Les sorties cinéma de la semaine : de la belgitude et un thriller cousu de fil noir
Les gentils et Visions souffrent hélas tous les deux de longueurs inutiles.

- Publié le 05-09-2023 à 17h19

Les gentils : des personnages attachants, très belges, mais une demi-heure de trop

Depuis la délocalisation de son principal client, Michel Garcia (Renaud Rutten) tente désespérément de maintenir sa petite société à flot. Quitte à ne plus se verser le moindre salaire depuis deux ans, à licencier fictivement sa femme (Isabelle De Hertogh) et à trafiquer les bilans comptables. Mal lui en prend : non seulement l'entreprise doit fermer, mais il risque de 5 à 10 ans de prison pour faillite frauduleuse. Sa retraite s'annonce donc rayée, à l'ombre des barreaux. À moins qu'avec ses deux amis (Tom Audenaert et Achille Ridolfi), son dernier plan ne réussisse : braquer la banque qui lui a refusé un prêt.
Derrière la caméra, on sent qu'Olivier Ringer prend du plaisir à filmer trois types ordinaires, pas des plus roublards, en train de se rebeller contre un système plus profitable à l'argent qu'à l'emploi. Le banquier ressemble étrangement à un homme politique, la Justice prend des accents du nord du pays, les dialogues sonnent justes, le scénario est bien écrit, la construction se révèle finaude (on commence presque par la fin) et les comédiens fleurent tous bon la belgitude. Et pourtant, il faut du temps avant de rentrer vraiment dans l'intrigue. Par la faute d'un montage trop lent, répétitif, et de trop nombreuses scènes inutiles. Les gentils s'étale sur 1 h 56, bien trop pour une comédie dramatique reposant sur aussi peu de rebondissements. Un découpage plus nerveux et une demi-heure de moins lui auraient fait le plus grand bien. Dommage, car ces protagonistes-là, avec leur comportement benoît, leur fatalisme, et leur humour bien belge, se révèlent assez touchants.
Visions : un regard glaçant et un scénario décevant

Après Un homme idéal et Boîte noire, on attendait avec curiosité la nouvelle réalisation de Yann Gozlan, Visions. Le Français de 46 ans s'y entend en effet pour instaurer des ambiances glauques et créer un suspense un peu malaisant.
Dès les premières images, il sème le trouble. Estelle (Diane Kruger) sort de l'eau telle une Bond Girl, note au loin deux personnes qui l'observent immobiles puis part à la découverte d'une belle maison en bord de plage envahie par la végétation et clairement à l'abandon. Un cauchemar, achevé sur un œil gigantesque, qui serait banal si, à l'aéroport, elle ne croisait Ana (Marta Nieto), son grand amour de jeunesse. Voici bien des années, la photographe qui immortalise les orgasmes l'avait plaquée sans un mot et voilà qu'elle l'invite à venir la voir… dans la villa du bord de plage. Malgré l'aide de Guillaume (Mathieu Kassovitz), éperdument amoureux d'elle, Estelle retombe dans les mailles d'Ana. Et ses visions se multiplient.
Manifestement inspiré par Alfred Hitchcock et ses blondes mystérieuses, Yann Gozlan instaure un climat inquiétant, axé sur les attitudes étranges et les coïncidences troublantes bien plus que sur les dialogues. Petit à petit, avec des scènes qui semblent tirées du papier glacé, le thriller glisse du sensuel vers l'horrifique tandis que la "control freak" perd progressivement pied dans son métier de pilote d'avion et dans sa vie privée.
Mais alors qu'Hitchcock distillait son venin à petite dose, afin de faire monter toujours plus la tension, Yann Gozlan donne l'impression de ne s'arrêter qu'au cadrage, au regard, sans trop se soucier du script. L'intrigue se perd dans des digressions peu intéressantes et se dilue au fil de rebondissements cousus de fil noir. Au bout de 2 h 03 de projection, on en vient malheureusement à se dire : "Tout ça pour ça…" Une déception.