Votre crédit immo est plus souple que vous le croyez !
C'est peu su, mais pratiquement toutes les banques permettent de suspendre l'intégralité (ou une partie) de vos mensualités
- Publié le 13-08-2018 à 05h35
- Mis à jour le 13-08-2018 à 10h28

C'est peu su, mais pratiquement toutes les banques permettent de suspendre l'intégralité (ou une partie) de vos mensualités Il y a, en Belgique, autant de crédits (aux particuliers) en cours que d'habitants. Avec 27,3 % de pénétration, le crédit hypothécaire, est, fort logiquement, l'un des plus courants d'entre eux. Les Belges et leur légendaire brique dans le ventre n'ont même jamais été aussi nombreux à en détenir un : selon les statistiques de la Banque nationale belge, 3.072.130 concitoyens sont les heureux propriétaires d'un prêt immo en cours. C'est la première fois, d'ailleurs, que le seuil des 3.000.000 contrats en cours est franchi.
Qu'est-ce ce qui définit un "bon crédit" ? La petitesse du taux obtenu ? Certes. Mais pas seulement. La souplesse de votre emprunt immobilier, qui vous colle aux basques de 10 à 30 ans, est également un critère déterminant à prendre en compte…
Personne n'étant à l'abri d'un accident de la vie, quelle est la capacité de votre crédit à s'adapter à une perte d'emploi, une invalidité à long terme, une opération soudaine, un divorce, etc. ?
À voir les statistiques des cinq banques que nous avons sondées, ce recours est très peu utilisé, mais vous avez bien la possibilité contractuelle de mettre votre crédit en pause, durant la durée de votre emprunt ! Soit par le biais d'une suspension temporaire du remboursement de capital de votre mensualité (cas le plus fréquent), soit par un gel total de ladite mensualité (intérêts + capital). Généralement, ce joker peut-être invoqué une ou deux fois durant la durée du crédit, souvent pour une période de six mois. La règle est simple : ce que vous n'avez pas payé durant la période invoquée rallongera tout simplement d'autant la durée de votre prêt. Un ballon d'oxygène qui pourrait permettre à davantage de ménages de se remettre à flot, et d'éviter la case crédit défaillant…
Quelle flexibilité propose votre prêteur ? À une quinzaine de jours de l'entame d'un mois particulièrement coûteux au sortir des vacances, c'est ce que nous avons voulu savoir en sondant cinq banques. Qui nous l'ont toutes confirmé : en cas de difficultés passagères, mieux vaut, toujours, prendre langue avec elles…
Si vous êtes client Belfius
1. Chez Belfius, le preneur de crédit dispose d'un droit de reporter le remboursement de sa mensualité… complète (intérêts + capital). Chaque client a la possibilité de faire usage de ce droit durant la totalité de la durée du crédit. Après le report, le client a le choix : "Soit il prolonge d'autant de mois la durée du crédit en maintenant la mensualité originelle, soit il conserve la date de fin de crédit initialement convenue mais avec une mensualité revue", nous indique l'ex-Dexia.
Outre ce droit de report contractuel, "le preneur de crédit a également la possibilité de solliciter un report de capital. Ce type de report implique une évaluation individuelle une modification du contrat".
2. La première option permet "une suspension jusqu'à trois mois, consécutifs ou non". Le report de capital s'inscrit, lui "en principe, pour une période de six mois". Ici encore, tout document qui prouve la légitimité de la demande doit être tenu à disposition.
3. "Les frais de dossier s'élèvent à 100 euros."
4. Le nombre de clients qui demandent un report, chez Belfius, est "particulièrement limité", précise la banque.
Si vous êtes client CBC/KBC
1. CBC/KBC "analyse toujours la meilleure solution à proposer au client qui en fait la demande car il éprouve des difficultés passagères dans le remboursement de son crédit logement, nous répond Stef Leunens, porte-parole. Cela se fait sur base d'une décision crédit qui tiendra compte notamment de l'analyse de la capacité de remboursement, des caractéristiques du crédit et des garanties." Une exonération temporaire des échéances en capital est par exemple envisageable pour quelques mois. "Notre offre de crédit logement est aussi contractuellement assortie d'une possibilité pour le client de prolonger ou raccourcir la durée de son crédit, ce qui est une souplesse vu les événements pouvant intervenir dans une vie (kot à payer pour un enfant, etc.)", pointe encore la banque.
2. "Le capital étant dû à la banque, il faut veiller à limiter au maximum les reports d'échéance."
3. "Les frais de dossier de 200 euros sont payables pour l'insertion d'une franchise en capital."
4. Confirmation de ce qu'il se dit ailleurs : ce nombre est "quasi nul", conclut Stef Leunens.
Si vous êtes clients Crelan
1. "Oui, en cas de coup dur, on peut proposer une pause mensualité quand la situation du client répond à certaines conditions", confirme Leo De Roeck, responsable communication de Crelan. "La pause mensualité consiste à reporter le remboursement de capital (pas des intérêts). La durée du crédit sera prolongée avec la durée du report."
2. "Sur la durée du crédit, on peut faire appel à cette solution pour 2 x 6 mois ou 1 x 12 mois. Il est toutefois nécessaire que le client ait un entretien avec l'un de nos agents."
3. Les frais s'élèvent à 200 euros par demande, le montant le plus élevé de notre tour d'horizon avec CBC/KBC.
4. "Il s'agit d'un nombre restreint de la totalité des contrats de crédits logement."
Si vous êtes client BNP Paribas Fortis
1 Oui, par le biais de deux grands principes. Primo, "au début du crédit immobilier, le client peut déjà choisir de réduire ses mensualités en ne payant que les intérêts durant 3 ans. Ce n'est qu'après 36 mois que le remboursement du capital débute", nous informe Hilde Junius, du service presse de la banque. Une solution qui fait office de ballon d'air en cas de loyer qui reste à payer dans le bien que l'on s'apprête à acquérir ou en cas d'enfant en bas âge qui doit être accueilli en crèche.
Secundo, par l'entremise du crédit souple. "Pour un crédit en cours depuis au moins 12 mois, le crédit souple de BNP Paribas Fortis permet de diminuer les mensualités en gelant temporairement les remboursements du capital, et en ne payant que les intérêts."
2 "Le client peut activer cette deuxième option pour une période de 6 mois maximum – moins s'il le souhaite. Et il a droit à ce recours deux fois durant la durée totale de son remboursement, avec un minimum de 12 mois entre les deux demandes." Les justificatifs qui rendent la demande légitime "doivent être fournis dans la mesure du possible (certificat de maladie…)".
3 Oui, un montant unique de 50 € de frais de dossiers. Le montant le moins élevé de notre tour d'horizon.
4 "Plus ou moins 2.500 personnes par an, mais sur le total de notre portefeuille, ce nombre est très limité !", ponctue la banque belge.
Si vous êtes client ING
La situation est, de manière surprenante, légèrement différente chez ING. Pas tellement en termes de philosophie : "il est toujours recommandé d'anticiper les difficultés éventuelles à venir pour le remboursement de crédit, nous indique Joëlle Neeb, d'ING . Au plus vite nous sommes au courant de la situation difficile, au mieux c'est. Nous essaierons toujours de trouver une solution durable. ING analysera la situation au cas par cas et proposera une mesure (il y en a plusieurs possibles) qui convient au client et à la banque."
En revanche, la suspension temporaire du remboursement de mensualité, ne serait-ce que partiellement, ne semble pas être un outil institutionnalisé et à la disposition des clients de la marque au lion. "En cas de retard, une certaine souplesse pourra être donnée en rédigeant un plan de remboursement." Mais, à l'inverse des autres organismes financiers, "il n'est par contre techniquement pas possible pour des crédits hypothécaires de changer, adapter ou suspendre les mensualités".
363.000 Belges ne parviennent pas à honorer leur(s) prêt(s)
Alors que, pour rappel, un tiers des Belges ne parvient à se constituer une épargne en cas de coup dur…
Le mécanisme est ainsi fait : en Belgique, dès lors que vous n'êtes pas en mesure d'honorer une mensualité de votre (ou de l'un de vos) crédit(s) (hypothécaires ou à tempérament), le prêteur se voit dans l'obligation de communiquer votre défaut de paiement à la banque nationale.
Qui dispose, du coup, d'une photographie assez claire des difficultés des ménages du pays. Si l'on observe les données collectées à la fin 2017, une brisette d'enthousiasme est de mise : "pour la première fois depuis 2008, le nombre de contrats défaillants en cours a diminué", note la BNB. Il y a toutefois lieu de rester mesuré dans les réjouissances : on parle tout de même de 541.114 défauts de paiement enregistrés par les particuliers fin 2017 (-2,6 % par rapport à 2016), dont 145.550 nouveaux défauts de payement (survenus, donc, dans le courant de l'année écoulée).
Quand on sait que, en 2017, de nouveaux crédits ont été enregistrés au nom de 1.441.722 de personnes (pour porter le total de crédits attribués à plus de 11,2 millions), on est sur un ratio d'un crédit défaillant sur 10, pour ce qui est des seuls prêts octroyés en 2017…
Au total, en Belgique, 363.573 personnes sont défaillantes vis-à-vis de leur crédit, qu'il s'agisse d'un crédit à la consommation (l'immense majorité avec 343.488 cas) ou immobilier (41.433 cas).
Le son de cloche est sensiblement différent selon la région où l'on se trouve. Bruxelles et la Wallonie comptent, ainsi, avec respectivement 5,6 % et 5,3 %, proportionnellement le plus d'emprunteurs défaillants, suivies à bonne distance par la Flandre (2,6 %). Si l'on se focalise sur les seuls crédits hypothécaires, les pourcentages de défaut de paiement sont bien inférieurs : en Flandre, un emprunteur sur 100 connaît des difficultés de remboursement de son crédit hypothécaire, alors que cette proportion est de 2,3 % en Wallonie et de 2,1 % à Bruxelles.
Rappelons, enfin, selon la dernière enquête de Wikifin, que 66 % des Belges qui n'épargnent pas le font par manque de moyens, et sont donc incapables de faire face, sur le plan financier, en cas de coup dur.