Daniel Van Buyten est notre invité du week-end : "J'avais la possibilité de rentrer dans le staff de Pep"
Son passé, son présent mais aussi son futur : l'ancien Diable se livre.

- Publié le 23-08-2025 à 07h35

"Ma femme serait contente de vous entendre dire que je suis plus occupé que quand j'étais joueur." Daniel Van Buyten sourit. Ses activités dans ce nouveau projet à Gerpinnes (voir par ailleurs) et sa discrétion naturelle l'ont éloigné de la sphère médiatique. "Je me suis mis en retrait du foot pendant un an : je n'aurais pas pu être bon ailleurs en étant occupé ici. Je reste un compétiteur : quand je me lance dans quelque chose, je n'ai que cela en tête. Et il y a mon équilibre familial. J'ai tout mis en place pendant un an et là, je me replonge dans le foot."
Avec des idées fraîches, des souvenirs toujours savoureux, des petites révélations et l'œil qui pétille quand il s'agit de son fils.
Daniel, quelle vie préférez-vous ? Celle de joueur ou celle qu'on pourrait appeler d'homme d'affaires ?
"(Sourires) Il y a des vrais hommes d'affaires. Moi, je suis dans la vie active plus conventionnelle. J'ai fait mon petit kif dans l'immobilier avec trois projets dont ce dernier mais je ne suis pas du tout un homme d'affaires qui va commencer à développer des choses partout. Et les 50 ans se rapproche (en 2028). Ça fait 12 ans que j'ai arrêté ma carrière mais j'ai l'impression que je jouais encore il y a 5 ans…"
Justement, qu'avez-vous ressenti ces derniers mois en voyant Vertonghen et Alderweireld arrêter ?
"Ce qui est fou, c'est de se dire que depuis que j'ai arrêté, peu ont pris leur retraite. Moi, quand j'arrête, j'ai 37 ans, je suis avec des Alaba, Ribéry ou Müller en pleine force de l'âge et je suis titulaire et dans l'équipe-type de la Coupe du monde. J'en suis fier. Encore plus quand maintenant certains quittent le Bayern à 32 ou 33 ans parce qu'ils n'en peuvent plus. Et par rapport à Toby et Jan, c'est une fierté : papy était encore là à 37 balais à l'époque (rires)."
Le plus simple, ce serait entraîneur.
La retraite est souvent assimilée à une petite mort mais c'est aussi le début d'une nouvelle vie…
"Et je suis plus occupé maintenant qu'avant. Le football, ce n'est pas compliqué. Je rentrais, c'était repos puis deux ou trois activités en famille sachant que je n'avais pas encore d'enfants, ils ne sont arrivés que sur la fin. Et si je n'avais pas fait assez d'entraînement, j'allais courir au bois. Aujourd'hui, c'est différent. La famille, les enfants et beaucoup de choses autour. Et comme je ne sais pas rester à ne rien faire… Je suis un peu resté à la maison au début mais ce n'est pas l'image que je voulais donner à mes enfants. Là, ils se rendent compte de ce qu'est la vraie vie. Après, quelle vie est la meilleure ? Disons que c'est différent. Ce qui est difficile, c'est de trouver un équilibre car je suis tellement compétiteur que quand je me lance dans un truc, je le fais à fond et il faudrait parfois l'être un peu moins."
L'envie existe-t-elle de vous replonger dans un club ?
"Cela dépend des conditions. Je ne pourrais plus mettre ma vie familiale et mes autres activités de côté pour un projet qui ne serait pas sain. Où je ne serai pas le patron. Là, quand tu te trompes, tu es responsable. C'est simple. Le plus simple, ce serait entraîneur. Mais c'est une vie d'égoïste familialement. Je ne me vois pas le faire en Belgique mais à l'étranger oui. Ma femme m'a suivi toute ma carrière mais c'était clair qu'en fin de carrière, j'allais trouver un équilibre familial que je dois respecter. J'avais la possibilité de rentrer dans le staff de Pep, de reprendre l'académie au Bayern. Mais tu ne peux pas tout faire. Je me vois le mieux dans un rôle d'entraîneur parce que je suis un passionné et que tu es décideur. Le terrain parle. Et il faut faire des résultats."
J'aurais fait une meilleure carrière attaquant.
Un Van Buyten joue encore au foot, votre fils Lee-Roy qui est en U14 à Charleroi.
"On a tellement de similitudes. Il joue attaquant comme papa. Malheureusement j'ai terminé derrière et c'est le seul regret que j'ai dans ma carrière. Aujourd'hui je mettrais tout ce que j'ai fait dans ma carrière pour être attaquant. Et j'aurais fait une meilleure carrière attaquant. Les gens vont se dire pour qui il se prend mais j'aurais été un grand attaquant, j'aurais marqué beaucoup de buts, j'en ai déjà mis 78 en étant défenseur (sourires). J'ai vu la carrière des Toni, Carew, Crouch, j'en aurais mis des buts et j'aurais titillé le top. On me critiquait mais je suis devenu défenseur tardivement, à 20 ans. Moi, j'étais attaquant. Et j'ai appris le métier, les coulissements, les montées alors que je ne pensais qu'à une chose : marquer. C'est ce qu'on n'a pas compris à l'époque. Le métier de défenseur, je l'ai vraiment appris à Marseille. Au Standard, j'arrive, je suis arrière droit, la pire place qu'un attaquant veut occuper. En tout cas à l'époque. Aujourd'hui, avec des Hakimi, c'est différent, ils ne font que monter. À l'époque, personne ne voulait jouer là. Et il y a ce top match contre Anderlecht et je passe défenseur central. Mais je ne voulais pas jouer là. Avant d'y faire toute ma carrière."
Quel type de papa êtes-vous au bord du terrain ?
"Je suis critique. Dur. Exigeant. Mais j'essaie de travailler sur moi-même. Quand les gens viennent voir ces matchs et me voient, ils me disent 'votre fils est bon' en ne me montrant que des joueurs qui sont grands. Mais ce n'est pas mon fils. Le défenseur central, là, ce n'est pas lui ? Ils vont passer toute l'équipe avant de tomber sur lui qui est le deuxième plus petit (rires). Comme moi à l'époque qui n'ai grandi qu'à 17 ans. Ce sera pareil pour lui, c'est un très tard mature à 14 ans. Lee-Roy aime jouer attaquant, derrière l'attaquant aussi. Il m'étonne parfois par sa vision du jeu. Il est généreux avec les autres parce qu'il veut d'abord faire marquer les autres et dans le jeu parce qu'il va se mettre minable pour se replier. Il fait son truc."
