André Cruz: "Naples mérite le titre de champion"
L'ancien Brésilien du Standard André Cruz a joué pour Naples et l'AC Milan. Il évoque ses souvenirs avant le choc de ce dimanche soir...
- Publié le 06-03-2022 à 16h07

Un duel au sommet, entre le volcan napolitain et l'élégance milanaise. Pas si caricatural que ça, à en croire les propos d'André Cruz, l'ancien international brésilien qui avait quitté le Standard en 1994 pour rejoindre le sud de l'Italie, avant de remonter jusqu'à la capitale de la mode.
"Je vais vous raconter une anecdote, qui en dit finalement beaucoup sur Naples, glisse l'ancien défenseur central. Un jour, je me suis rendu à Pompéi avec ma famille. J'avais une casquette, bien enfoncée sur la tête, pour passer un peu incognito. Je me suis rendu dans un magasin et un client a commencé à me regarder avec insistance. Il a chuchoté à l'oreille de son ami et est venu me voir. 'Vous êtes André Cruz ?' Je lui ai répondu positivement. Et d'un coup, tout le monde est entré dans la boutique, il y avait un attroupement monstre pour me demander un autographe, me prendre en photo et discuter un instant avec moi. Le gérant a dû fermer son magasin et appeler la police pour que je puisse sortir avec ma famille. J'ai bien joué à Naples, mais je n'ai jamais rien gagné. L'équipe occupait le milieu du classement. Et pourtant, il y avait cette ferveur. C'est pour ça que je dis que les Napolitains sont fous (il rit)."
Le Sud-américain, qui travaille désormais pour sa ville, Santa Barbara d'Oeste, au nord de Sao Paulo, a passé trois saisons au pied du Vésuve (1994 à 1997). Septième, dixième et douzième, cette génération n'aura pas marqué les esprits. "On s'est presque qualifié pour la Coupe de l'UEFA, avec finalement très peu de moyens. Il n'y avait pas de grands joueurs internationaux, pas de stars." Après coup, le nom le plus ronflant était Fabio Cannavaro, Ballon d'or 2006 et champion du monde avec l'Italie. "Il était tout petit pour un défenseur central, avec un gros caractère et assez costaud. Il possédait une bonne détente et était rapide. Sa technique n'était pas géniale. Honnêtement, personne ne se doutait qu'il ferait une telle carrière et deviendrait le meilleur défenseur au monde, mais il était jeune (21 ans). Il est parti à Parme, qui avait une grande équipe, et il a explosé."
Difficile évidemment de passer après la légende Diego Armando Maradona, qui avait quitté la ville trois années plus tôt. "Maradona, tout le monde en parlait, tout le temps. C'est d'ailleurs toujours le cas. C'était le roi à Naples. C'était un mec spécial. J'espère qu'on retrouvera encore des légendes comme lui, Ronaldo (le Brésilien) et Ronaldinho."
Le fanatisme
Deux choses ont marqué André Cruz. "Quand j'ai quitté le Standard, j'espérais rejoindre un club avec une structure différente. Avec un centre d'entraînement moderne, quatre ou cinq terrains, des logements dignes d'un hôtel. Je suis arrivé à Naples, où il n'y avait qu'un seul terrain, une académie très modeste, des logements simples. Je suis resté sur ma faim. Mais l'ambiance, par contre…"
La ferveur du San Paolo n'a presque pas d'équivalent. "Comme je vous l'ai dit, les supporters sont fous là-bas. On ne pouvait pas sortir dans la rue, sinon les gens venaient vous parler. Ils n'étaient pas agressifs, ils voulaient juste discuter deux ou trois minutes. Enfin, ça, c'était dans les bons moments. Heureusement, je n'ai pas vécu les mauvaises périodes (il rit). Les gens se rendaient compte qu'on ne pouvait pas avoir de grandes ambitions avec nos moyens. Dans le stade, l'ambiance était incroyable. Je ne vois pas d'autres clubs de la sorte. Roberto Carlos et Alex, l'ancien milieu offensif, m'ont dit qu'à Fenerbahce, c'était comparable. Quand Naples est descendu en D3, il y avait 35 000 personnes. Complètement fou !"
Le départ dans le Nord
Le gaucher a quitté Naples durant l'été 1997. "L'année précédente, en 1996, Fabio Capello m'avait appelé pour que je vienne au Real Madrid. Il avait besoin d'un défenseur. Cela ne s'est pas fait. Avec Naples, on discutait d'une prolongation de mon contrat, mais on n'est pas tombé d'accord. Puis, il y a eu la loi Bosman et je me suis retrouvé libre." Plusieurs options se sont présentées à lui. "J'aurais pu suivre Luigi Simoni, qui était mon coach à Naples. Il venait de signer à l'Inter Milan. Mais il voulait me faire jouer comme milieu défensif. J'étais capitaine du Brésil, à ce moment-là, et j'évoluais en défense centrale. Je ne voulais pas hypothéquer mes chances de participer à la Coupe du monde 1998. Capello m'a rappelé, après avoir rejoint l'AC Milan et il m'a convaincu. Franco Baresi venait de prendre sa retraite et la direction voulait le remplacer."
André Cruz a découvert un autre monde. L'élite du football italien. "Les infrastructures à Milanello étaient vraiment au top, juste ce que je voulais." Sans parler de l'équipe. Des stars. "On n'avait que des grands joueurs, à chaque position. Costacurta, Maldini, Ziege, Desailly, Boban, Albertini, Leonardo, Kluivert, Ba, Weah. C'est une grande équipe, composée exclusivement d'internationaux." Difficile du coup de ne retenir qu'un seul nom. "Je dirais George Weah. Je l'avais déjà affronté avec Naples. Quelqu'un de très simple finalement, un copain. Mais quand il était sur le terrain, il faisait tout le temps la différence. Je passais aussi mes entraînements à regarder Zvonimir Boban. Ce qu'il faisait était incroyable." Et, en défense, un certain Paolo Maldini. "Pendant les séances, il était toujours concentré, c'était dans la culture italienne. Il se donnait toujours au maximum. En dehors des terrains, il venait te parler, très calme."
Les personnalités
Avec Fabio Capello donc à la manœuvre. Il possédait déjà à son actif, une Ligue des champions, une Supercoupe d'Europe, quatre championnats italiens, et une Liga espagnole. "C'était un mec très dur. Quand il travaille, il crie très fort et demande à ses joueurs de se donner. Je vois des entraîneurs au Brésil qui essaient de tout révolutionner, d'être des précurseurs, de proposer de nouvelles choses. Avec Capello, tout était simple. Un défenseur droit jouait défenseur droit et devait d'abord accomplir sa tâche. Il demandait à ses joueurs d'être très professionnels. Ce qui était le cas, tout le monde était habitué au haut niveau et aux grandes rencontres."
Il a également rencontré Silvio Berlusconi, le président milanais, à deux reprises. "Une fois à Milanello et l'autre fois lors de la présentation de l'équipe. J'ai un peu discuté avec lui, c'était un mec simple et gentil. J'aimais beaucoup sa façon de parler, assez chaleureuse. Il m'a dit que j'étais ici chez moi et que si j'avais un problème, je devais le prévenir. En fait, dès qu'on avait un souci à Milan, il y avait toujours une personne pour le régler, pour trouver une solution. C'était très confortable."
Au final, la pression était également présente à San Siro, même si elle était différente du San Paolo. "À Naples, c'était la pression mise par le fanatisme des supporters. À Milan, les gens demandaient des titres. Si tu joues à l'AC, tu dois gagner. Sur papier, ils avaient toujours les meilleurs joueurs. Après, il fallait concrétiser avec des trophées."
Les duels
Absent lors des deux confrontations, il n'a pas affronté Naples lors de l'exercice 97-98, qui a vu Roberto Ayala et ses coéquipiers être relégués en Serie B, alors qu'il est retourné au Standard durant l'hiver 1999. La rivalité entre les deux clubs, il ne l'a vécue de l'intérieure qu'avec la vareuse bleue. "C'était une grande rivalité, surtout à l'époque de Maradona. Moi, je me souviens d'un match contre le Milan AC. C'était malheureusement une défaite (3-1), mais j'avais marqué un but. Je jouais milieu défensif et je remontais le terrain balle au pied. J'ai fait une feinte de frappe et puis j'ai tiré. Un joli but. J'en ai mis quelques-uns, grâce aux phases arrêtées et aux frappes à distances."
Pour la rencontre de ce week-end, André Cruz s'attend à une grosse opposition. "J'adore les deux clubs, ils possèdent de très bons effectifs. Mais j'aimerais que Naples gagne et soit champion. Cela fait tellement longtemps, alors que l'AC Milan est plus habitué aux titres. J'ai encore de nombreux amis italiens à Naples, ils méritent tellement de remporter les lauriers. Moi, je vais supporter Naples. Vous imaginez la fête s'ils deviennent champions ? Ce sera vraiment la folie. Ils sont déjà dingues avec une simple victoire en championnat. J'espère qu'il n'y aura pas de morts pendant la fête…"