"C'était fou, elle me téléphonait jusqu'à 200 fois par nuit": de l'amour au harcèlement, Mohamed a été poursuivi pendant 7 ans par une enseignante
De l'amour au harcèlement, le calvaire d'un homme poursuivi pendant 7 ans par une enseignante.
- Publié le 23-10-2026 à 11h03

Pour Mohamed, tout a commencé à la piscine de Molenbeek, très précisément l'après-midi du 1er mai 2015. Elle a flashé sur lui, complètement, et ne l'a plus lâché, pendant des années. Une véritable traque amoureuse.
L'histoire s'est achevée au palais de justice où Sahar (prénom modifié), en pleurs tout au long du procès, était jugée pour "harcèlement affectant gravement la tranquillité de la personne visée (Mohamed)" ainsi que pour "menace avec arme".
Snapchat
En 2015, Mohamed vient d'avoir vingt ans. Elle en a vingt-trois, enseigne en primaire et subissait à la piscine un coup de foudre tel qu'elle était littéralement frappée par l'amour.
Raide dingue de lui, l'institutrice se procurait le numéro du portable du garçon qu'elle n'allait pas cesser d'appeler pendant – nous avons calculé – 2 805 jours, jusqu'au 4 janvier 2023, exactement 7 ans, 8 mois et 3 jours, parfois jusqu'à 200 fois par vingt-quatre heures. "J'avais beau la raisonner", fait Mohamed qui subissait un véritable calvaire.
Elle se figurait que nous vivions une relation ensemble et ne voulait rien entendre, et si j'étais distant, c'était encore pour elle une preuve d'amour.
Mohamed changeait de numéro ? La belle arrivait à obtenir le nouveau, et la traque recommençait. "C'était infernal. Elle m'appelait en inconnu ou en utilisant d'autres numéros, ceux de sa sœur, de sa mère ou des cousines."
Pour lui parler, elle créait des comptes Snapchat avec d'autres noms d'utilisateur. Un été, Mohamed, pour échapper à ce harcèlement obsessionnel, partit en vacances au Maroc.
Comment Sahar l'a-t-elle appris : un après-midi, elle débarquait sur la plage. "Elle m'avait suivi depuis la Belgique. OK, j'ai fait un geste. Nous nous sommes promenés. J'essayais de la convaincre qu'il n'y avait rien et qu'il n'y aurait jamais rien entre nous, en vain".
Il était impossible, dit-il, de le lui faire entrer dans le crâne.
Magie noire
Les choses s'enveniment au retour à Bruxelles. Un soir, Mohamed est au restaurant avec son frère. À son habitude, Sahar débarque à l'improviste, s'installe à leur table, reprend son cinéma et s'empare d'un couteau quand Mohamed lui demande d'aller s'asseoir ailleurs. Son frère est obligé de s'interposer.
C'est à partir de là que Mohamed réalise que les choses tournent au vinaigre. Comme il l'apprendra, Sahar recourt à la sorcellerie, à la magie noire et de supposées forces occultes.
Des menaces sont proférées. Elle avertit que des gens "viendront l'enlever en camionnette" et menace de le tuer "de ses propres mains", de "l'écraser avec sa voiture".
Mohamed prenait réellement la mesure du danger.
Pour son avocat, Me Emmanuel Carlier, "mon client en était au point où il se retournait en rue pour vérifier qu'il n'était pas suivi ".
Périmètre d'exclusion
17 janvier 2022, c'est le jour où il porte plainte à la police. Il est à bout de nerfs et demande des mesures de protection, notamment d'établir un périmètre "pour qu'elle ne puisse plus m'approcher".
Jusque-là, explique-t-il, "j'avais temporisé car je pensais que la situation finirait par s'apaiser, mais cela ne fait qu'empirer et je ne sais pas ce dont elle est capable".
Pour Mohamed, cet amour obsessionnel a rendu Sahar "instable et dangereuse".
Dans un PV d'audition, il décrit l'institutrice comme "encline à retourner la situation et à se faire passer pour la victime. Car elle est victime, victime, dans son esprit, parce que je ne veux pas me marier." Convoquée au commissariat, Sahar botte en touche et répond qu'elle "ne comprend pas ce qu'elle fait là". Les enquêteurs cependant insistent. Sa vie privée, répond-elle, "ne regarde que moi".
À la fin, Sahar concède du bout des lèvres qu'il serait peut-être temps pour elle d'aller "voir un psy". Mais, se reprend-elle, "je n'ai pas la force et l'énergie pour le faire".
Redevenant accusatrice, elle présente à nouveau les choses à sa manière et se dit "victime depuis 7 ans d'une relation de nature toxique ".
Dommage moral
En droit pénal, la "probation autonome" est une alternative à l'emprisonnement qui oblige la personne à respecter de façon stricte des conditions spécifiques, souvent du genre "suivi thérapeutique".
Le tribunal a pris une telle mesure de probation autonome, en imposant à Sahar un suivi psychologique et/ou psychiatrique pendant deux ans avec, en cas d'inexécution "même partielle", 16 mois d'emprisonnement ferme.
Mohamed a maintenant 31 ans. Au départ, il demandait que cette femme lui fiche tout simplement la paix. À la réflexion, il estimait, cependant, avoir subi pendant sept ans un dommage moral que son conseil, Me Carlier, chiffrait à 8 000 euros. Le tribunal correctionnel a estimé devoir le réduire à 5 000. L'institutrice était en larmes.
Ce n'est pourtant pas la première fois qu'elle venait au palais, ayant déjà été condamnée trois fois par le passé pour tentative de vol, vol surpris en flagrant délit et coups et blessures volontaires avec menaces.
