"En course auto, la voiture fait 90 % du travail quand une moto ne fait que 50 %" : quand les courses sur quatre et deux roues se font face
Luca Marini et Johann Zarco ont analysé pour nous les différences de philosophie et de performance entre les courses auto et moto.

- Publié le 23-10-2026 à 14h03

Les compétitions sur deux et quatre roues sont comme des cousines éloignées. Elles sont si différentes et pourtant, elles aiment se retrouver à la première occasion. Combien de fois avons-nous vu des crossovers entre l'auto et la moto ces dernières années, avec des champions de MotoGP s'essayant à la F1 et vice versa ?
Il s'agit pourtant de deux univers bien spécifiques. En Italie, terre de toutes les passions, les deux "Scuderia" que sont Ferrari et Ducati ne sont pas logées à la même enseigne par les tifosi.
"Ducati ne fait pas l'objet du même culte chez les Italiens que Ferrari, a analysé pour nous le futur ex-pilote Honda, Luca Marini, dans le paddock de Motegi. Ferrari est une marque beaucoup plus grande, avec plus d'aura et d'histoire que Ducati. Bien sûr, Ducati a fait du beau boulot en MotoGP au cours des dix dernières années. Ils ont bâti leur légende dans le présent, tandis que Ferrari a façonné son mythe dans le passé. Ils n'ont pas le statut d'icône italienne comme Ferrari. Mais leur but est de devenir comme Ferrari mais sur deux roues, non ? Regardez, ils sortent des motos de route très puissantes, et rencontrent le succès en MotoGP…"
Ducati n'a pas la même aura que Ferrari en Italie.
Les fans transalpins préféreront toujours voir une Ferrari s'imposer aux mains d'un pilote étranger plutôt que de voir un des leurs gagner au volant d'une machine allemande ou anglaise. Même si, avec l'arrivée d'Antonelli sur Mercedes, les mentalités évoluent. Sur deux roues, c'est le motard qui tient la vedette. L'engouement autour de Valentino Rossi qui n'a rencontré le succès qu'avec des marques nippones est le plus parlant…
"En course auto, la voiture fait 90 % du résultat. En moto, les pilotes font plus de la moitié du job dans l'obtention d'une victoire, insiste Marini. Bien sûr, si vous n'avez pas une moto compétitive, vous ne pouvez pas gagner. Mais vous pouvez avoir une influence, beaucoup plus qu'en voiture où vous êtes plus limité."
D'un monde à l'autre
Ces dernières années, on a vu pas mal de motards passer sur quatre roues avec fruit. En revanche, les champions auto qui ont goûté à la moto ont plus peiné. Souvenez-vous des gamelles de Michael Schumacher à la fin des années 2000…
"Il est plus facile de piloter une voiture qu'une moto. En revanche, être compétitif à moto quand vous venez des quatre roues est impossible. En voiture, vous vous sentez plus en sécurité. Si vous vous crashez, vous vous en sortez indemne dans 90 % des cas. Même un petit accident à moto peut vous faire mal. L'approche mentale est très différente."
Un autre paramètre est à souligner pour expliquer l'aisance des motards à se convertir à la bagnole : la sensation de vitesse diminue fortement dans un bolide.
"Ce qu'on a pu sentir sur deux roues, quand on s'installe dans une auto, on s'aperçoit qu'on a déjà l'habitude d'analyser des données et du pilotage, enchaîne Johann Zarco. On se sent en sécurité dans le cockpit. Tout va beaucoup plus doucement. Les GT3, comme celles avec lesquelles roule Rossi, sont plus lentes que les motos. Une fois que le cerveau est habitué à des vitesses folles, tout devient plus simple. Et c'est ce facteur-là qui fait que les pilotes de moto peuvent s'adapter assez vite à la voiture."

Frère utérin de Valentino Rossi qui roule depuis des années en voiture, Marini n'exclut pas de s'y mettre à son tour. Mais, moins connu que "Il Dottore", il sait qu'il sera moins simple pour lui de dénicher des volants.
"J'ai beaucoup parlé avec Vale de son passage en voiture. Il s'amuse et il fait ce qu'il aime, poursuit l'Italien. C'est génial d'avoir toujours quelque chose qui vous fait vibrer après avoir pris votre retraite à moto. Pour ma part, j'aimerais bien un jour l'imiter, mais le budget est la clé. Si vous n'avez pas d'argent, vous ne pouvez pas courir. Ce n'est pas facile d'être enrôlé par un constructeur qui paie tout pour vous."
Quant à Johann Zarco, il a déjà laissé sa carte de visite à plusieurs équipes automobiles. Pour le Français, un passage sur quatre roues est dans un coin de sa tête.
"Pourquoi pas ? J'ai déjà assisté à des courses de prototypes, révèle le Cannois. Et en discutant avec les équipes, ils voyaient que je captais déjà tout. On m'a tendu la main pour que je fasse un test. Alors, des opportunités, il y en aura. Cela peut être pour moi une manière de rester en compétition quand j'en aurai fini avec la moto. Mais pour garder un goût de compétition, l'endurance à deux roues me plaît bien."
Gageons que Vale est bien parti pour faire des petits…
