Champion en 2022 avec Bruges, Alfred Schreuder avait bien un accord avec Anderlecht : "Mais je ne voulais pas faire de scandale pour venir"
L'entraîneur néerlandais voulait devenir T1 au RSCA mais son club saoudien a refusé. Interview.
- Publié le 03-04-2026 à 03h00

Il avait un accord avec Anderlecht, en février, pour devenir entraîneur principal. Pourtant, Alfred Schreuder (53 ans) est resté en poste en Arabie saoudite et est désormais aussi assistant de la sélection allemande.
En Belgique, le Néerlandais s'est surtout fait un nom comme l'homme qui a mené le Club Bruges au titre en 2022 après une remontée spectaculaire.
Entretien sur hier et aujourd'hui.
"Coach, c'est vraiment vous ?"
Lors d'un entraînement avec la Mannschaft, Deniz Undav n'en croit pas ses yeux. L'ancien attaquant de l'Union, aujourd'hui à Stuttgart, voit le sélectionneur Julian Nagelsmann arriver sur le terrain accompagné de son assistant Alfred Schreuder. "Coach, c'est vraiment vous ? Celui qui a chipé le titre à l'Union avec Bruges ?"
Schreuder sourit en racontant l'anecdote, en vidéo call alors qu'il est dans un taxi en route pour l'aéroport. La période internationale vient de se terminer et, malgré la guerre, il repart vers le Moyen-Orient. Le Néerlandais doit encore tenter de faire monter Al Diraiyah FC, son club de D2 saoudienne.

"Undav m'avait oublié, plaisante-t-il. Il y a trois semaines, Nagelsmann m'a appelé. J'avais été son adjoint à Hoffenheim avant qu'il parte à Leipzig puis au Bayern. On a gardé une bonne relation. Il m'a demandé : 'C'est vrai que ça ne se fait pas avec Anderlecht ?'. Quand j'ai confirmé, il m'a proposé de l'aider pour la Coupe du monde."
Son club saoudien a accepté, à condition qu'il termine la saison là-bas. C'est précisément ce point qui a bloqué un accord avec Anderlecht.
Anderlecht étudié en détail
La piste RSCA avait pourtant pris forme. Le club cherchait un successeur à Besnik Hasi. Plusieurs noms circulaient, mais Schreuder était le candidat numéro 1 et un accord personnel avait été trouvé.
"Je ne suis jamais venu à Bruxelles, mais j'ai été séduit par nos échanges. Anderlecht reste prestigieux. Le CEO Kenneth Bornauw m'a laissé une très bonne impression. Il m'a expliqué les problèmes des dernières années et la volonté de construire une politique stable."
Même l'absence d'un directeur sportif ne le dérangeait pas. "L'essentiel était qu'il y ait une vision claire pour l'avenir."
Al Diraiyah n'a pas voulu me laisser partir après 3 mois. Pas une question d'argent, leur priorité est de monter en D1.
Schreuder prenait le projet très au sérieux. "J'ai regardé beaucoup de matchs d'Anderlecht. Dans le football, tout peut aller très vite. Mais finalement, il n'y a pas eu d'accord. J'avais prévenu Al Diraiyah que je voulais saisir cette opportunité européenne, mais le club n'a pas voulu me laisser partir après seulement trois mois. Ce n'était pas une question d'argent : leur priorité, c'est la montée en D1. À 53 ans, je ne suis pas quelqu'un qui crée des conflits pour forcer un départ."
Retour sur le titre avec Bruges
La conversation dérive vers le passé. Lundi, le Club Bruges affronte Anderlecht en Champions Playoffs.
Schreuder avait pris les commandes du Club le 3 janvier 2022 après le départ de Philippe Clement à Monaco. Cette saison-là, l'Union SG surprenait tout le monde, comptant jusqu'à 12 points d'avance en février. Puis Bruges avait lancé une remontée incroyable (37 sur 39) pour décrocher le titre.
Vanaken pourrait jouer sans problème au Bayern.
"J'ai trouvé une très bonne équipe à Bruges. Mignolet, Mechele, un De Ketelaere déjà très mûr et bien sûr Vanaken. Le joueur clé. Il pense et agit très vite. Je suis convaincu qu'il pourrait jouer sans problème au Bayern."
Ajustements tactiques et tensions
Avant la trêve hivernale, tout ne fonctionnait pourtant pas parfaitement. Schreuder avait d'abord insisté sur la stabilité défensive avant de passer en 3-5-2.
Il avait dû prendre des décisions difficiles, notamment écarter le capitaine Ruud Vormer. "C'était dur à annoncer, mais il a réagi de manière très professionnelle. L'agressivité de Denis Odoi et le volume de course de Mats Rits apportaient l'équilibre nécessaire."

Le début de la collaboration n'avait pas été idéal. Après le match contre l'Union fin janvier (0-0), une première tension était apparue avec le CEO Vincent Mannaert. Le directeur sportif s'en était vivement pris à Schreuder et avait proposé plusieurs idées pour influencer le déroulement du match. Schreuder, surpris, n'y avait pas donné suite.
"Disons que Vincent et moi avons dû apprendre à nous connaître. Avec Bart Verhaeghe, il était le patron, donc pouvait proposer des idées. Mais c'est l'entraîneur − et personne d'autre − qui construit l'équipe. J'y tiens. Après cela, tout s'est bien passé avec Vincent. Il m'a même félicité pour mon poste avec l'Allemagne."
Avec Noa Lang, on s'énervait parfois, mais la relation ne s'est jamais brisée.
Dans le vestiaire aussi, la situation pouvait parfois exploser. L'enfant terrible s'appelait Noa Lang. "Ah, Noa… Je l'ai déjà vu filer furieux vers les douches, mais je laissais retomber la pression. Notre relation ne s'est jamais brisée. Il n'était pas le joueur le plus simple et on s'énervait parfois l'un l'autre, mais on a fini par dépasser ça. Il avait un tel talent !"
Le tournant contre l'Union
La remontée s'est poursuivie jusqu'aux playoffs, avec un double affrontement décisif contre l'Union. Bruges ne lâchera plus la première place et remportera son 18e titre.

"Nagelsmann m'a appris à rendre les exercices complexes en début de semaine pour qu'ils deviennent plus faciles avant le match. Les joueurs ont l'impression de progresser."
Schreuder garde un souvenir très fort de son passage : "Le dernier match contre Anderlecht, j'ai simplement dit aux joueurs : 'Allez jouer'. J'étais assis sur le banc à profiter du public qui chantait."
Le départ vers l'Ajax
Son aventure brugeoise n'a pourtant duré que six mois. Entre les matchs décisifs contre l'Union, un accord avec l'Ajax a été conclu. "Après le match à Bruxelles, je sentais que le titre était acquis. Mannaert avait même plaisanté : 'Maintenant, Bruges vend aussi ses entraîneurs'."
L'expérience à Amsterdam sera plus courte que prévu, faute de résultats.
Le Club reste favori pour le titre et je souhaite à Anderlecht le top 3.
Aujourd'hui, Schreuder veut terminer son travail en Arabie saoudite. "Je continue de suivre le championnat belge. Le Club Bruges reste favori pour le titre. Anderlecht ? Je leur souhaite le top 3, mais dépasser Saint-Trond ne sera pas simple."
Avant de raccrocher, il lance en souriant : "Peut-être qu'on se reverra en Pro League… ou au Mondial. J'aimerais beaucoup affronter la Belgique avec l'Allemagne. Vanaken, Mechele… qu'ils viennent !"
