Avec trois buts en deux matchs, Kevin Rodriguez retrouve enfin le sourire à l'Union : "Ce n'est pas un travail de trois semaines mais bien d'un an"
L'attaquant équatorien a inscrit trois buts en deux matchs après avoir marqué cinq goals en deux ans.
- Publié le 18-08-2025 à 18h52

Les larmes ont failli couler sur les joues de Kevin Rodriguez samedi soir. Auteur de deux buts face au Standard, son troisième en deux matchs, l'attaquant équatorien s'est avancé, gorge serrée et sourire en coin, vers le kop unioniste qui scandait son nom. Il a lancé un chant le poing levé, avant de recevoir une accolade méritée du président Alex Muzio.
Car Kevin Rodriguez revient de très loin. Avant le début de cette saison, l'attaquant de 25 ans figurait plus que jamais sur la liste des départs après une saison morose, conclue avec un seul but et seulement neuf petites minutes dans les Champions playoffs. "J'avais le sentiment d'avoir encore plus à donner après les deux dernières saisons, expliquait-il lui qui est le cinquième attaquant tirant le plus au but cette saison (11 tirs). Je n'ai rien changé de particulier, j'ai simplement continué à travailler. Que ce soit le travail visible à l'entraînement ou les séances personnalisées, mais aussi tout le travail invisible en dehors du terrain. La seule différence, c'est la confiance de l'entraîneur, du staff et des supporters, qui donne une énergie supplémentaire. C'est la base pour que tout commence à s'emboîter une fois qu'on obtient du temps de jeu en match."
Quand tu ne marques pas, le regard des coéquipiers peut changer et c'est difficile mentalement.
Depuis son arrivée à l'Union, il y a déjà deux ans, contre 4,5 millions d'euros soit le transfert entrant le plus cher de l'histoire du club à l'époque, Kevin Rodriguez n'avait marqué que 5 buts en 2 239 minutes. Il en a désormais ajouté 3 en une semaine et 148 minutes plus tard, après avoir passé… 364 jours sans trouver le chemin des filets. "Il y a du doute dans les périodes de disette car ton rôle est d'être décisif en tant qu'attaquant, analyse l'ancien buteur Jérémy Perbet toujours pertinent pour parler du rôle d'un buteur. Le regard des coéquipiers peut changer car ils créent des occasions mais tu ne les marques pas. Et c'est difficile à gérer mentalement. Cela passe par le travail, en repartant sur des gestes simples à l'entraînement, ceux que tu réussis les yeux fermés quand tout va bien. Le mental est primordial avec la pression des coéquipiers, du staff, du public et des médias. Le plus important est de ne pas perdre confiance et de rester positif."
Dans cette période compliquée, Kevin Rodriguez a pu compter sur le soutien de Sébastien Pocognoli et de tout son staff, à commencer par Kevin Mirallas, l'entraîneur des attaquants unionistes. Tous les joueurs offensifs sont passés entre ses mains, de David à Ivanovic, en passant par Fuseini, Niang et Khalaili. Certains se sont simplement adaptés plus vite que d'autres… "Ce n'est pas un travail de trois semaines mais bien d'un an avec Rodriguez, souligne Pocognoli. Cela a pris du temps avec David, moins avec Fuseini, et beaucoup plus avec Rodriguez. Il y a d'autres paramètres que l'aspect sportif qu'il faut prendre en compte. Mais aujourd'hui, il devient quelqu'un qui apporte énormément, par ses buts et sa grinta mais aussi par tout son travail sans ballon."
Il y avait beaucou
Si la concurrence a toujours été rude en attaque, Kevin Rodriguez porte aussi une part de responsabilité dans son éclosion tardive. Arrivé tout droit d'Équateur, l'international aux 25 sélections peine encore à communiquer en français ou en anglais. Aidé au quotidien par l'autre hispanophone Kevin Mac Allister, il a été traduit par le kiné bilingue du club lors de son interview d'après-match face à la presse. "Il y avait beaucoup de frustration ces deux dernières saisons et je n'étais pas toujours très heureux, confiait Rodriguez. Mais mes coéquipiers et le staff savent que je n'ai jamais arrêté de m'entraîner. Je savais que les buts allaient finir par tomber. J'avais confiance en mes qualités, il fallait juste un déclic. Désormais, quel que soit le rôle que je reçois cette saison, je donnerai tout."
Pour autant, le retour en forme de Kevin Rodriguez ne garantit pas sa place de titulaire. En plus de Mohammed Fuseini qui a quitté l'infirmerie, Promise David revient en force et tout porte à croire que le duo Raul-David pourrait être rapidement aligné… "Rodriguez est un joueur qui met beaucoup d'énergie dans son jeu et qui se donne à 100 % dans le pressing, analyse le consultant et ancien attaquant Nordin Jbari au sujet du quatrième attaquant jouant le plus de duels offensifs cette saison. Mais il semble marcher sur des œufs n'ayant pas toujours les pieds bien ancrés. Cela limite sa technique : il peut rater un contrôle facile ou une passe anodine. Son investissement est irréprochable, mais il n'a pas le même impact que David qui est puissant et solide. Je vois plus le duo Raul-David que Raul-Rodriguez."
Reste à l'Équatorien de continuer à marquer pour faire taire ses détracteurs et vivre encore des moments chargés d'émotion devant ses supporters…