Diane Kruger se confie à La DH: "Moins on a de talent, plus on est emmerdant"
Rencontre à Bruxelles avec la star de Visions, dont la vie a complètement changé avec la naissance de sa fille.

- Publié le 06-09-2023 à 18h12

Avec la grève qui paralyse Hollywood depuis le début de l'été, croiser une star, à Bruxelles qui plus est, tient encore plus de l'événement improbable que la dégustation d'une tarte en pleine séance de dédicace d'un livre. Et pourtant, on n'a pas la berlue. Pantalon bleu et t-shirt blanc, très blonde hitchcockienne, Diane Kruger a bel et bien pris la peine de venir dans notre capitale pour défendre son nouveau film, Visions. Et avec le sourire : l'ex-Hélène de Troie ou espionne d'Inglorious Basterds s'amuse du décor (l'orange n'est pas sa couleur favorite) aborde désormais la promo de manière plus bien plus détendue.
"Ma vie a changé : je suis mère de famille, ma vie privée est devenue plus importante que le cinéma, donc je regarde le succès autrement aujourd'hui, explique-t-elle. Avoir un enfant a aussi modifié mes choix. Quelque part, j'aime encore plus ce que je fais. Comme je tourne moins, j'apprécie plus mes choix. Mais ma fille passe au-delà de tout. Tout est organisé en fonction d'elle, qui m'accompagne sur les tournages. Mais pour elle, les plateaux, ce n'est pas drôle. J'aimerais bien tourner des films qui lui sont destinés. J'attends les propositions… Pour l'instant -elle a quatre ans-, elle ne m'a jamais vue à l'écran. Je n'ai encore jamais refusé un film en pensant à elle, mais je réfléchis à deux fois avant d'accepter. Comme pour In the Fade, par exemple, qui réclamait un grand investissement émotionnel. Il faut toujours se demander si c'est le bon moment pour s'investir dans un projet."
C'était le cas pour Visions ?
"Mon personnage passe par des émotions assez extrêmes mais réalistes, et c'est ça que je recherche. Comme elle, tout le monde cherche une vie paisible, non ? On a tous envie de rencontrer le grand amour, d'avoir des enfants, un travail qui nous plaît, mais on est souvent dérouté par des choses peu rationnelles, comme la passion. Et peut-être aussi par l'attirance du contraire de ce qu'on a. Estelle a un doute quand elle revoit son premier amour, avec qui l'histoire ne s'est jamais vraiment terminée. Elle se demande si elle ne devrait pas être avec Ana plutôt que Guillaume."
Dans Visions, le regard des autres peut tourner au cauchemar. Est-ce que c'est parfois le cas pour vous ?
"Oui, mais c'est le métier que j'ai choisi. Cela me concerne moins qu'au début de ma carrière."
Est-ce que vous aimez tout contrôler comme Estelle ?
"Pas du tout. Yann Gozlan est plutôt comme ça : il est très discipliné, dans le contrôle. Il a énormément insisté pour que mon crawl soit parfait quand je nage. Dans la vie, je suis assez relax. Mais comme je suis maman, je ne peux pas me permettre de l'être trop. Plus je vieillis, moins j'ai envie de contrôler. Je n'ai plus du tout envie de me faire chier dans la vie (rire). C'est vrai ! J'essaie de prendre les choses comme elles arrivent."

Dans le film, il est dit que "l'égoïsme des artistes les rend dangereux, surtout quand ils manquent de talent"…
"Ça c'est clair ! Je suis d'accord avec cette phrase (rire). Moins on a de talent, plus on est emmerdant. Les frustrés, qui ressentent le manque de quelque chose, deviennent pas très sympas et multiplient les caprices qui pourrissent la vie sur le plateau."
Mathieu Kassovitz estime qu'il vaut mieux s'inventer des histoires horribles plutôt qu'avouer qu'on s'est trompé…
"Je suis aussi d'accord. Surtout en amour. Cela fait mal de se dire qu'on aurait dû faire ceci ou ne pas dire cela, donc on s'invente des choses pour s'apaiser. On y gagnerait à se dire la vérité, mais je ne pense pas qu'on puisse se l'avouer tout le temps. Il faut du recul pour ça."
Vous êtes de tous les plans, avec peu de dialogues. Quel était le plus grand défi pour vous ?
"J'avais peur de surjouer. Surtout dans les scènes dans l'avion. Quand je sursautais, j'avais l'impression d'en faire trop. Je proposais souvent différentes choses, pour que le réalisateur puisse choisir au montage. En tant que comédienne, j'aime être libre. Je n'arrive pas avec une idée fixe : cela enferme sur le plateau, puisqu'il faut s'adapter aux partenaires et aux conditions de tournage."
Qu'est-ce qu'un scénario doit posséder pour vous séduire ?
"Cela va très vite : au bout de dix pages, je sais si je vais faire le film ou pas. Après, il m'arrive de ne pas prendre les bons… (rire). L'histoire doit m'emballer, mais de plus en plus, je fais attention au metteur en scène. Il m'est arrivé de tourner des films avec de très bons scénarios mais dont la réalisation n'était pas à la hauteur. Le résultat n'était pas satisfaisant. Tourner The Shrouds avec Cronenberg, c'était mon rêve. Et l'expérience était merveilleuse. C'est un peu son histoire, et je joue trois personnages, ce qui constitue un exploit. Ce que je recherche, ce sont des metteurs en scène qui créent un univers unique, qui leur appartient : des visionnaires, en fait, qui vous emmènent dans quelque chose de surréaliste. Et il n'y en a pas beaucoup. J'ai donc eu pas mal de chance, peut-être parce que je ne suis ni française ni américaine."