Gifles et fessées largement banalisées : pourquoi la Belgique ne suit pas les recommandations européennes
La Belgique ne s'est toujours pas dotée d'une interdiction légale des violences éducatives, malgré les recommandations répétées d'organes européens.

- Publié le 19-04-2026 à 10h50

"Une fois, j'ai levé la main sur mon fils de trois ans. On était en retard pour prendre le train, il s'est mis à hurler, à se rouler par terre. J'étais stressé, dépassé… et je lui ai mis une petite baffe. Je l'ai regrettée tout de suite."
Le témoignage de Paul, prénom d'emprunt, n'est pas isolé. Selon un rapport de la Fondation française pour l'enfance, les violences éducatives ordinaires infligées par les parents à leurs enfants restent largement banalisées. Au cours des douze derniers mois, 83 % des parents interrogés déclarent avoir eu recours au moins une fois à des violences verbales ou psychologiques. Plus d'un tiers reconnaît avoir infligé au moins une violence physique.
Selon cette étude, 32 % des parents estiment encore que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à se comporter, tandis que 25 % jugent la fessée efficace.
En Belgique, il n'existe pas d'étude récente aussi complète pour objectiver le phénomène. Mais selon le délégué général aux droits de l'enfant, Soleyman Laqdim, les situations de négligence et de maltraitance restent préoccupantes, et les phénomènes observés sont similaires à ceux identifiés en France.
Les violences éducatives ordinaires recouvrent notamment les gifles, la fessée, le fait de secouer un enfant ou de lui hurler dessus. Elles s'inscrivent souvent dans des contextes de fatigue, de stress ou de précarité.
En Belgique, des institutions comme l'Office de la Naissance et de l'Enfance ou le programme Yapaka travaillent à la prévention et à l'accompagnement des parents, mais les moyens restent limités.
Pas de loi "anti-fessée" en Belgique
Malgré cette prise de conscience, le droit belge ne prévoit toujours pas d'interdiction explicite des violences éducatives faute de consensus politique, contrairement à la France qui a mis en place la "loi anti-fessée" en 2019.
Certes, la justice pénale existe en cas de coups et blessures avérés contre un enfant "mais il convient de modifier l'article du Code civil relatif à l'autorité parentale pour rappeler symboliquement que le fait de lever la main sur son enfant doit purement et simplement être évité, ce qui fait actuellement défaut", ajoute Soleymane Laqdim, qui précise que la Belgique est l'un des seuls pays à ne pas se conformer aux recommandations européennes.
L'Etat belge condamné pour son inaction
Dans un jugement rendu en avril 2025 par le tribunal de première instance francophone de Bruxelles, l'Etat belge a été condamné à payer 10.000 euros de dommages et intérêts à l'ASBL Défense des Enfants International Belgique. Le tribunal a reconnu la faute de l'Etat belge qui a "ignoré pendant plus de 20 ans les injonctions du Comité européen des droits sociaux".
"Malgré les recommandations répétées d'organes européens et internationaux depuis 2004, le droit interne belge ne contient toujours pas d'interdiction claire et explicite des châtiments corporels infligés aux enfants", peut-on lire dans le jugement.
"Il n'y a pas d'impunité"
Contacté, Nick Gyselinck, porte-parole de la ministre de la Justice Annelies Verlinden, indique que "différentes pistes ont été élaborées afin de pouvoir enquêter comment la Charte sociale européenne peut être intégrée dans le Code civil."
"Les dispositions pénales, insuffisantes aux yeux de ces instances internationales, estiment qu'une disposition de nature civile devrait être prévue. Seulement, il est important de souligner qu'il n'y a pas d'impunité. Notre Code pénal permet aujourd'hui tout à fait de poursuivre et de sanctionner les coups et blessures, les mauvais traitements, etc. Des circonstances aggravantes sont également prévues", ajoute-t-il.
Un cadre légal plus clair pourrait toutefois contribuer à structurer davantage les moyens consacrés à l'accompagnement des parents et à la prévention des violences éducatives.
"On constate que de nombreux parents ne connaissent pas les étapes du développement de l'enfant et de son cerveau. Les neurosciences ont permis de mieux comprendre ces mécanismes, et ces connaissances sont aujourd'hui vulgarisées dans des lieux comme les espaces parents-enfants de l'Office de la Naissance et de l'Enfance. Mais il faudrait renforcer leur visibilité et leurs moyens", explique Anna Rodriguez, responsable de l'éducation permanente au sein de l'ASBL Défense des Enfants International Belgique.
Dans les situations de violences éducatives ordinaires, certains parents prennent conscience après coup d'avoir dépassé une limite et s'en excusent auprès de leur enfant. Mais ce n'est pas systématique. "Certains parents considèrent encore que la violence est un moyen d'éducation et qu'elle est bénéfique pour l'enfant. Il est donc essentiel de renforcer la sensibilisation du grand public aux effets de ces pratiques", conclut-elle.
De son côté, la Ligue des familles a mis en place un numéro vert pour les parents débordés afin de leur apporter une aide immédiate et éviter toute dérive. Une ligne qui n'est toutefois accessibles qu'aux parents qui sont membres de la Ligue.