Pourquoi n'y a-t-il presque plus de joueurs hennuyers en D1A ? "Si j'étais né 20 ans plus tard, je ne sais pas si on m'aurait donné ma chance"
Un joueur hennuyer, Martin Delavallée, figurera sur la feuille de match de ce Charleroi – la Louvière. Un phénomène devenu une récurrence en Pro League. Mais où sont passés les joueurs hennuyers ?

- Publié le 29-11-2025 à 11h20
Le football regorge d'espièglerie. Ce samedi, si vous espérez faire passer l'avant-match de Charleroi – la Louvière plus rapidement, ne comptez pas sur le jeu de trouver sur la feuille de match un Hennuyer dans les titulaires.
Il n'y en a pas. "La faute" à Martin Delavallée, déjà seul porte-drapeau de la province lors du match aller, qui a perdu sa place de titulaire il y a trois semaines après le déplacement au Standard.
Malheureusement, ce phénomène se confirme lorsque l'on scrute les effectifs de Pro League. Au Standard, seul Alexandro Calut est né dans le Hainaut, au même titre que Thorgan Hazard à Anderlecht. À Genk, Nkuba fait également partie des exceptions alors qu'à Gand, le départ à la retraite de Laurent Depoitre à l'été 2024 n'a rien arrangé.
À Charleroi, on serait tenté d'incorporer de justesse Mehdi Boukamir, dont la carrière peine à décoller, dans le faible contingent mais le défenseur central est né dans le Namurois à Jemeppe-sur-Sambre. Et que dire de la Louvière qui ne compte aucun représentant dans ses rangs ?
Comment une telle région, pourvoyeur de nombreux joueurs depuis des décennies au point de pouvoir constituer un 11 compétitif historique de Diables Hennuyers, ne parvient plus à compter ou à former des footballeurs professionnels ?

Victime du trading ?
"La première différence, ça a été l'arrêt Bosman. Cela a changé la donne", tranche Marco Casto. À l'époque, ce n'était pas encore du foot business. Ensuite, les joueurs étrangers ont coûté moins cher et les jeunes ne recevaient plus autant leur chance."
Si la célèbre décision de justice rendue en 1995 a bouleversé l'échiquier du monde du ballon rond, elle n'a pourtant pas empêché de donner des Silvio Proto ou des Daniel Van Buyten à l'équipe nationale lors de la première décennie du nouveau millénaire. Pourquoi cela ne fonctionne-t-il plus aujourd'hui ?
"C'est une généralisation de ce qui se passe dans le football à l'échelle européen, abonde Dante Brogno. Je crois également que c'est une question de formation" Un constat partagé par Rik De Mil. "C'est un peu le foot qui est en train de changer."
Ces dernières années, la philosophie sportive du trading a gagné les hautes sphères de chaque club qui préfère miser sur des éléments achetés à l'étranger à bas coût. Le roi en la matière est d'ailleurs l'Union Saint-Gilloise qui épate tout le monde dans sa capacité à aller chercher des parfaits inconnus pour les revendre avec une sacrée plus-value mais qui n'a jamais su en 5 ans faire sortir un jeune de son académie. Comme preuve que le problème est plus global et touche quasiment toute la Belgique.
"Pourtant, un jeune ne te coûte presque rien et c'est du win-win. À Bruges, Romeo Vermant va leur rapporter 20-25 millions. C'est un peu ce qu'Anderlecht tente de faire aujourd'hui avec les De Cat", analyse Casto.
Toutes proportions gardées, Charleroi investit lui aussi dans ses jeunes. Mehdi Bayat met près de 2 millions d'euros par an dans son centre de formation. Sans que les fruits ne puissent être récoltés. "Oui mais il faut les faire jouer et leur permettre de se planter, poursuit celui qui a joué chez les jeunes à la Louvière puis à Charleroi, Mouscron et Mons en pro. Delavallée était dans une spirale collective négative mais je ne l'ai pas trouvé plus mauvais qu'un autre."

Une rivalité bien moins exacerbée ?
Le fait qu'il n'y ait pas d'hennuyers sur le terrain enlève-t-il du sel à la rencontre ? "C'est vrai que les supporters peuvent avoir envie de s'identifier à des joueurs régionaux. Après, si tu as trois Hennuyers en plus dans l'équipe, est-ce que ça va amener plus de monde au stade ? Je ne sais pas", s'interroge Dante Brogno.
Si tu as trois Hennuyers en plus dans l'équipe, est-ce que ça va amener plus de monde au stade ?
"Sans jouer les grabataires, c'est moins bien qu'avant, juge tout de même Casto. Parce que même si on te l'explique, tu ne perçois réellement l'enjeu que quand tu as baigné dans la culture depuis tout petit. Aujourd'hui, il n'y a réellement que les supporters qui comprennent la rivalité avec le Standard ou la Louvière."
Aujourd'hui, il n'y a réellement que les supporters qui comprennent la rivalité avec le Standard ou la Louvière.
Des propos qui font écho à ceux de De Mil. "J'ai insisté sur l'importance du choc mais je l'avais déjà fait avant le match aller", confie le T1. Ça n'avait pas empêché le Sporting de s'effondrer et de livrer à la Easi Arena le pire match depuis que le coach s'est installé sur le banc du matricule 22 en avril 2024.
Une telle mésaventure aurait-elle pu se vivre il y a 20 ans ? "Je ne sais pas mais dans la vie de groupe, le fait de venir du même endroit nous a soudés et nous fait vivre des moments exceptionnels durant mes 7 années à Charleroi. On était des potes et les 3/4 du noyau allaient au resto tous ensemble. Après les rencontres, on allait de nous-mêmes dans les buvettes pour refaire le match avec les supporters", poursuit Casto
Un football qui appartient au passé. Au point où l'ex milieu de terrain se demande s'il pourrait refaire carrière aujourd'hui. "Si j'étais né 20 ans plus tard, je ne sais pas si on m'aurait donné ma chance. Les mentalités ont changé. Il faut que tu sois un phénomène pour être lancé à Charleroi quand tu es un jeune du cru."
Les premiers contrats professionnels donnés à Leandro Diaz Rodriguez et Rayan El Arfani, tous deux âgés de 15 ans, annoncent-ils des jours meilleurs ?
"Parfois, c'est un peu dommage qu'il n'y ait pas plus de joueurs de la région sur le terrain mais on essaie d'améliorer notre académie qui compte beaucoup d'éléments de la province. Le but, c'est qu'il y ait de plus en plus de jeunes en équipe première dans les années à venir", s'engage De Mil.
Une promesse déjà évoquée par Charleroi par le passé mais qui peine décidément à être matérialisée.