Axel Zeebroek et Marten Van Riel ambitieux avant le triathlon: "Cette fois, je n'aurai pas besoin de chance pour performer"
Pour Axel Zeebroek, 13e à Pékin 2008, Marten Van Riel représente "une sérieuse chance de podium".
- Publié le 24-07-2021 à 18h52
- Mis à jour le 25-07-2021 à 16h00

C'est très chouette de pouvoir enfin discuter avec Axel. Je le considère comme une source d'inspiration pour moi car il était l'un des deux triathlètes belges, avec Peter Croes, qui performaient à l'époque où j'ai commencé sur le circuit."
Depuis Font-Romeu où il peaufinait sa préparation en vue des JO, Marten Van Riel, qui entre en lice ce lundi matin, à Tokyo, ne tarit pas d'éloges envers Axel Zeebroek, son prédécesseur. "Quand j'étais plus jeune, mon grand rêve était de disputer le Tour de France. Les Jeux olympiques, c'est une ambition qui est venue plus tard, notamment en voyant Axel en tête de l'épreuve à Pékin", explique l'Anversois, double médaillé à l'Euro 2018, en individuel et en relais.
Face à face pour la première fois en cette fin juin, par écran interposé en raison du planning chargé de chacun, les deux triathlètes se respectent, s'apprécient et se découvrent des points communs.
À commencer par le judo qu'ils ont pratiqué quelques années - "J'étais très bon car j'étais tellement maigre que je combattais des enfants plus jeunes", sourit Marten - mais aussi la natation qui leur a donné "de bonnes bases" avant de tenter le triathlon.
"On a peut-être même pris part à une course ensemble, lors du Zwintriatlon au début des années 2010", lâche Axel Zeebroek, qui commentera les épreuves des triathlètes belges à Tokyo pour la RTBF.
"Avec l'espoir que Marten réussisse d'aussi belles courses que celles que j'ai pu commenter à Glasgow, en 2018."
Marten et Axel, vous représentez deux générations successives de triathlètes. En l'espace de trois olympiades, votre discipline a-t-elle évolué ?
AZ : "Il y a quelques évolutions technologiques, mais pas énormément. En revanche, la façon dont les triathlètes actuels s'entraînent est bien différente. Désormais, ils se regroupent en équipe pour évoluer. C'est plus professionnel. Et puis, surtout, il n'y a plus de temps mort dans les courses actuelles. Les échappées qui me permettaient de signer des résultats à l'époque, il y en a de moins en moins. Désormais, on assiste plus souvent à des courses par élimination."
MVR : "Il n'y a plus de temps mort pendant les courses. C'est à fond dès le début. Pourquoi ? Parce que le niveau du nageur-rouleur a bien évolué. Le niveau général a bien augmenté."
AZ : "Avec le recul, je pense que la tactique de course était peut-être plus importante à mon époque. J'en suis la preuve vivante car je devais toujours m'échapper pour monter sur les podiums : je nageais devant, je roulais fort à vélo pour creuser l'écart et je tentais de garder la distance à pied. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait aux Jeux de Pékin où j'ai la chance de faire la course seul en tête et où j'obtiens finalement une honorable 13e place."
Seule votre tactique de course a été payante à Pékin, en 2008 ?
AZ : "Non, pas uniquement. En fait, j'ai été performant parce que j'étais aussi très détendu. À mon niveau, participer aux Jeux était déjà une consécration en soi. Je n'avais rien à prouver à personne et ça m'a facilité la vie. Mais ce n'était pas le cas de tous les participants. Pour l'anecdote, je me souviens que devant moi, sur la ligne de départ, le Canadien Simon Whitfield tremblait de partout, par exemple. Et pourtant, le gars avait été champion olympique en 2000. Comme quoi, il faut profiter du moment présent et courir de façon relâchée."
Vous aussi, Marten, vous terminez 6e à Rio après avoir participé à une échappée…
MVR : "Je figurais dans une échappée plus importante avec les frères Brownlee, notamment. L'avantage que j'avais, c'est que je ne devais pas assurer le tempo car je n'étais pas un favori à la victoire. Malheureusement, pendant la course à pied, ça s'est accéléré et il était clair que les frères étaient intouchables. La logique était respectée. Par contre, ce qui est dommage, c'est que j'ai l'impression que la troisième place était peut-être jouable. Sans doute que mon niveau actuel, qui est bien meilleur aussi en course à pied, m'aurait alors permis de monter sur le podium. Mais je n'ai pas de regrets. Je pense avoir réalisé la meilleure course possible."
Vous êtes plus fort aujourd'hui qu'à Rio : vous nourrissez donc de grosses ambitions pour la course olympique ?
MVR : "Oui, c'est clair. Je me suis amélioré sur de nombreux points. Et contrairement à Rio où j'ai dû compter sur le facteur chance pour me retrouver dans la bonne échappée, je ne devrais normalement pas en avoir besoin cette année. Si je m'appuie sur mes qualités et mon expérience, je dois pouvoir lutter avec les meilleurs."
Avec une médaille comme objectif…
MVR : "Je mentirais si je disais le contraire."
Figurer parmi les favoris de l'épreuve ne vous fait pas peur ?
MVR : Disons que c'est un statut qu'il me faudra gérer. L'avantage, c'est que je sais désormais qu'on ne me laissera sans doute pas filer à vélo parce que c'est une discipline dans laquelle je suis très fort. À côté, il y a aussi d'autres éléments plus favorables qui entrent en compte.
À quoi pensez-vous ?
MVR : "Je pense que certains favoris, parce qu'ils profiteront du travail de leurs domestiques, auront plus de responsabilités encore. Ce sera alors à moi d'en profiter pour bondir au bon moment."
Serait-ce une déception de ne pas prendre de médaille lors de ces Jeux ?
MVR : "Oui et non. Je serai déçu forcément, mais je sais aussi que j'aurai tout fait, avant et pendant la course, pour décrocher un résultat."
Axel et Marten, on dit souvent que l'ambiance de l'épreuve olympique est très différente des autres rendez-vous internationaux : êtes-vous d'accord ?
MVR : "Je partage cette impression. À Rio, j'ai ressenti pas mal de tension autour de moi. C'est logique car, dans une carrière, un triathlète n'a que deux ou trois occasions de monter sur podium olympique alors qu'il a deux fois plus de chances de décrocher une médaille en World Triathlon Series sur une seule saison. D'où le stress au départ."
AZ : "Et c'est d'autant plus paradoxal que le niveau moyen des concurrents qui participent à l'épreuve olympique n'est pas toujours aussi bon que celui que l'on peut voir dans des épreuves WTS. Sans compter qu'il y a aussi une limite dans le nombre d'athlètes retenus. Bref, il existe un tas de petites spécificités dans la course olympique qui en font une épreuve à part entière, plus… exotique !"
Entre la tension et l'enjeu de la course, est-ce que vous arrivez pourtant à profiter du moment présent ?
AZ : "Ça dépend un peu du caractère de chacun. Clairement, avant la course, nous sommes tous très concentrés sur notre propre performance. Mais ça ne nous empêche pas non plus de savourer l'ambiance sur place. Je me souviens, par exemple, avoir mangé au restaurant olympique à deux tables de toutes les stars de la NBA comme Kobe Bryant. Et ça, il n'y qu'aux JO qu'on peut vivre des moments pareils. Pour moi qui étais déjà très heureux d'être sélectionné, je vivais l'expérience à fond, comme si on avait lâché un enfant dans une plaine de jeux."
MVR : "Dans mes souvenirs, les fêtes d'après-compétition sont plutôt sympas aussi ! Malheureusement, ça devrait être moins festif cette année. Les Jeux de cet été seront mois agréables, je pense."
De fortes chaleurs sont annoncées pendant la quinzaine olympique : est-ce que c'est un facteur déterminant pour les triathlètes ?
MVR : "Personnellement, j'aime bien quand il fait chaud car ça rend toujours la course plus dure. Des températures élevées participent à une sorte de sélection naturelle qui doit me permettre de me retrouver devant avec les meilleurs. Donc, oui, c'est un facteur important auquel je me suis préparé aussi."
AZ : "Marten devra sans doute courir dans des conditions climatiques proches de celles que j'ai connues à Pékin. À l'époque, l'eau était très chaude par exemple, aux environs de 27°C. Ça avait même posé des problèmes pour les épreuves de natation en eau libre : il était presque impossible de nager 10 km à cette température."
MVR : "Dans ces conditions, le plus important est d'éviter de passer trop vite dans la zone rouge. La chaleur et l'humidité, ça ne pardonne pas. D'où l'importance de bien connaître ses limites et de savoir à quel moment exactement il faut utiliser ses cartouches. Au final, tout est question de dosage."
AZ : "C'est en tenant ce genre de discours qu'on sent que Marten est devenu un athlète très mature. Certains se contenteraient de dire qu'il faut juste faire attention à la chaleur mais lui a déjà réfléchi au problème et envisagé des solutions. Il ne laisse rien au hasard et ne considère pas, à juste titre, que les conditions climatiques ne constitueront qu'un détail."
Certains observateurs ont aussi formulé des craintes sur la qualité de l'eau à Tokyo…
MVR : "Ça ne m'inquiète pas trop. En tout cas, ça me tracasse moins que la température de l'eau qui pourrait monter jusqu'à 30°C. Mais c'est vrai que lors du test event il y a deux ans, tous les participants australiens avaient attrapé l'Ecoli après la course."
AZ : "La qualité de l'eau, c'est un sujet qu'on évoque de temps en temps dans notre discipline. À Pékin, l'eau posait aussi question à certains à cause de certaines algues. Mais moi, ça ne m'a pas perturbé dans ma course. La seule crainte que j'avais, c'est qu'un dragon sorte de l'eau. Une crainte absurde, je le reconnais. Par contre, pour l'anecdote, j'ai le souvenir d'une compétition en Afrique du Sud où on a nagé dans une rivière qui ressemblait plus à un torrent de boue qu'à un véritable plan d'eau."