À l'ancienne avec Djibril Cissé avant Belgique-France à l'Euro : "Là, j'ai découvert ce que vivaient les Dieux"
L'ancien attaquant français Djibril Cissé (42 ans) nous raconte sa carrière, parfois brillante, parfois étonnante. Avec du Guy Roux et des Belges dedans.

- Publié le 29-06-2024 à 16h14
- Mis à jour le 01-07-2024 à 16h46

Avant la vitesse de Kylian Mbappé, il y avait celle de Djibril Cissé chez les Bleus. Avec un moins beau palmarès en équipe nationale (41 caps, 9 buts) mais une Ligue des champions gagnée, avec Liverpool en 2005. Aujourd'hui âgé de 42 ans et partagé entre une carrière de DJ et de consultant télé, l'ancien attaquant garde la forme en jouant avec les légendes de l'OM et de Liverpool aux quatre coins du monde. Il a accepté de se livrer pour notre rubrique "À l'ancienne" juste avant le Belgique - France de l'Euro.
L'équipier le plus fort que vous avez connu ?
"Quand tu as la chance de jouer avec Zidane, ça laisse peu de chance aux autres (sourire). Il y a aussi eu Thierry Henry. Et David Trezeguet qui est quelqu'un de très discret mais que je respecte beaucoup. On l'oubliait sur le terrain mais il était toujours là quand il le fallait."
Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
"J'ai joué les deux monstres, Messi et Ronaldo. Je penche pour Messi. Mais chez les jeunes, j'ai affronté Andrès D'Alessandro, un Argentin incroyable. Il était top."
Le défenseur qui vous posait le plus de problèmes ?
"Ce n'est pas un défenseur connu mondialement mais j'avais toujours du mal contre Jean-Christophe Devaux, qui jouait à Strasbourg. J'avais 20 ans, j'étais au début de ma carrière et c'était compliqué. Je ne vais pas dire qu'il m'a traumatisé parce que je m'en suis toujours bien sorti mais je n'oublierai jamais le traitement de faveur qu'il réservait à un attaquant. Il m'a mis quelques coups mais toujours dans le jeu. Jacek Bak aussi, c'était pareil à Lyon et à Lens. C'est le genre de joueurs que tu dois affronter quand tu es jeune. Ça te montre la difficulté du métier et ils te forgent un caractère de guerrier."

Le plus beau but que vous avez inscrit ?
"J'hésite entre deux. Contre Rennes avec Auxerre, je mets une frappe alors que je suis excentré quasi sur la ligne. Tout le monde a été surpris. Il y a aussi eu une reprise de volée avec Bastia sur un long ballon de Romaric. Allez, je choisis le but avec Bastia parce qu'il y a une symbolique autour. C'est un de mes derniers matchs pros, ma hanche commence à me faire vraiment souffrir mais j'arrive à sortir ce geste. Sentimentalement, c'était plus fort. Je me souviens aussi d'un ciseau marqué avec l'OM contre Paris. C'était fort aussi."
Si j'avais plus écouté Guy Roux quand j'avais 20 ans, j'aurais atteint les 100 buts.
Le joueur le plus drôle que vous avez côtoyé ?
"Franck Ribéry. Il faisait beaucoup de blagues mais toujours dans un bon délire, jamais pour être méchant. J'ai parfois été sa victime, je me souviens de sel dans le verre d'eau notamment. Un bon camarade de vestiaire, en plus d'être un super joueur."

Le joueur le plus fêtard ?
"Si c'est au sens, sortir en boîte et se bourrer la gueule, je ne sais pas parce que ce n'était pas mon genre. Mais dans le style bon vivant, Pepe Reina était pas mal. Un gardien très professionnel mais bon délire."
L'entraîneur le plus marquant de votre carrière ?
"Aucune surprise : Guy Roux. Il m'a connu tout jeune. Il a fait de moi le joueur que j'ai été et l'homme que je suis aujourd'hui. Il m'a appris à respecter les gens et ça joue encore sur moi maintenant. J'ai beaucoup apprécié Raymond Domenech aussi. Je vais également citer Rafael Benitez, même si c'est en partie lui qui m'a fait partir de Liverpool. Il aurait pu me mettre au frigo en me faisant rentrer de temps en temps mais il a été honnête. Il m'a expliqué qu'il avait d'autres idées et que je n'entrais pas dans ses plans. Si j'avais dû rester à Liverpool en jouant très peu, ma carrière aurait peut-être pris une moins bonne tournure. Eric Gerets a aussi été marquant à Marseille mais Guy Roux est indétrônable."

Votre meilleur souvenir avec Guy Roux ?
"Toutes ses techniques de surveillance pour pister les joueurs. Pas pour être chiant, juste pour qu'on récupère au mieux et qu'on soit performant en match. Il avait raison. Notre corps, c'est notre travail, c'est notre machine. Si tu fais fête sur fête sans hygiène de vie, ta carrière va durer cinq ans au lieu de douze ou même quinze ans. Je le comprends très bien aujourd'hui mais à 20 ans quand tu gagnes bien ta vie et que t'es la star locale, tu fais ce que tu veux. Et quand quelqu'un te fait une remarque, tu te demandes ce qu'il veut. Quand je vois qu'il m'a manqué quatre buts pour arriver à 100 sur ma carrière, je me dis que j'aurais dû passer plus de temps à travailler mes points faibles, comme mon pied gauche et mon jeu de tête. Des fois, il faut écouter les anciens. J'étais trop focalisé sur mes qualités, au lieu de réduire mes manquements."
Le Belge que vous avez préféré dans votre carrière ?
"J'ai beaucoup aimé jouer avec Guillaume Gillet à Bastia. Je le revois parfois et il est très bon délire."
La plus grosse engueulade à laquelle vous avez assisté ?
"Je me souviens d'une embrouille El-Hadji Diouf et Anton Ferdinand à Sunderland. C'était mouvementé mais vite maîtrisé par Roy Keane qui était notre coach. Ça a bien chauffé, mais j'ai jamais vécu une vraie bagarre dans le vestiaire."
Quel équipier voudriez-vous ne plus jamais croiser ?
"Personne. On me pose souvent la question. On veut savoir les joueurs que je déteste mais je n'ai jamais eu quelqu'un que je n'aimais vraiment pas. Il y a forcément des affinités différentes mais pas au point de ne plus revoir un gars. Quand je fais des matchs avec les anciens de l'OM et de Liverpool, je prends toujours du plaisir à revoir du monde. J'adore revoir mes petits Samir Nasri et Mamadou Niang quand je suis à Marseille mais je m'entends avec tout le monde."
J'aurais pu signer au Barça et au Real Madrid, j'avais discuté avec Zizou.
Votre plus belle fierté dans le football ?
"J'ai gagné la Ligue des champions mais je suis encore plus fier d'être revenu de mes trois graves blessures. Des fractures de la jambe et ma prothèse de hanche. On me donnait mort pour le football mais j'étais encore là. Une fois, ça peut être un coup de chance mais trois fois, ça montre mon caractère et ma volonté."
Si vous pouviez rejouer un match dans votre carrière, lequel choisiriez-vous ?
"Bonne question, c'est la première fois qu'on me la pose. Je connais déjà le résultat ou pas ? Si le résultat reste le même, je prends la finale de la Ligue des champions."
La plus belle ambiance que vous avez vécue dans un stade ?
"Un derby Panathinaïkos - Olympiakos, l'année où on gagne 2-1 et où je marque les deux buts (NdlR : le 30 octobre 2010, Kevin Mirallas avait marqué le but de l'Olympiakos). Là, j'ai découvert ce que vivaient les gladiateurs et les Dieux. J'ai jamais entendu mon nom scandé aussi fort. Je n'avais jamais vu des gens aussi émus face à moi. Et on ne m'avait jamais porté pour un tour d'honneur. C'était assez fort."
Le transfert qui aurait pu se faire dans votre carrière ?
"J'ai été très proche du Barça. J'avais même visité le centre d'entraînement. Ça a failli se faire au Real Madrid aussi. J'avais discuté avec Zizou et on s'était mis d'accord avec Liverpool. Mais ça n'a pas pu se faire. Mais j'ai fait les bons choix dans ma carrière je pense."