, bien évidemment. Je me sens encore jeune, je me sens bien. J'ai pu enchaîner une saison complète, ce que je n'avais plus fait depuis mon époque à Genk. Ça veut dire que le corps est encore prêt à relever d'autres challenges.
Le corps est encore prêt à relever d'autres challenges.
Est-ce votre meilleure saison depuis que vous êtes à l'étranger ?
C'est clair que j'ai eu, pour la première fois depuis l'époque à Genk, une saison sans blessure et avec de la continuité. C'est ce qu'il y a de plus important. Le fait d'enchaîner tous les matchs m'a permis d'avoir ce niveau constant du début à la fin. Et, collectivement, l'Udinese n'avait plus fini dans le top 10 de Serie A depuis 2012-2013. Et on a aussi réussi à atteindre la barre des 50 points, une première en treize ans.
En Italie, comment sont jugées vos performances ?
Il y avait clairement de la surprise du fait que j'ai commencé le championnat sur le banc. On est dans une époque où on juge plus un footballeur par son âge que par ses qualités. Tout le monde s'était dit qu'à un moment, j'allais retourner sur le banc. Mais j'ai tellement bien presté que je suis devenu titulaire indiscutable. Les retours ont été plus que positifs.
C'était une surprise très positive.
Ce qui vous a permis de quand même attirer l'œil de Rudi Garcia : vous faisiez partie de la présélection de 55 joueurs pour la Coupe du monde.
C'est vrai. Et c'était une surprise très positive parce que je n'ai reçu aucune présélection depuis 2018. Même quand j'étais performant, je n'avais jamais reçu de présélection. Elle est arrivée par mail. J'ai vu le nom du team manager de l'équipe nationale comme expéditeur, donc j'ai tout de suite compris qu'il se passait quelque chose. Et quand j'ai ouvert ce mail, c'était une petite victoire personnelle. Parce qu'on me considère comme mort chaque saison. Et j'arrive à chaque fois à exister d'une manière ou d'une autre.
Vous avez eu un contact direct avec Rudi Garcia ou la visite d'un de ses adjoints ?
Non, je n'ai eu aucun écho ni aucune information qui pouvait laisser présager une présélection. La surprise a été totale.
Néanmoins, vous ne serez pas à la Coupe du monde. Vous avez encore un espoir pour la suite ?
Bien évidemment. La porte est entrouverte désormais. C'est peut-être le début de quelque chose de nouveau. Ce sera à moi de prester dès la saison prochaine à un niveau constant et élevé pour espérer avoir un retour.
C'est peut-être le début de quelque chose de nouveau.
Que pourriez-vous apporter à la défense des Diables ?
D'abord mon expérience, et le fait de connaître parfaitement de nombreuses situations de jeu. J'ai eu la chance d'affronter des grands attaquants en Serie A avec l'Udinese et en Premier League avec Watford. J'ai cette expérience-là également. Cela fait dix ans que j'évolue au haut niveau et dans des grands championnats. Les gens ont peut-être tendance à l'oublier parce qu'on ne parle pas beaucoup de moi. Mais ce n'est pas quelque chose de facile de durer au top niveau.
Vous avez souvent manqué de reconnaissance, comment faire pour vous démarquer encore plus ?
Je ne sais pas… On en rigole parfois avec mes amis. Mais si j'avais peut-être 3 ou 4 tatouages en plus, une coiffure différente, ou une femme qui fait parler d'elle… peut-être que les gens penseraient plus facilement à moi (rires).

Il y a dix ans, au même moment de l'année, vous aviez reçu une surprise encore plus belle…
Oui, j'étais convoqué pour l'Euro 2016 alors que je n'avais jamais été appelé avant. C'est marrant parce que c'était plus ou moins le même contexte. Je me trouvais aussi dans ma cuisine. Quand j'ai reçu l'appel, à l'époque, c'était l'entraîneur des gardiens de Genk qui était aussi en équipe nationale. Il m'a dit que le sélectionneur voulait parler avec moi. J'ai vite compris. Et cette fois, j'étais aussi dans ma cuisine quand j'ai reçu le mail. La vie, parfois, nous donne des signes. Et cela me donne un peu d'espoir.
Quel souvenir gardez-vous de votre première arrivée en sélection ?
Le groupe était justement en stage de préparation à Genk. Le centre de Tubize n'était pas encore fini. Et on logeait dans l'hôtel où on avait l'habitude d'aller avec l'équipe de Genk, donc c'était comme être à la maison. La première rencontre, évidemment, c'était un peu stressant. J'étais un peu impressionné parce que c'était des joueurs que je supportais deux ans plus tôt lors de la Coupe du monde au Brésil. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé parmi eux. C'était impressionnant.
Vous avez par contre dû patienter cinq mois pour jouer votre premier match.
Oui, c'était contre les Pays-Bas. Et encore une fois, c'est le destin qui m'a donné cette chance de pouvoir jouer. Parce qu'à la base, c'était Vincent Kompany qui devait débuter ce match. Et il a eu un petit souci au dernier moment. En rentrant dans le vestiaire juste avant le début du match, on m'a dit que je devais me changer parce que j'allais débuter le match. Encore un ascenseur émotionnel incroyable.
La présence de Romelu donne de la confiance naturelle.
Avec qui avez-vous gardé des liens, depuis cette époque ?
Je suis toujours en contact avec Axel (Witsel). Parce qu'on est aussi liés dans notre vie privée. J'ai des contacts de temps en temps avec Castagne, avec Benteke. Et souvent, quand on croise des joueurs, qu'on joue l'un contre l'autre, on arrive toujours à échanger.

Comme Romelu Lukaku que vous avez affronté plusieurs fois en Italie. Que pensez-vous de son retour dans la sélection ?
Rien que sa présence dans le groupe donne de la confiance naturelle. Romelu, c'est un joueur qui va faire attention à tous les détails pour aider l'équipe, pour améliorer chaque joueur et qui va réussir à avoir un mot pour tout le monde. Et sur le terrain, il n'y a même plus besoin de le présenter. En Belgique, il n'y a aucun profil similaire au sien. Il n'a plus à prouver sa finition. Je suis sûr qu'il va pouvoir aider l'équipe et sera décisif à un moment ou à un autre.
Vous partagez vos racines congolaises avec Lukaku. Vous êtes même né à Lubumbashi. N'avez-vous jamais regretté de ne pas jouer pour la RDC étant donné que vous avez été un peu oublié de tous les sélectionneurs depuis huit ans ?
Non, jamais. J'ai eu la chance de jouer avec les meilleurs joueurs d'Europe. Je ne le regretterai jamais. Je pars toujours du principe que quand je fais un choix, si ça se passe bien ou mal, c'est que ça doit se passer comme ça. C'est peut-être vrai que si j'avais choisi le Congo, j'aurais eu plus de caps internationales. Je serais peut-être même à la Coupe du monde aujourd'hui. Mais je ne regretterai jamais d'avoir joué pour la Belgique. Parce que ça m'a fait découvrir des choses extrêmement positives pour ma carrière.
Si j'avais choisi le Congo, je serais peut-être à la Coupe du monde.
Qui ira le plus loin au Mondial : la Belgique ou la RDC ?
Je pense que pour ce genre de tournoi, l'expérience peut faire la différence. Je serais donc plus amené à dire la Belgique. Mais il y aura plein d'éléments qui seront à prendre en compte, comme les déplacements, les décalages horaires, la chaleur… Au final, j'espère que les deux nations feront une belle Coupe du monde.