Pourquoi l'Échappée Belle a la réputation d'être le trail le plus difficile de France ?
L'Échappée Belle, pourtant plus courte que d'autres ultras, se boucle dans des temps bien plus longs. Découverte.

- Publié le 23-08-2024 à 11h09

Les meilleurs traileurs au monde rêvent de terminer l'Ultra Trail du Mont-Blanc (170 km et 10 000 m de dénivelé positif) sous les 20 heures. L'Échappée Belle, qui traverse le Massif de Belledonne, fait 20 km de moins (152 km et 11 300 mètres de dénivelé positif) mais son record, détenu par le Français François D'Haene, est quasiment quatre heures au-dessus de cette barre, en 23 heures et 55 minutes.
C'est dire toute la difficulté offerte par le massif de Belledonne, au cœur de l'Isère, où se déroule actuellement la 12e édition de l'Échappée Belle.
6 km/h pour gagner
L'épreuve, qui se gagne donc sous les 6 km/h de moyenne, a la réputation d'être l'un des trails les plus difficiles de France, sans pour autant courir après cette étiquette. Des coureurs sur la ligne de départ, seule la moitié voit en moyenne l'arrivée.
"L'Échappée belle s'intègre à son territoire", nous indiquait Florent Hubert, son fondateur et directeur de course lors de notre visite sur place en 2021. "Ici, on descend parfois plus lentement que l'on ne monte. Mais c'est le terrain qui veut ça."
La Croix de Belledonne, le point culminant du parcours à 2 916 mètres, l'ascension du Morétan ou encore le col d'Arpingon résonnent comme autant de difficultés à franchir qui font peur aux plus aguerris. Mais la particularité de l'Échappée Belle, qui proposé 15 cols au-dessus des 2000 mètres, n'est cependant pas à chercher dans un sommet en particulier, mais plutôt dans la difficulté permanente qu'elle propose.
"Ici, il n'y a jamais de temps de repos, des moments où on peut se mettre en pilote automatique et courir sans réfléchir", indiquait le Français Édouard Laudier, qui connaît particulièrement bien les lieux.
Des cailloux, petits, grands, coupants
Dès que l'on prend de l'altitude et que l'on quitte les immenses forêts qui bordent un massif qui fait face de tout son long à celui de la Chartreuse, les coureurs basculent dans un univers parsemé de cailloux. Parfois petits, mais souvent grands. Parfois coupants également, mais omniprésents. Empilés par milliers, ces cailloux qui font à la fois la réputation et la difficulté du rendez-vous rendent la progression difficile. Et la course presque impossible.
"La patience est le maître-mot pour dompter l'Échappée belle. Il ne faut jamais s'enflammer", reprend Édouard Laudier. "Et même quand il n'y a plus de cailloux, les sentiers sont toujours escarpés. Ce n'est jamais facile. Les temps de course parlent d'eux-mêmes…"

Une atmosphère hors du temps
Il serait cependant inapproprié de réduire uniquement l'expérience d'un trail à travers le massif de Belledonne à ses cailloux. Ici, on bascule à chaque sommet d'un émerveillement à l'autre. Que l'on regarde devant ou derrière soi, on en prend plein les yeux sur ce parcours qui s'est aujourd'hui mué également en GR738, proposant la traversée de Belledonne dans le sens nord-sud sous le nom du sentier des Bergers et sur 130 km. Des panoramas plongeants à couper le souffle, loin de toute agitation. Mais aussi une multitude de lacs d'altitude et de cours d'eau bienvenus quand on affronte Belledonne au cœur de l'été.
Dans ce décor, les participants délaissent parfois la civilisation de longues heures durant, croisant tout au plus les quelques bénévoles solidement accrochés à leur poste et chargés de s'assurer du bon passage des coureurs dans une ambiance familiale qui fait aussi l'attrait du rendez-vous.
Le massif de Belledonne, malgré sa difficulté, attire tel un aimant.