Son soutien aux enfants malades, sa deuxième vie, ses passions, Justine Henin a trouvé son équilibre : "Apporter ma pierre à l'édifice"
Suite aux 5 685 points joués pendant l'European Open, un chèque de 11 370 euros a été versé à la fondation de l'ancienne reine du circuit WTA.

- Publié le 26-10-2026 à 06h58

Si on a souvent vanté les mérites de Justine Henin raquette à la main, notre compatriote utilise depuis des années sa notoriété pour apporter un peu de bonheur aux enfants. Sur l'European Open, son nom était lié à l'action Points for Change soutenue par le sponsor principal du tournoi : BNP Paribas Fortis. Chaque point marqué durant l'épreuve de simple étant transformé en euro (11 370 euros suite à la décision de l'organisme banquier de doubler le montant) et reversé à la Fondation Justine Henin. Cette dernière soutenant des projets qui encouragent la pratique d'une activité physique adaptée aux enfants malades ou porteurs de handicap. Avant la finale de l'ATP 250, l'ancienne reine de la WTA a abordé, avec passion, son engagement.
Que représente pour vous cette action "Points for Change" ?
Elle est magnifique, comme toute action de soutien à la jeunesse. Avec la fondation, on travaille à travers différentes structures. On a financé un terrain de sport à l'hôpital MontLégia de Liège. On fait bouger les enfants, en fonction de leur pathologie, que ce soit avec des kinés ou des coachs. On contribue au financement du programme. Comme on l'a fait dans une école de jeunes filles de la région de Charleroi en offrant des outils pédagogiques. Là, on travaille sur un nouveau projet qui va voir le jour dans deux ans, on va soutenir le centre de revalidation pédiatrique Clairs Vallons à Ottignies-Louvain-la-Neuve.
Le sport a-t-il toujours eu quelque chose de magique dans ce domaine ?
Au moment de lancer la fondation, on a créé un comité de réflexion avec beaucoup d'acteurs du monde médical, des parents, des entrepreneurs, pour réfléchir à la mission qu'on voulait se donner. Pour tout le monde, le sport devait se retrouver au centre du projet. On ne parle pas de sport de haut niveau, on parle d'être en mouvement, des aspects thérapeutiques, du bienfait social ou de la confiance en soi.
La maladie de maman a joué un rôle."
Avec des retours concrets ?
J'ai un exemple proche de moi. Mon neveu, un garçon très actif, a été hospitalisé au MontLégia. Il était en chaise roulante et son moral était en berne. Un kiné est venu le chercher et ils sont allés sur le terrain de sport. Il a réussi à le remettre un petit peu en mouvement. Mon neveu est remonté en chambre avec la banane.
Ce rôle social avec les enfants vous a toujours tenu à cœur ?
J'ai toujours adoré les enfants. C'est notre monde de demain. J'ai toujours été touchée par les épreuves qui peuvent les marquer. La maladie de ma maman a certainement joué un rôle car c'est tout le cocon familial qui est frappé. Il y a aussi l'idée de rendre quelque chose. J'ai connu des épreuves mais je reste quelqu'un qui a eu beaucoup de chance d'avoir grandi dans la famille dans laquelle j'ai grandi, d'avoir à travers mon parcours reçu énormément de soutien pour pouvoir atteindre mes objectifs. J'ai reçu beaucoup d'amour du public, j'ai eu l'occasion de vivre tellement de choses grâce à ma carrière, j'ai été incroyablement entourée et soutenue, donc je suis une privilégiée. J'ai toujours eu envie de rendre un petit quelque chose de ça. J'essaye d'apporter ma petite pierre à l'édifice.
J'ai toujours eu envie de rendre un petit quelque chose."
Quand on vous croise, on parle toujours de tennis, mais quelles sont vos autres passions ?
Je reste impliquée dans le monde du tennis avec mon académie et mon rôle de consultante. Mais cela reste une passion. Quand je vais à l'académie ou à la télévision, je ne vais pas travailler. Bien sûr, il y a d'autres choses dans ma vie, ça passe d'abord par les proches et les moments de partage. Avec mes enfants, nous sommes, par exemple, partis pour voir les Jeux olympiques. Et pas pour regarder le tennis. Si j'ai l'occasion d'aller à des concerts avec eux, je n'hésite pas. J'aime les éveiller à plein de choses et apprécier les émotions que cela génère. Je suis très active et c'est vrai que parfois je dois pouvoir m'octroyer du temps.

L'avez-vous fait dernièrement ?
J'ai pris une semaine pour effectuer une randonnée à vélo, pour vivre une aventure sportive. C'était en Corse, je suis une grande amoureuse de la nature. Prendre le temps simplement de se reconnecter à l'essentiel, c'est top. Car on vit dans un monde fou, on court dans tous les sens. Je lis énormément aussi, sur plein de sujets. Mais le plus important, c'est d'accorder du temps à mes proches, c'est fondamental.
Pour en revenir au tennis, quel regard avez-vous sur la carrière du nouveau retraité David Goffin ?
Un regard admiratif et reconnaissant. Il faut prendre conscience de ce qu'il a réalisé. Le tennis belge a existé avant Kim et Justine et il a existé après nous. Aujourd'hui, on peut se réjouir avec le trio Bergs-Collignon-Blockx mais aussi Elise Mertens qui continue de performer au plus haut niveau. On peut vivre en Belgique et posséder des grandes ambitions personnelles. Notre tennis s'est toujours nourri d'inspirations. Moi, toute jeune, j'ai eu la chance de taper la balle avec Dominique Monami. J'ai joué en double avec elle. Pour David, on voulait toujours plus. Moi ce que j'aime dans son parcours, c'est que cela ne sautait pas aux yeux que le jeune David réussirait une telle carrière. On peut dire la même chose pour Raphaël Collignon, à un moindre niveau. Il ne faut pas juger trop vite les jeunes, il faut laisser le temps au temps. David a fait son chemin en restant lui-même.
Je suis admirative du parcours de David."
Comment est-ce qu'on aborde sa fin de carrière ?
La réalité est différente pour chacun. Mon arrêt définitif découlait d'une blessure, Nadal a été au bout du bout, Federer a été stoppé par son physique, Vénus Williams a, peut-être, du mal à arrêter. Le ressenti est différent si la retraite sportive a été planifiée, mûrement réfléchie, ou si elle survient à cause d'une blessure. Il faut aussi tenir compte de l'âge. Quand j'avais arrêté la première fois, j'étais très jeune, j'avais plein de choses à régler dans ma vie personnelle. Cet arrêt, je l'ai mal vécu. Quand il y a eu ma blessure, j'avais envie de revenir, mais d'un autre côté, j'y ai vu un signe.
On change aussi totalement de rythme de vie ?
C'est un changement extrême du jour au lendemain. Apprendre à me poser, cela a été quelque chose de très compliqué, surtout avec mon tempérament. Il faut aussi voir si l'athlète possède les moyens financiers pour se poser et réfléchir à son avenir. Certains doivent avoir une reconversion immédiate. La disparition de l'adrénaline peut aussi être déstabilisante. Cela ne m'a pas trop manqué parce que les émotions sont venues d'ailleurs : pouvoir vivre une vie de famille plus stable, voir grandir mes enfants, être là dans les étapes importantes de leur vie. C'est une deuxième vie. Et celle-ci est tout aussi belle.