100 ans de La Louvière Centre: "Le club doit retrouver son domicile et son appellation", affirme Guy Fromont, personnage emblématique du club
Du haut de ses 76 ans, l'ancien joueur et coach de l'URS Centre, Guy Fromont, jette un regard éploré sur le matricule 213 et son avenir incertain.
- Publié le 10-02-2022 à 18h18
- Mis à jour le 10-02-2022 à 18h20

En ce mois de février 2022, La Louvière Centre célèbre ses 100 ans. Pour le deuxième volet de notre série anniversaire, nous avons donné la parole à un ancien de matricule 213. Et pas n'importe qui ! À Guy Fromont.
Rendez-vous avait été pris au Stade Raymond Dienne. Du nom de l'emblématique président-mécène qui, plus de deux décennies durant, veilla à la pérennité d'un club à l'incontestable popularité et allant de pair avec la prospérité industrielle régnant dans la cité d'Haine-Saint-Pierre.
C'était le (bon) temps où, après un échauffement digne de ce nom dans les nombreux estaminets jalonnant la rue de la Station, les supporters enjoués rejoignaient la rue de La Hestre pour y vibrer en rouge et bleu.
Rapidement capitaine
Des couleurs déjà familières pour Guy Fromont qui avait fait toutes ses classes au SC Leval avant de répondre aux sirènes de Marchienne et de Boussu-Bois, tous deux alors en Promotion. Autant de mandats longs de quatre ans au Pays Noir et dans le Borinage qui avaient eu le don de fortifier le caractère déjà bien trempé de notre interlocuteur lorsqu'il rejoignit les Pierrots en 1975, l'année de la reconnaissance : l'US Centre devient l'URS Centre. À cette époque, Raymond Corbaye cumulait les fonctions de joueur et d'entraîneur alors que l'équipe dirigeante, outre son chairman Raymond Dienne, faisait rimer disponibilité et fidélité. Jacques Strickwant, Lucien Degelas sans oublier Franz Gantois dans la foulée, autant d'indéfectibles serviteurs dont les plus anciens se souviennent.
Aussi performant à la pointe de l'attaque qu'au cœur de la défense soit dit en passant, l'ami Guy se fondit rapidement dans son nouvel univers, au point d'hériter du brassard de capitaine. Entretemps, il s'était inscrit à l'Ecole des Entraîneurs et suite à la culbute en P1 (1978) et suite au licenciement du coach, Herman Delépine, il accepta de reprendre le flambeau. Deux ans plus tard, boostés par le fighting spirit de leur nouveau mentor, l'URS Centre retrouvait l'échelon national, bouclant l'exercice 80-81 en 3e place et clôturant le championnat suivant au pied du podium (4e) : "Nous faisions peur aux meilleurs et à domicile, nous avions souvent le dernier mot."
Mais les Pierrots allaient bientôt devoir quitter leur nid douillet, suite à une expropriation décidée par la nouvelle administration communale et consécutive à la construction d'un nouveau pont surplombant la ligne de chemin de fer. De quoi occasionner un premier déménagement du côté du Tivoli…

Entre Tivoli et Dienne
Et Guy Fromont de devoir composer avec un contexte compliqué qui allait déteindre sur les résultats (11e en 82-83, avec 28 points et seulement trois longueurs d'avance sur le premier relégué, Rotselaar) : "Pour les entraînements, nous avions dû trouver refuge dans les installations du CS Fayt et prendre nos marques sur un terrain dont les dimensions se situaient aux antipodes de celles du Tivoli. Au final, j'ai vécu une saison mi-figue mi-raisin, par laquelle je suis passé par tous les états d'âme, avec des hauts et des bas. J'ai toujours aussi en mémoire ces deux derbies homériques contre le voisin binchois, ça ne s'oublie pas…"
Le retour à Dienne dissipera les nuages gris. Avec des supporters ravis de reprendre leurs bonnes habitudes et, comme par enchantement, les Centraux réintégreront la colonne de gauche lors des quatre saisons suivantes, avant de replonger en P1.
Entretemps, Guy Fromont avait pris congé de ses employeurs unionistes, pour aller prêcher la bonne parole sous d'autres cieux (Boussu-Elouges, Olympic, RAAL, Farciennes, Walcourt, Ath, Stade Brainois). Un CV impressionnant et une philosophie inaltérable. Une main de fer dans un gant de velours en somme : "J'étais à la fois familier et exigeant. Tacticien, je l'étais aussi. J'aimais visionner mes futurs adversaires pour ne jamais partir dans l'inconnu. La théorie de fin de semaine ne tirait pas en longueur mais mes joueurs savaient à quoi s'attendre."
Aujourd'hui, Guy prend toujours autant de plaisir à monter dans sa voiture pour voir des matchs sous toutes les latitudes hennuyères, comme à l'Olympic où il écrasa furtivement une larme quand Xavier Robert fit son éloge dans le vestiaire des Dogues.
"Quelle déchéance"
Sentimental, il l'est plus que jamais quand il analyse la situation désespérée du matricule 213. Intarissable sur ce sujet douloureux : "C'est triste à mourir, quelle déchéance (sic) ! Je lève mon chapeau à Oronzo Pupillo et à ceux qui l'entourent, je songe à David Bourlard et à Bernard Bouger, pour sauver ce qui peut encore l'être et ainsi redonner de l'énergie à ce club qui doit repartir d'une page blanche et ne plus investir à fonds perdus. Il faut être réaliste et objectif, le maintien en N1 s'annonce pour le moins problématique. Il n'y aura pas mort d'homme ni de déshonneur en cas de relégation mais bien une réelle occasion de reculer pour mieux rebondir. Ce sera aussi l'occasion aussi pour les anciens et les nouveaux sympathisants de (re) goûter à un environnement correspondant mieux à leurs aspirations. Je le dis comme je le pense, l'URSC doit remplacer l'URLC, ce qui implique le retour aux couleurs d'origine. En déménageant à La Louvière, le club a perdu son âme, son identité et ses racines et, je me répète, il n'y aura pas aucune honte à revoir les ambitions budgétaires à la baisse."
Pour l'ancien coach, il ne faut pas tergiverser. "Il importe d'en finir avec tous ces bandits. Je veux parler de ces managers véreux qui n'en ont rien à cirer de la mentalité du Centre, au point d'avoir vidé la trésorerie. Ce sera autrement exaltant et valorisant de vivre avec les gens de notre région. Des jeunes capables de grandir et de s'affirmer comme de mon temps, ce n'est pas ça qui manque. Je me rappelle que l'on venait de Morlanwelz, de Carnières, de Leval aussi, pour supporter les Pierrots. Je songe à Oronzo et ça m'attriste. Il est en train d'user sa santé. Un projet moins ambitieux et plus conforme avec la réalité s'impose. En guise de reconnaissance, j'offrirais un contrat de cinq ans à David Bourlard. Il le mérite amplement car lui aussi a dû naviguer contre vents et marées. Je suis Levallois mais je reconnais que Binche a fait ce qu'il fallait pour fédérer et reconstruire intelligemment. Que les dirigeants unionistes daignent m'écouter et puis ils feront ce que bon leur semble !"