IPTV durant l'Euro : écran noir pour "1,3 million d'utilisateurs", pourquoi les choses se corsent aussi pour les Belges
Plus d'un million d'Italiens ont vu le flux (illégal) de leur IPTV coupé, selon les autorités locales. En Belgique aussi, l'étau se resserre un peu. Mais la mort de l'IPTV illicite est loin d'être d'actualité…
- Publié le 26-06-2024 à 12h22
- Mis à jour le 26-06-2024 à 12h27

C'est un coup de filet considérable, dans un pays considéré comme clé dans l'usage et la propagation de l'IPTV illégale en Europe. En plein Euro 2024, et alors même qu'un braquage à l'italienne était en cours face à la Croatie de Luka Modric (but de la Squadra Azzura à la 97e minute du match) jusqu'à "1,3 million" d'Italiens, utilisateurs d'une solution d'IPTV illégale, faisaient face à un écran noir. Conséquences d'une opération de grande envergure menée par la Guardia di Finanza (GdF), l'une des instances qui traque le phénomène en Italie.
14 perquisitions locales et internationales ont été menées dans le cadre de ce coup de filet, qui a ciblé 13 individus suspectés de pirater et diffuser, à grande échelle, les flux et contenus télévisés au mépris des droits d'auteurs des chaînes de télé (payantes) et diffuseurs de contenus.
Si le chiffre de 1,3 million de foyers illégaux coupés s'avérait, ce serait l'une des plus belles prises de la lutte contre la piraterie audiovisuelle. Bémol : ce chiffre est contredit, notamment par le site spécialisé TorrentFreak, qui le considère surestimé.
En attendant, l'UEFA, instance organisatrice de l'Euro, qui a beaucoup travaillé avec les GAFAM pour faciliter l'anonymisation ou l'extinction des liens de streaming illégaux durant le tournoi, a félicité les autorités italiennes, rappelant que "les revenus financiers générés par les droits médiatiques sont vitaux pour le bien-être du football à tous les niveaux.
Une nouvelle arme belge déployée depuis peu dans la lutte contre l'IPTV
Si les faits décrits ici concernent tout d'abord l'Italie, le problème est évidemment plus large. La Belgique, avec le chiffre (estimatif) de minimum un demi-million d'utilisateurs estimé d'une solution d'IPTV illégale, n'échappe pas à la règle.

Et chez nous aussi, la lutte, bien qu'elle cible davantage les organisateurs de réseaux et les vendeurs que les utilisateurs finaux, avance. Depuis le début de ce mois de juin, le SPF Économie a ainsi activé un tout nouveau levier : le blocage dynamique. Qui consiste à faire en sorte que, dès lors qu'un juge ait ordonné aux fournisseurs d'accès Internet de bloquer un site de streaming illégal (ou un flux d'IPTV illicite) suite à une demande des ayants droit, tous les "clones" de cette source illégale soient également et automatiquement traqués et fermés eux aussi. C'est une réponse à la problématique de la duplication quasi immédiate des sources : dès qu'une tête est coupée, il en pousse d'autres.
Ce n'est toutefois que répondre à une partie du problème, puisqu'il est toujours nécessaire de requérir la Justice pour intervenir…
Amende, peine de prison ? ce que risque vraiment un utilisateur d'IPTV illégale en Belgique
Le rappel semble évident mais il convient d'être martelé : souscrire à un abonnement d'IPTV, telle que décrite ici, est illicite. Et donc, si le consommateur se laisse tenter par l'offre alléchante, gargantuesque et bon marché de cette solution (quelques dizaines d'euros par an pour des milliers de chaînes et un catalogue VOD énorme), il s'expose à des sanctions.
Même en tant que simple utilisateur final, vous faites partie d'une chaîne de contrefaçon que vous contribuez à entretenir. Les ayants droit, premiers lésés par l'essor de cette techno pirate, pourraient donc, dans la théorie, vous attaquer et vous réclamer gros, rien qu'en dommage set intérêts.
La condamnation encourue est également, toujours sur papier, extrêmement lourde : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et des amendes pouvant courir entre 500 et… des centaines de milliers d'euros.
Pour autant, ce type de condamnation sur de petits particuliers n'a, à notre connaissance, jamais eu lieu à ce stade chez nous, les producteurs lésés et les autorités financières et policières se concentrant davantage sur les têtes de réseau à démanteler, plutôt que les utilisateurs.
Les cartels visent surtout les gros réseaux
Si l'amende (salée) voire de la peine d'emprisonnement n'est pas réellement la menace n°1 pour le petit consommateur, le principal risque est plutôt fonctionnel : le service (illégal) que vous avez payé peut, à tout moment, être coupé par les autorités. Elles s'y affairent avec de plus en plus d'intensité et de coordination. Ces derniers mois, de nombreux et vastes réseaux sont ainsi tombés.
L'Alliance for Creativity and Entertainment (ACE), dédiée à la protection des contenus créatifs, créée en 2017, n'est plus seule dans son combat : en Amérique du Sud, le Global Anti-Piracy Pact, une nouvelle alliance mondiale qui regroupe des entreprises du divertissement, des régulateurs et des représentants gouvernementaux, a récemment vu le jour. Même objectif : en finir avec l'IPTV. L'objectif est ambitieux : un réseau démantelé peut être remonté dans la foulée, et les hackeurs qui détournent les flux des broadcasters ayants droit pullulent…