Adrie Koster, ancien coach des Blauw-Zwart, pas surpris par le niveau des Brugeois: "Dost me fait penser à Luuk de Jong du Barça"
Adrie Koster n'est pas surpris par l'évolution de son ancienne formation brugeoise.
- Publié le 02-10-2021 à 22h35
- Mis à jour le 03-10-2021 à 11h10

Il y a dix ans, Adrie Koster était démis de ses fonctions au Club Bruges, après une "masterclass" de Kevin De Bruyne, auteur d'un triplé au cours de la victoire limbourgeoise (4-5) au Jan Breydel. Sans club depuis son licenciement de Willem II en janvier dernier, l'entraîneur néerlandais (66 ans), aussi élégant dans sa manière de voir le football que dans sa relation avec les médias, a accepté de revenir sur ses 30 mois dans la Venise du Nord (2009-2011), où il a assisté à l'arrivée du duo Verhaeghe-Mannaert. Entretien.
Adrie Koster, vous suivez encore les rencontres du FC Bruges ?
"Oui, je ne regarde bien entendu pas tous les matchs, mais certains. La progression est impressionnante depuis que je suis parti."
Vous êtes surpris par cette progression ?
"Si je compare la situation avec celle d'il y a quelques années, le style de football s'est amélioré et surtout les résultats. Je ne suis pas surpris, non. Bart Verhaeghe, le président, et Vincent Mannaert, le directeur général (arrivés en janvier 2011 alors que Koster a été viré en octobre 2011) ont mis en place une nouvelle gestion. Une nouvelle approche, en fait. Ils savaient ce dont le FC Bruges avait besoin et ils l'ont mis en place. Je parle aussi bien de l'effectif que des conditions d'entraînement. Tout a été modernisé, tout est devenu plus professionnel."
Vous avez donc dirigé les Blauw en Zwart sous les deux directions. Que retenez-vous de votre passage ?
"J'ai vraiment passé de très bons moments à Bruges. Quand je suis arrivé en Belgique, c'était ma première expérience à l'étranger. J'étais curieux de savoir si la philosophie de jeu prônée à l'Ajax Amsterdam pouvait être appliquée dans le championnat belge. Ça a vraiment été une belle expérience, je suis content de cette étape."
Le football pratiqué à votre époque était spectaculaire, les résultats moins. Vous ne trouvez pas que la direction s'est trop focalisée sur les résultats ?
"Quand vous êtes dans un grand club, il faut les deux : le beau jeu et les résultats. Si tu ne gagnes pas, ce n'est pas possible, même si tu proposes du beau football. Le beau jeu ne fait pas tout. Cette combinaison n'est pas facile à trouver. Je n'ai pas de regrets, peut-être qu'en jouant de manière plus pragmatique les résultats n'auraient pas été meilleurs."
Vous avez été remercié à la suite d'une défaite face à Genk, le 29 octobre 2011. Ce jour-là, Kevin De Bruyne avait été étincelant. Vous vous en souvenez ?
"Je m'en souviens très bien, c'était la fin de mon histoire à Bruges (rire crispé). De Bruyne avait marqué trois buts, de très beaux buts en plus. C'était un match spectaculaire, 3-4 ou 4-5, il me semble (4-5). On éprouvait des difficultés défensivement, j'avais dû mettre un jeune milieu de terrain sur le côté droit de la défense (Thibaut Van Acker). Et De Bruyne avait été si fort, il en avait bien profité. Il avait décidé de l'issue du match."
Vous avez aussi vécu de bons moments au Jan Breydel. Il y a un match en particulier qui vous a marqué ?
"Quelques semaines après mon arrivée, on a commencé les tours préliminaires de l'Europa League. On a d'abord éliminé des Finlandais avant d'hériter du Lech Poznan. À l'aller, on a été battus 1-0 en Pologne. Il y avait un certain Robert Lewandowski en attaque. Puis au retour, on menait 1-0 et on a obtenu notre qualification pour la phase de poules aux tirs au but. L'ambiance était géniale dans le stade, c'était fantastique. Je m'en souviens comme si c'était hier."
Ce dimanche, le Club Bruges affronte Anderlecht…
"Ce sera à Bruges ou à Anderlecht ? Ce sera un gros match. Les deux équipes sont bien classées et le Topper est toujours intéressant à suivre. D'autant plus qu'il peut laisser des traces au niveau mental."
Ce sera surtout la première fois qu'ils se rencontrent après le titre fêté par Bruges sur la pelouse d'Anderlecht, la saison passée. Vous avez vécu le scénario inverse, en 2010.
"Oui, c'est vrai. Ils ont été champions dans notre stade. La première fois que je les ai affrontés, on les a battus à domicile (4-2), durant la phase classique. Durant les playoffs, on a perdu 1-2 chez nous et on a terminé deuxièmes du championnat. Sur l'ensemble de la saison et sur cette rencontre, ils ont mérité leur titre, il faut le reconnaître. Évidemment que pour un grand club comme Bruges, c'était difficile à accepter. Mais on a directement tourné la page."
Pendant vos trente mois au Club Bruges, est-ce qu'il y a des joueurs qui vous ont marqué ?
"Plusieurs, oui. Bien entendu, Ryan Donk m'avait accompagné de l'Ajax à Bruges et vu qu'il s'agit d'un compatriote, c'était forcément spécial. Puis il y a eu Karel Geraerts aussi. Il ne jouait pas énormément avant mon arrivée et c'est devenu un joueur clef dans l'équipe. On avait une relation particulière. Et au niveau technique, je n'oublie pas Ronald Vargas. Il avait cette faculté à faire basculer la rencontre sur une action. C'était un joueur fantastique."
Philippe Clement a quitté Bruges juste avant votre arrivée. Mais il a commencé sa carrière d'entraîneur en 2011, lors de votre troisième saison.
"Vous avez vu le boulot qu'il réalise au Club ? Ça ne me surprend absolument pas. Il avait pris en main les jeunes de Bruges et se chargeait de certaines séances individuelles en compagnie des défenseurs du noyau A. Je voyais déjà qu'il avait ça dans le sang. Il avait beaucoup d'expérience en tant que défenseur et c'était un rassembleur. Il créait une ambiance spéciale dans le groupe avec lequel il bossait. Il était aussi très positif. J'ai collaboré quelques mois seulement avec lui, mais je l'ai vu se développer. Et il continue à progresser, en emmagasinant de l'expérience. La direction a eu raison de le reprendre."
Il dispose maintenant de trois Néerlandais dans son effectif. Que pensez-vous de Ruud Vormer, d'abord ?
"Je le suivais quand il évoluait à Roda, c'était un excellent joueur. J'ai été étonné qu'il ne rencontre pas le même succès à Feyenoord, par la suite. Je n'ai pas compris ce qu'il s'est passé. Il s'est ensuite bien développé à Bruges, pour devenir un élément important, au point d'hériter du brassard de capitaine. C'est un joueur clef de l'effectif. Je savais qu'il avait les qualités pour atteindre ce niveau. Je ne suis pas surpris. Et je suis persuadé qu'il va rebondir."
Il y a aussi Noa Lang, formé à l'Ajax Amsterdam, où vous avez coaché.
"Il était remplaçant à Amsterdam et montait parfois. Mais son temps de jeu était très réduit. Il avait de la qualité, tant au niveau technique que de la finition. Bruges a détecté ce talent et a su le faire progresser. Chapeau au Club ! Il faut le faire pour détecter un tel potentiel et réussir à le développer. Je ne crois pas que l'Ajax doit s'en mordre les doigts, il n'aurait sans doute pas eu la même évolution là-bas. À la fin de la saison, Bruges va probablement le revendre à prix d'or et investira cet argent dans de nouveaux joueurs prometteurs. C'est là qu'on se rend compte que tout tourne rond, au niveau du management. C'est comme ça qu'ils vont franchir une étape."
Bas Dost, par contre, a perdu sa place de titulaire, après des débuts très impressionnants en janvier dernier.
"Dans un club comme Bruges, tu as besoin d'un Bas Dost. Il te sortira de situations difficiles à certains moments et rapportera des points, sans avoir beaucoup de temps de jeu. Si tu veux atteindre un niveau supplémentaire, tu dois avoir un élément comme ça dans l'effectif. Je le compare un peu à Luuk de Jong du FC Barcelone. Un joueur très utile."
La direction flandrienne pousse pour la création de la BeNeLeague. Qu'est-ce que vous en pensez ?
"Je n'y suis pas favorable, pour être honnête. Je ne crois pas que ce sera positif pour le football belge et pour le football néerlandais. Je comprends que voir les meilleures formations s'affronter, cela va générer des revenus supérieurs en termes de sponsoring ou de droit télé. Mais les plus petits vont souffrir. C'est un système élitiste. Si tu montes en D1 et que tu n'as pas droit aux grosses affiches contre le Club Bruges, par exemple, ce n'est pas bon. Moi je pense au football dans son ensemble et je trouve que ce n'est pas une bonne chose. Il ne faut pas penser qu'à l'argent."
L'aspect financier, c'est justement ce qui a pourri votre saison au Beerschot, en 2012.
"Oui, j'ai connu la faillite du club. La situation économique était très difficile, cela a eu un impact sur les résultats et la manière de jouer. Les joueurs n'étaient pas payés et cela a influencé leur comportement. Ce n'était pas très chouette à vivre."
Vous avez aussi connu des expériences plus exotiques, d'abord en Tunisie (2013-2014).
"J'ai toujours coaché aux Pays-Bas, avant de découvrir la Belgique. Puis j'ai voulu quelque chose de plus dépaysant et j'ai pris en main une formation tunisienne. C'était vraiment très différent de ce que j'avais connu auparavant. Je ne suis finalement resté que six mois. Ils m'ont viré alors que j'étais en tête du championnat. Je n'ai jamais compris la raison. C'était peut-être justement ça la différence avec les Pays-Bas (il rit)."
Il y a ensuite eu l'Arabie Saoudite.
"Oui, j'étais assistant de Bert van Marwijk de 2015 à 2017, avec Mark Van Bommel notamment. L'ambition de la fédération était de se qualifier pour la Coupe du monde en Russie. Et on a atteint l'objectif… mais on a été remerciés (en fait, il y a eu une divergence entre van Marwijk et la fédération). Mais ça n'empêchait que c'était aussi une belle expérience de vie."