Le "Spermaxxing": quand les hommes optimisent tout jusqu'à… leurs spermatozoïdes!
Fertilité et performance : le "spermaxxing" s'est imposé comme une nouvelle tendance sur les réseaux sociaux, portée par des jeunes hommes déterminés à optimiser la qualité de leur sperme, avec des méthodes qui ne font pas toujours l'unanimité chez les spécialistes.

- Publié le 17-04-2026 à 06h47
- Mis à jour le 17-04-2026 à 06h49

Sur TikTok, une communauté de jeunes hommes partage des conseils afin d'améliorer la qualité de leur sperme, pour booster leur fertilité. Ils affirment que quelques habitudes comme la musculation, les bains glacés, certains compléments alimentaires ou les aliments tels que l'ail ou les protéines, pourraient avoir un impact positif.
Cet intérêt, aussi appelé "spermaxxing", trouve son origine dans une plateforme du même nom qui a pour objectif d'élaborer un suivi quotidien et des analyses en laboratoire, pour les utilisateurs souhaitant optimiser leur santé reproductive, indique GQ.
Ce phénomène a vu le jour en plein contexte de baisse structurelle de la fécondité. En Europe, le vieillissement démographique est le plus avancé rapporte Sam Ward, urologue, andrologue et chef de service à la Clinique Saint-Jean, à Bruxelles. "Les naissances dans l'Union européenne atteignent des creux historiques", affirme-t-il.
Une baisse de natalité
Un constat confirmé par Statbel, qui évoque "une baisse de la natalité marquée et continue" dans notre pays. L'indice est tombé à 1,47 enfant par femme en Belgique en 2023, soit à peine au-dessus de la moyenne européenne.
La chute de natalité s'explique par diverses raisons, dont les difficultés à combiner vie familiale et professionnelle ou le contexte économique et géopolitique qui génèrent des insécurités.
"Si pendant des décennies, l'infertilité a été perçue comme un "problème de femme", de nombreux experts britanniques et européens dénoncent ce biais. Les femmes subissent souvent des examens invasifs alors qu'un simple spermogramme chez l'homme n'a pas encore été réalisé" explique Sam Ward.
Mais la tendance s'inverse donc. Les hommes se sentent désormais davantage concernés, et les adeptes du "spermaxxing" seraient donc angoissés à l'idée d'être infertile.
La fertilité reste une dynamique de couple
Cependant est-il réellement possible d'améliorer la qualité du sperme ? L'urologue explique que les changements d'hygiène de vie adoptés aujourd'hui peuvent avoir un impact visible sur le sperme environ trois mois plus tard. "Il est donc scientifiquement exact de dire que la qualité séminale n'est pas figée et peut être optimisée par l'environnement et le comportement", affirme l'expert.
La qualité du sperme dont la concentration, la mobilité et la morphologie peuvent en effet jouer un rôle sur la fertilité. "La qualité est corrélée aux chances de conception naturelle et une mauvaise qualité séminale augmente les risques de fausses couches", ajoute-t-il.
Selon lui, il est toutefois crucial de rappeler que la fertilité est une dynamique de couple. "On estime que le facteur masculin est impliqué (seul ou associé à un facteur féminin) dans 50 % des cas d'infertilité. On ne peut donc pas traiter la question de la qualité du sperme sans tenir compte de la santé reproductive de la partenaire", précise le spécialiste.
Si les hommes n'ont longtemps pas été pris en compte dans les questions d'infertilité, Sam Ward affirme que l'approche doit être holistique, puisque l'on ne soigne pas un sperme ou un ovocyte mais que l'on accompagne un projet de couple.
Des dérives persistent
Le "spermaxxing" a été notamment popularisé par des groupes masculinistes. Ces hommes souhaitent alors changer leur quotidien pour améliorer leurs spermatozoïdes. "Ils trempent leurs testicules dans de l'eau glacée, mangent des gousses d'ail crues, prennent des compléments alimentaires comme la résine shilajit et les plantes ashwagandha et le maca noir", relaye GQ. Les séances de musculation et les aliments protéinés font également partie de leurs recommandations partagées sur les réseaux sociaux. "Les conseils en matière de fertilité ont envahi la "brosphère" sur TikTok", ce qui désigne la culture "mec entre mecs" de TikTok, ni totalement organisée, ni totalement politique, mais qui véhicule une certaine vision de la masculinité, souvent axée vers l'humour et le conservatisme, affirme le magazine américain.
Mais certains conseils sont plutôt à éviter. Pour l'urologue, Sam Ward, la plupart des patients préfèrent désormais opter pour des traitements naturels. "Il y a une poussée de ce type d'approches dans toutes les disciplines. Ce n'est pas mauvais en soi puisque cela peut permettre une attention particulière pour une bonne hygiène de vie, mais il existe toujours un risque d'excès", souligne-t-il.
"Par exemple, l'excès de musculation, s'il s'accompagne de produits dopants ou de compléments non contrôlés a un effet négatif sur les paramètres spermatiques", prévient Sam Ward.
En ce qui concerne la température des bains froids, le spécialiste précise que les testicules doivent être maintenus à une température de deux ou trois degrés inférieurs à celle du corps pour une spermatogenèse optimale. "Si éviter la chaleur comme les saunas ou les ordinateurs sur les genoux, est recommandé, l'idée que des bains de glace "boosteraient" la production au-delà de la normale n'est pas prouvée scientifiquement", prévient le médecin.
Les aliments hyperprotéinés ou l'ail, quant à eux, ne peuvent pas remplacer un régime équilibré, même si l'ail contient de l'allicine et du sélénium, des antioxydants bénéfiques. "Les compléments alimentaires, à base d'antioxydants tels que le Zinc, Sélénium, Vitamine C et E, peuvent aider en cas de stress oxydatif avéré, mais leur efficacité globale sur les taux de naissance vivante reste débattue en l'absence de carence", appuie l'urologue.
Le principal risque d'adopter la tendance 'spermaxxing" se situe, selon le médecin, au niveau du recours aux stéroïdes anabolisants, "parfois présents dans l'orbite de ces mouvements masculinistes". "Ces produits bloquent l'axe hypothalamo-hypophysaire (le centre de contrôle principal du système endocrinien, reliant le système nerveux à celui des hormones) et peuvent entraîner une azoospermie (absence totale de spermatozoïdes) souvent réversible mais parfois définitive", explique Sam Ward.
"L'auto-traitement par le "spermaxxing" peut retarder un diagnostic médical essentiel. Un homme peut essayer d'optimiser son sperme par l'alimentation alors qu'il souffre d'une varicocèle (veine dilatée dans le scrotum) ou d'une infection, qui nécessitent une intervention médicale plutôt qu'un changement de régime", conclut-il.