Le gouvernement n'a même plus de stratégie de déconfinement: "On avait dit aux gens: faites des efforts pour les Fêtes, après cela ira mieux…"
La réouverture des coiffeurs sera sur la table du Comité de concertation. Pour le reste, aucune date, ni objectif chiffré, n'existe.

- Publié le 02-02-2021 à 06h33
- Mis à jour le 04-02-2021 à 19h51

Le Comité de concertation se penche ce vendredi sur la possible réouverture des métiers de contact. Il n'est en revanche pas question d'envisager la levée du couvre-feu, la reprise des voyages touristiques, l'élargissement de la bulle sociale, la réouverture de l'Horeca, dont la fermeture est prolongée jusqu'au 1er mars, au moins. Quand cela sera-t-il possible ? Les autorités ne donnent aucune échéance, ni objectif chiffré. Une absence de perspectives qui pèse sur le moral des Belges à en croire le baromètre de motivation de l'UGent.
David Clarinval (MR), ministre des Indépendants, s'est essayé à une prévision ce lundi au micro de Bel-RTL. " Si tout va bien, on peut espérer l'ouverture d'autres secteurs en mars ", a-t-il indiqué au sujet des restaurants et des bars. Une réelle perspective donnée par le gouvernement ? Il s'agit davantage d'un coup de pression du MR au sein de son propre gouvernement. "Un tel calendrier n'a jamais été évoqué dans aucune réunion entre membres du Comité de concertation ", nous indique une source gouvernementale. Plusieurs membres du Comité de concertation, dont le cabinet du ministre de la Santé, nous le confirment : aucun calendrier ou plan de déconfinement n'existe pour l'instant.
Le 24 avril dernier, au sortir de la première vague, l'ex-Première ministre Sophie Wilmès avait présenté la stratégie de "sortie de crise". L'initiative, lacunaire (les fameuses phases 1A, 1B...), a fait l'objet de critiques. Elle offrait cependant des perspectives à la population. Il n'est pas question d'un tel projet sous ce gouvernement, pour qui l'heure n'est pas à la relâche mais à la guerre contre le virus. "Il est prématuré de parler d'autres ouvertures. Malheureusement, les chiffres restent trop élevés. Pour l'instant, on essaye de gérer la situation au mieux, en se disant que la vaccination va s'accélérer. On teste un maximum pour isoler les cas contaminés ", pointe la porte-parole de Frank Vandenbroucke, qui se réfère aux déclarations du Premier ministre ce dimanche sur RTL-TVI (Ndlr : "Si les coiffeurs rouvrent, ce doit être pour de bon. Nous ne voulons pas d'effet yoyo.").
Les initiatives précédentes ont terminé en eau de boudin. Le fameux baromètre du déconfinement en quatre niveaux, présenté mi-octobre 2020, a été enterré depuis longtemps avec l'aval de Frank Vandenbroucke. Fin novembre, une stratégie de "maîtrise du virus " avait été présentée par le commissaire Corona Pedro Facon. Elle comprenait deux phases. Dans la phase descendante, on relâchait les mesures ; dans la seconde, on renforçait. L'objectif d'alors : limiter le nombre d'hospitalisations à 75 par jour et les contaminations à 800.
La règle des "800-75" n'est plus déterminante
Ces critères sont toujours repris dans les bulletins épidémiologiques de Sciensano. "Cette safe zone des 800-75 se basait sur les conseils d'experts du GEMS. Mais la décision reste politique, toujours ", nous indique la porte-parole du commissariat Corona. L'arrivée de variants et les contaminations dans les écoles ont complexifié la situation. Les assouplissements à venir ne sont plus subordonnés à ces seuils, nous confirme le cabinet Vandenbroucke. Les indicateurs "800-75" ont vécu : le gouvernement ne les juge plus déterminants.
" Les indicateurs et cibles fixées depuis novembre 2020 (le 75-800) ne sont plus appropriés, avec les variants et le début de la campagne vaccinale. Il ne sera possible d'atteindre de tels chiffres qu'après une couverture vaccinale très importante", abonde Yves Coppieters, épidémiologiste et prof à l'ULB, qui plaide par contre pour la mise en place d'une stratégie actualisée. " Il faut réajuster la situation, avec un plan intermédiaire entre la situation actuelle et le seuil théorique des 75-800. Des cibles intermédiaires pourraient être envisagées de manière très progressive. Ce débat doit être relancé. Ce lundi, nous en sommes à moins de 75 hospitalisations. Si cela se confirme sur sept jours ou deux fois sept jours, on pourrait imaginer relâcher de manière très différenciée, par exemple les coiffeurs. Mais sans boussole comment le Comité de concertation va-t-il justifier son choix vendredi ? Même une décision politique doit être argumentée. "
Du côté du commissariat Corona, on nous confirme qu'aucun nouveau système de déconfinement ou de sortie de crise n'est pour l'instant en préparation.
" Donner un calendrier aux gens pour se projeter leur donnerait de l'air ", note une source politique. " On a dit aux gens : faites des efforts pour les fêtes et après cela ira mieux. Mais ce n'est pas le cas ."
Les conditions pour rouvrir les coiffeurs : une décision politique
Les chiffres doivent être en baisse mais aucun seuil n'est formellement fixé.
Le Comité de concertation décidera ce vendredi 5 février de la réouverture possible des métiers de contact. Ce sera " au plus tôt le 13 février " et si la situation sanitaire le permet, avait annoncé le Premier ministre, Alexander De Croo, le 22 janvier.
Cette situation sanitaire n'est toutefois pas formellement définie à travers des chiffres précis. " Pour rouvrir les métiers de contact, on l'a dit, il faut que les chiffres soient meilleurs. Mais aucun chiffre ou cap précis n'a été fixé et la décision sera donc politique ", nous indique le cabinet de Frank Vandenbroucke (SP.A), ministre de la Santé.
L'évolution des chiffres cette semaine sera décisive. S'ils montent, la reprise sera exclue. S'ils baissent régulièrement, les coiffeurs, tatoueurs et esthéticiennes ont peut-être un espoir de reprise. Mais, comme toujours, la décision finale dépendra des rapports de force politiques.