Élu joueur du mois, Zakaria El Ouahdi est resté à Genk malgré l'intérêt : "Je n'allais pas partir loin alors que mon papa se bat contre la leucémie"
Défenseur et meilleur buteur actuel du championnat, le Genkois Zakaria El Ouahdi est le premier joueur du mois en Pro League cette saison alors que tout le monde le voyait faire un gros transfert à l'étranger. Un choix qui va bien au-delà du sport avec ce garçon très croyant.

- Publié le 13-09-2025 à 14h10

Zakaria El Ouahdi (23 ans) lui a trouvé une place dans la seconde où il l'a eu en main. Le trophée du joueur du mois en Pro League ira chez ses parents, à Merksem. "Je vais le mettre à côté de ma médaille de bronze des Jeux olympiques de Paris, se projette déjà l'arrière droit genkois. C'est joli comme trophée. Je ne savais pas que j'aurais mon nom dessus. C'est une belle fierté."
Une fierté méritée. Il l'avoue à demi-mot. "Oui, quand un back droit marque quatre buts et donne un assist sur les cinq premières journées, c'est normal qu'on pense à lui (sourire). Mais le Brugeois Seys et l'Unioniste Niang le méritaient aussi. Ils m'ont impressionné."
Mais ce week-end en Pro League, celui qui portera le maillot du meilleur buteur avec le taureau d'or, c'est vous, un défenseur.
"Oui c'est fou (rires). Genk m'a d'ailleurs déjà dit que je pourrais garder le maillot. Je ne sais pas si Tolu avait le même privilège la saison dernière. Ça n'arrive pas tous les jours à un défenseur. Je vais envoyer une petite photo du maillot à Tolu. Lui m'a félicité après mes derniers buts alors qu'il était déjà parti (NdlR : à Wolverhampton). Je vais essayer de le garder le plus longtemps possible."
Vous pensez réellement au titre de meilleur buteur ?
"Ce n'est pas impossible mais je sais que ce sera dur. Je vais bien le savourer, ce maillot."
J'essaie d'être un bon musulman et de combattre les amalgames.
On vous sent très serein quand vous entrez dans le rectangle adverse, bien plus que dans le passé.
"Ma concentration augmente d'un cran quand j'entre dans le rectangle. Mais j'ai toujours travaillé ma finition avec mon papa. On n'a pas pu le faire cet été. Il est atteint d'une leucémie. Heureusement, les nouvelles sont bonnes et il est en rémission. Il est dans une phase de rééducation. Il se sent encore fort fatigué mais il avance."
Sans la maladie de votre papa, qui est aussi votre agent, seriez-vous encore à Genk ?
"C'est difficile à dire mais peut-être que non. J'avais décidé de ne pas partir trop loin pour rester près de lui et de ma famille. Je ne voulais pas être à l'autre bout du continent s'il se passait quelque chose. À mes yeux, c'est normal d'aider les miens dans des moments difficiles. Mes parents sont les personnes les plus importantes dans ma vie, bien plus qu'un transfert. J'avais parfois du mal à penser au foot, mais il m'encourageait à jouer quand même. Il m'a transmis son énergie sur le terrain. Dans notre famille, on s'est toujours dit qu'on se soutiendrait. C'est aussi ce qu'enseigne la religion musulmane. Il faut bien s'occuper de ses parents. Quand ils prennent de l'âge ou qu'ils sont malades, les enfants doivent être là pour aider."
Vous parlez librement et avec beaucoup d'amour de votre religion. Ce n'est pas compliqué dans une période aussi trouble sur le plan politique ?
"J'essaie toujours d'être un bon musulman. Je ne suis pas le meilleur exemple mais j'essaie d'être quelqu'un de bien. J'essaie de combattre les amalgames. Quand on croit que tous les musulmans sont mauvais parce qu'une personne a fait quelque chose de mal, ça m'attriste beaucoup. Malheureusement, beaucoup de personnes tombent dans les clichés. J'aime ma religion et elle m'aide au quotidien, positivement."
On parle de religion dans les vestiaires de foot ?
"Pas beaucoup mais j'en discute parfois avec mon ami Joris Kayembe. Il est chrétien et on partage beaucoup de choses. Les deux religions sont proches et ça nous rend tristes de voir tous les conflits dans le monde à cause de ça."
Vous vous attendiez à des clubs prestigieux que Nice et Wolfsburg cet été? Moi aussi.
Vous dégagez beaucoup de calme quand on discute avec vous. Tout l'inverse du terrain où vous êtes une pile électrique.
"Je ne suis plus la même personne quand le match commence (sourire). Je ne suis plus là pour rigoler, même si j'adore ça dans le vestiaire."
En termes de cardio, vous devez être le plus performant à Genk, non ?
"Oui. Je pense que j'ai des aptitudes pour ça mais j'ai surtout beaucoup travaillé avec mon papa. Il m'emmenait courir presque tous les jours. On allait sur une piste d'athlétisme, lui avec son chrono, moi avec mes baskets. Il me faisait courir vingt tours avec un rythme élevé. Je n'ai jamais refusé d'y aller, même quand il pleuvait ou qu'on était en pleine canicule. J'en récolte les fruits aujourd'hui."
Votre papa notait vos records ?
"Oui, j'arrive à faire le kilomètre en 3 minutes 40. Mais on travaillait surtout sur de plus longue distance. Je faisais les 10 kilomètres en 40 minutes. Ce n'est pas incroyable si je devais faire des compétitions mais si j'arrêtais le foot et que je m'y mettais six mois, je pourrais bien progresser. Quand on regarde les chiffres à Genk, ils sont souvent très bons sur les courses à haute intensité. C'est le plus important pour le foot. À l'aller contre Lech Poznan (succès 1-5) à l'aller, j'ai fait 900 mètres à plus de 25 km/h. C'est mon record depuis que je suis à Genk."
J'ai été surpris de ne pas être repris avec le Maroc. Je me demande ce que je dois faire de plus.
Cet été, Wolfsburg et Nice ont été très concrets pour vous recruter. Quand on voit vos data mais aussi votre jeune âge, votre mentalité et votre capacité à être décisif devant le but depuis une position fort recherchée, on s'attendait à des clubs plus prestigieux.
"Moi aussi (sourire). Mais c'était deux clubs d'un grand championnat. Le PSG ou Manchester City ne vont pas venir me chercher. Je pense qu'il faut une étape intermédiaire entre la compétition belge et le haut niveau européen. À part quelques rares exceptions, je ne pense pas qu'on puisse réussir au Real Madrid en venant directement de Genk. Je n'ai pas envie de signer dans un club du top absolu puis de devoir redescendre. Je veux que ma carrière soit toujours ascendante. J'espère atteindre le plus haut niveau possible."
Comme Achraf Hakimi, votre concurrent au poste de back droit en équipe nationale marocaine.
"Voilà. J'essaie de le regarder pour continuer à apprendre. J'espère qu'il aura le Ballon d'or, ce sera fantastique pour un défenseur. Je sais que ça se chambre beaucoup dans le vestiaire du PSG avec Ousmane Dembélé."
Vous n'avez pas été repris pour la dernière sélection du Maroc et ça a surpris tout le monde en Belgique.
"J'ai été surpris aussi. Je fais un très bon début de saison, avec des buts en plus. Je me demande ce que je dois faire de plus pour être repris. Ça reste un point d'interrogation mais participer à la Coupe d'Afrique au Maroc cet hiver reste un gros objectif."
Vous risquez encore d'entendre beaucoup la question qu'on vous pose le plus…
"Laquelle ?"
Pourquoi vous ne devenez pas Diable ?
"Oui en effet, on me la pose souvent (rires). Pas que les journalistes, des amis, des gens dans la rue… Je comprends la question puisque je n'ai joué qu'un amical avec le Maroc et que je pourrais encore officiellement changer de nationalité. Mais je n'ai pas choisi le Maroc pour des questions sportives. C'est un choix du cœur et ça ne changera pas. L'intention des gens est bonne, mais ce n'est pas toujours facile de devoir répondre à ça."
"Anderlecht ne me voyait pas faire une grande carrière"
Genk se déplace à Anderlecht ce dimanche. Dans un Lotto Park à un dégagement du stade Machtens où Zakaria El Ouahdi a explosé avec le RWDM entre 2022-2023. Comment le Sporting a-t-il pu le louper ? "Je me suis aussi posé la question à l'époque, se marre-t-il. On m'a raconté qu'un intermédiaire m'avait proposé à Anderlecht, en même temps que Jake O'Brien (NdlR : le défenseur irlandais aujourd'hui à Everton). On venait juste d'être champion en D2. Anderlecht n'aurait pas donné suite parce qu'il ne me voyait pas faire une grande carrière. Genk est arrivé quelques semaines après. Bilal El Khannouss m'a dit beaucoup de belles choses sur le club et j'ai signé (NdlR : pour 2,5 millions). C'était une très bonne décision."
