Oronzo Pupillo (président de La Louvière Centre): "Ma plus grande fierté sera de remettre le club sur de bons rails"
En février, La Louvière Centre célèbre ses 100 ans. Le président Oronzo Pupillo est l'invité du premier volet de notre série anniversaire.
- Publié le 04-02-2022 à 21h44
- Mis à jour le 10-02-2022 à 14h18

Chaque semaine de ce mois de février, nous consacrerons un sujet autour des 100 ans de La Louvière Centre, un club fondé le 4 février 1922 sous l'impulsion de quatre amoureux du ballon rond. Le Covid et la situation que connait le club empêchent pour l'instant toutes festivités mais les Loups ne rangent pas leurs idées au placard pour autant, conscients que 2022 doit être plus qu'un anniversaire mais doit être surtout le tournant vers une ère nouvelle.
Pour lancer notre série, la parole est donnée à Oronzo Pupillo. À 72 ans, l'homme est l'actuel président des Loups, une fonction qu'il a repris il y a quelques semaines lorsqu'Ousmane Sow a été évincé, après avoir été celui des Pierrots dans les années 90 avant de refiler le bébé à Murat Tacal.
Discuter de l'Histoire du club avec lui, c'est évidemment ouvrir la boîte à souvenirs. Oronzo Pupillo, c'est en effet plus de 60 ans jamais très loin du club. Mais avec lui, ce n'est pas seulement évoquer le passé. Le septuagénaire veut surtout amorcer une nouvelle dynamique dans un club qui vit de turbulences en turbulences depuis des années. Et cette saison ne fait pas exception malheureusement.
Monsieur le président, si vous devez vous replonger dans le passé, jusqu'où remonte-on ?
"Très loin effectivement. Les premiers souvenirs, je les revois avec mon père (NdlR : Giovanni, décédé en 2005) qui me tenait la main en venant voir les matches. Je devais avoir cinq ans je crois. L'image de tout ce monde est incroyable, phénoménale. À l'époque, on habitait à 500 m et je voyais les gens descendre à pied. Dans l'imaginaire d'un gamin, c'était effrayant en fait. Je pensais que c'était la guerre. Évidemment, par la suite, j'ai compris ce que c'était."
Quel est votre meilleur souvenir ?
"Une des images qui m'a le plus marqué remonte à un demi-siècle quand Standard-Lille s'est joué dans l'ancien stade. À l'époque, on pouvait accueillir 8000 personnes et c'était plein comme un œuf. C'était vraiment impressionnant."
Vous n'avez pas tardé à rejoindre le club.
"Mon père n'était qu'un sympathisant mais j'ai effectivement joué pour le club. J'avais malheureusement les pieds à l'envers (rires). Je n'ai donc jamais fait carrière. Mais je me suis vite intéressé à la vie du club, je me suis alors impliqué davantage et je suis rentré dans le comité du temps de François Scarfo jusqu'à en devenir président une première fois après Willy Vanhoutte. Avec lui, en six mois, on a eu pour 7 millions de francs de dettes. On a dû régler ça devant les tribunaux. Ça a été loin. Ensuite, après moi, sont arrivés Murat Tacal et Huseyin Kazanci (NdlR : qui a revendu le club aux investisseurs français avec Sow et Fuchs). Ce dernier, c'était un brave. Il a perdu pas mal d'argent… Aujourd'hui encore, on paie les erreurs du passé."
Dettes, salaires impayés, tribunaux, va-et-vient de joueurs… depuis des années, le club traîne une image de mauvaise gestion.
"C'est clair ! On peut même dire que pour certaines périodes, ce n'était pas de la mauvaise gestion, c'était surtout du n'importe quoi."
Aujourd'hui, il faut redorer cette image. Comment faire ?
"Il faut être sérieux. Il faut dire la vérité aux gens. Je pars du principe que chaque décision prise doit l'être dans l'intérêt du club et pas dans l'intérêt personnel. J'ai toujours agi de la sorte. Là où mon prédécesseur, Sow, était payé, moi, je ne le suis pas. Je n'en ai pas besoin. C'est juste mon club."
On le sait, le club aujourd'hui doit faire avec pas mal de dettes, des grosses factures impayées et avec les casseroles des précédentes équipes dirigeantes. On sent aussi l'impatience de certains parents qui n'ont toujours pas reçu le pack de leur gamin malgré le paiement de la cotisation. Ne nourrissez pas de regrets d'avoir joué au pompier de service dans un tel contexte ?
"Non, je ne regrette rien. Évidemment, il y a des dettes. Je ne le nie pas. Mais avec Bernard Bouger, on abat un travail monstre pour remettre le club dans le bon sens et pour ne plus commettre autant d'erreurs. Tout ce qu'on fait prend du temps. Les investisseurs français ont déjà apuré une partie et chaque mois, on réalise de belles économies. À la fin de la saison, j'ai l'intention de montrer aux gens tout ce qu'on a fait. Je prône la transparence ! D'ailleurs, je veux que chaque personne qui s'implique dans le club soit responsable de ce qu'elle fait. Quand succession il y aura, il est important que les gens soient au courant de tout ! Ma plus grande fierté sera de remettre le club sur de bons rails. Concernant les parents mécontents, je ne peux pas aujourd'hui leur rendre l'argent ou leur donner les packs, je ne les ai tout simplement pas. Ils ont disparu. Par contre, un geste sera fait pour ceux qui ont été lésés pour la saison prochaine. C'est la moindre des choses. Pour revenir à la question, si j'ai un regret, c'est d'avoir remis le club à Murat Tacal à l'époque. Il n'a pensé qu'à lui. Par contre, mon pire souvenir avec ce club, c'est clairement les derniers mois qu'on vient de vivre."
Les investisseurs français restent dans l'ombre et restent muets. Pourquoi ?
"Ils ont autre chose à faire (rires)."
Souvent, on entend qu'il serait bon pour le club de retourner à Dienne. Vous partagez cet avis ?
"C'est clair qu'en allant au Tivoli, on a un peu perdu notre identité. Celle des Pierrots. Revenir à Dienne est une option en fonction des résultats sportifs. Mais il y a à boire et à manger. Si on revient à Haine-Saint-Pierre, où un bon rafraîchissement est indispensable, on pourrait aussi perdre nos Louviérois devenus nos supporters. Mais il est important pour nous de recréer notre identité, de retrouver cet amour pour ce club. Il est d'ailleurs quasiment acquis qu'on ne jouera plus en vert. On est Louviérois, on jouera avec les couleurs de la VIlle, soit le bleu ciel et le blanc."
C'est une manière de vous distinguer de la RAAL ?
"Ça n'a rien à voir avec nos voisins. La RAAL, je les considère comme notre grand frère. On n'est pas des ennemis. Les deux clubs ont toujours réussi à coexister dans les Cités des Loups, eux au Tivoli en D1 et nous à Dienne dans les divisions inférieures. Pourquoi est-ce que ça ne pourrait pas continuer ? J'espère que la RAAL remontera vite en D1 et que monsieur Curaba m'invitera à voir les matches (rires)."
Vous le voyez où votre club idéalement ?
"À Dienne, c'est un rêve. Quant aux ambitions sportives, il faut en avoir un minimum au vu de l'Histoire du club. La D2ACFF et la D3ACFF seraient une bonne chose et si on peut prendre une montée en N1, pourquoi pas ? On ne la refusera pas."
Quand on voit l'affluence lors de vos matches, c'est peu…
"C'est clair que c'est difficile. On ne peut s'en sortir qu'avec minimum 300-400 personnes. Mais les résultats sportifs influent aussi beaucoup et ils n'ont pas été très positifs ces dernières semaines. Mais quand je vois ce qu'ils ont réussi à Dessel la semaine dernière, je suis optimiste. J'étais même très heureux. Avec cette équipe, nos gamins du coin, les transferts hivernaux et le travail du staff, on peut y arriver. On va y arriver"
Vous êtes optimiste pour le maintien. Pourtant, la perte de 7 points plane au dessus de l'équipe avec l'affaire Mukala.
"Si on ne perd pas ces points, oui, je suis persuadé qu'on peut se sauver. Si on les perd, évidemment, ce sera plus compliqué. Qu'on parle d'erreur dans ce cas, oui. Mais pas de triche comme certains le prétendent. En tout cas, on va se battre."
On a évoqué les dettes et le sportif mais il y a aussi la licence. Malgré la situation, vous allez l'introduire ?
"Bien évidemment ! Et je suis certain qu'on l'aura ! Bien sûr, je ne parle pas de la licence pour la D1B, pour laquelle on ne fera aucune demande."
C'est le mois du centenaire. Quel sera le programme des festivités ?
"Il est impossible pour l'instant de pouvoir annoncer quelque chose. La raison principale est le Covid et ses restrictions sanitaires. En plus, nous sommes en plein championnat. Des idées fusent toutefois : un match avec des anciens pourrait attirer du monde. Ou encore des grosses équipes en match de gala ou un affrontement italo-turc sur la pelouse vu la population de la région. Moi, personnellement, je planche plutôt pour l'URLC en fête. Une grosse journée à Dienne avec les gamins et des épreuves style Intervilles. Ça pourrait être fait après la période des tournois. On verra."