"Après la RAAL, je pensais que ma carrière en D1 était finie" : avant Gand-RAAL, Emilio Ferrera revient en arrière et évoque ses deux anciens clubs
Emilio Ferrera a dirigé seulement neuf matchs à la RAAL en 2005 mais il a façonné la dynamique de jeunes de La Gantoise dont est issu Malick Fofana.

- Publié le 02-08-2025 à 13h06

Emilio Ferrera, c'est un CV long comme le bras. Un nombre incalculable de clubs qui ont façonné sa vision du football et qui font qu'aujourd'hui son académie s'est implantée au Standard, pour les jeunes, et que lui est l'homme désigné pour replacer Mons sur la carte du monde pro.
Mais il y a 20 ans, Emilio Ferrera démarrait la saison à La Louvière en division 1. Si aujourd'hui, c'est le championnat de D1 ACFF qu'il prépare, il espère surtout connaître un meilleur sort qu'il y a deux décennies où il n'avait pas survécu à un début d'exercice compliqué. Plus de quinze ans après sa courte expérience au Tivoli, c'est à Gand où il s'est refait une jeunesse en participant à la dynamique des équipes de jeunes.
À quelques heures de l'affrontement entre Loups et Buffalos à la Planet Group Arena, Emilio Ferrera revient quelques années en arrière pour nous.
Emilio, 20 ans en arrière, les neuf matchs à la tête de la RAAL ne restent pas un bon souvenir ?
"C'était en tout cas une année assez compliquée car, si mes souvenirs sont bons, les événements les ont rattrapés (NdlR : affaires des matchs truqués). Je ne les ai pas connus, n'étant déjà plus là. À l'époque, on savait que le club ne disposait pas d'énormément de moyens. On savait qu'on allait lutter pour le maintien. Après neuf matchs, on savait qu'on n'allait pas terminer dans le top 5. On s'est séparé d'un commun accord. Je ne pensais pas pouvoir apporter quelque chose au groupe et la direction était d'accord avec l'analyse. La séparation s'est faite en bons termes."
Quels étaient vos rapports avec Filippo Gaone, le président ?
"Je pense qu'il a été un très bon président au début de son règne à La Louvière mais quand, moi, j'y étais, je crois qu'il était arrivé au bout. Il avait pratiquement tout connu jusqu'à la Coupe d'Europe (NdlR : victoire en Coupe de Belgique en 2003). Il avait fait le tour du propriétaire. Je l'ai plus connu à une période où sa motivation n'était peut-être pas au top. Donc, ce n'est pas forcément un souvenir impérissable. Et, à mon avis, cela doit être le même ressenti de son côté."
Partir après neuf matchs à La Louvière, c'était le sentiment du devoir non accompli.
Partir après neuf matches de championnat, c'est un échec ?
"Oui clairement, c'était le sentiment du devoir non accompli. Vous savez, nous, les coachs, on est un peu des opportunistes. Quand ça marche bien, on est relativement recherché. Quand ça marche moins bien, on l'est beaucoup moins. Et là, je pensais très honnêtement que ma carrière en division 1 allait s'arrêter. J'étais un peu tombé dans une période sinistre. Mais comme en football, rien n'est figé et on ne sait rien prédire, quelques mois plus tard, je rebondissais au Club Bruges. À ce moment-là, il restait quelques matchs et on est parvenu à se qualifier pour la Coupe d'Europe en réalisant, si mes souvenirs sont bons, un 13/15. Comme quoi, on peut passer du noir au blanc en très peu de temps."

La carrière d'un entraîneur n'est pas simple.
"Quand on sort d'une aventure qui n'est pas spécialement positive, on se pose beaucoup de questions. Mais, j'ai appris qu'il n'y a pas vraiment de règles. Même après cette courte aventure à La Louvière, Bruges est venu me chercher. C'est paradoxal."
À La Louvière, comment l'ambiance était en dehors du terrain ?
"Évidemment, quand un entraîneur n'obtient pas de résultat, il n'est pas forcément apprécié par les supporters. Et vu ma personnalité, je pense qu'ils ne sont pas forcément tombés follement amoureux de moi. Je l'ai vécu comme un échec mais ce n'était pas non plus la RAAL new-look comme on la connaît aujourd'hui."
Vous auriez aimé avoir cet environnement ?
"Tout le monde, je crois, même si je ne pense pas être un entraîneur qui peut rester aussi longtemps que l'actuel (NdlR : Frédéric Taquin). Mon caractère ne pourrait pas s'inscrire dans une telle durée. Je suis quelqu'un de très énergivore. J'exige beaucoup de tout le monde et à un moment donné, cela risque de coincer à la longue. Il y a une sorte d'habitude qui s'installe et on laisse les choses en l'état et on n'avance plus. Après, je l'ai fait à Gand. Mais il y a tellement de choses qui ont fait que c'était possible à La Gantoise."
C'est sous ma tuelle que Malick Fofana a éclaté à Gand.
Si on revient un peu moins loin dans votre parcours, on voit en effet que vous avez obtenu de bons résultats avec les jeunes de La Gantoise, dont l'équipe U23 a été promue en Challenger Pro League.
"Ce n'était pas mon fait d'armes ça. Je suis arrivé comme coach des U21 en étant aussi responsable à partir des U16. Donc, les joueurs qui étaient susceptibles de recevoir un contrat professionnel. C'est moi qui déterminais si le joueur entrait dans ces conditions. On a essayé, et je crois qu'on est parvenu, d'implanter une certaine philosophie de jeu et de formations de jeunes dans le club. Ensuite, j'ai pris la direction générale sportive des jeunes, donc des petits jusqu'aux U18. Avec, comme vous dites, une certaine réussite car c'est sous ma tutelle qu'on a connu l'éclosion de Malick Fofana ou de Fernandez. D'autres, je vois, ont un peu suivi et maintenant, les U23 filent en D1B. J'étais un peu le responsable sportif de toute cette génération. C'est une réussite au niveau collectif mais aussi individuel."
Quand vous voyez que Fofana suscite autant d'intérêt en Europe, vous vous dites que c'est grâce à vous ?
"Non, non, certainement pas. Le seul mérite que j'ai eu était d'avoir décelé rapidement ses aptitudes. Des bons joueurs, il y en a partout. Par contre, il faut pouvoir faire la distinction entre celui qui est un bon joueur et qui a du talent et celui qui va devenir un crack. Ce n'est pas toujours facile. Mon mérite est d'avoir su voir ce qui sautait aux yeux. Par contre, celui qui a le plus de mérite dans ce dossier, c'est Michel Louwagie (NdlR : ancien CEO de la Gantoise, actuel conseiller chez les Buffalos). Il est parvenu à lui faire signer un contrat longue durée."

Pour vous, c'est une fierté d'avoir mis La Gantoise dans le bon peloton des clubs formateurs en Belgique ?
"Oui, certainement ! Contrairement à La Louvière, j'ai quitté Gand avec le sentiment du devoir accompli."
Revenir en D1A ? Je me sens beaucoup plus armé maintenant.
Ces équipes U23 dans des championnats adultes, vous y êtes favorable ?
"Oui, par contre le fait qu'il n'y ait pas de descendant parmi eux en D1B, je ne vois pas cela d'un bon œil. Pour la formation, je trouve cela ridicule car vous participez à un championnat qui n'en est pas un. Aucune chance de monter et aucun risque de descendre… c'est complètement aberrant. Il faut que les jeunes puissent vivre ces situations d'inconfort d'un éventuel échec."
On a récemment fait un parallélisme entre Gand et La Louvière puisqu'avant la RAAL, le dernier stade construit en Belgique, c'était à Gand. Les Buffalos peuvent être un exemple pour les Loups ?

"C'est une bonne question. La grande différence est que tout s'est bien passé niveau timing à Gand. Ils ont construit le stade et ils ont été champions de Belgique. Si on prend un laps de plusieurs années, il faut avoir à sa tête un management formidable comme Ivan De Witte et Michel Louwagie l'ont fait à Gand. C'est essentiel."
Vous ne rêvez pas de revenir en Jupiler Pro League ?
"D'abord je fais cette saison avec Mons en D1 ACFF, et puis on verra. Je ne me projette pas aussi loin. Ma vision est vraiment à court terme même, si pour être honnête, je me sens beaucoup plus armé maintenant de par mon expérience en équipe première mais aussi avec les jeunes. C'est un atout terrible. Quand vous êtes continuellement avec l'équipe A, vous ne voyez pas l'autre facette : ces joueurs qui sont occupés d'arriver. Avoir ce vécu, c'est bénéfique pour mon travail en équipe A, quelles que soient les divisions."
À Mons, vous avez en tout cas la mission de monter en D1B. C'est pour ça que vous avez rejoint ce projet ?
"D'abord, Mons (NdlR : où son frère Manu est directeur sportif) est une équipe qui a eu un passé, qui a l'expérience du football professionnel et c'est là qu'ils aspirent revenir. Je pense pouvoir apporter quelque chose dans un tel projet."