"Pour choquer un Belge, il faut y aller !", "matter du porno avec Vizo(rek)", "parler des mecs que je veux ken": Rosa Bursztein débarque au plat pays
Repérée par John Malkovich ("Les liaisons dangereuses"), l'humoriste trash de France Inter, ex-Quotidien et derrière le podcast "Les mecs que je veux ken" débarque en Belgique avec son nouveau spectacle "Dédoublée". Au centre culturel d'Auderghem (Bruxelles) et au Trocadéro de Liège ces 29 et 30 octobre. "Le pont entre le plaisir et le rire est très infime !"
- Publié le 26-10-2026 à 13h27

"Il n'y avait pas de loge, pas de toilette, je jouais en pyjama, pieds nus et le spectacle allait commencer, se souvient d'emblée Rosa Bursztein au sujet d'un de ses précédents passages marquants à Liège. Je ne voulais pas traverser l'espace public pour aller aux toilettes parce que je ne voulais pas parler, que les gens me voient et j'étais costumée. Donc, je reste là-haut et je fais pipi dans une bouteille en plastique et… évidemment, ça se renverse. Tout sur mon bas de pyjama et je commence le spectacle trempé. Et je leur dis… c'est de la pisse (sourire) !"
La réaction du public belge qu'elle retrouvera ces 29 et 30 octobre à Bruxelles et de nouveau Liège ? "Ils ont ri de bon cœur mais cela a tout de suite installé un climat d'autodérision totale à la belge, sourit l'humoriste de 37 ans. Vous avez moins ce côté prétentieux, premier degré. Vous aimez bien ce qui est très noir aussi. Il y a une vraie ouverture. Pour choquer un Belge, il faut y aller ! En France, on me dit : mais comment osez-vous aller sur ce terrain-là ? Ici, c'est : ben, c'est de l'humour quoi !"
Comme ce buzz décomplexé réalisé avec notre compatriote Alex Vizorek, lorsque vous avez regardé un film pour adultes ensemble… Un sujet osé !
"Je suis très fière de ce format 'L'1 dans l'autre', d'avoir proposé à des personnalités de regarder un film porno. Cela reste assez cher à produire parce qu'on fait ça dans un beau studio. Vu le sujet, la direction artistique doit être très léchée, très soignée. Donc, il faut que ce soit très joliment produit avec de belles lumières, des beaux montages. Donc, à chaque fois, j'investis énormément. Donc, je fais des tournages de temps en temps. Il faut trouver des gens qui acceptent de le faire parce que les gens ont de plus en plus peur de la vidéo, du moindre propos, du rattrapage. De quels mots vont être détournés pour se faire cancel. Il y a une espèce de menace qui plane comme ça. Je suis d'autant plus reconnaissante à Alex, parce qu'il était l'un des premiers invités à dire oui, à se plier au jeu et à faire preuve d'autant de bonne foi. Il avait été extraordinaire, très généreux."
Comme quoi il y a moyen de jouir par le rire ?
"Mais oui, c'est clair ! Le pont entre le plaisir et le rire, il est quand même un peu infime. C'est une réaction du corps. Et c'est vraiment ce qu'on cherche, en fait, de laisser le corps parler par un rire. Et même ensuite, parfois, ça crée une émotion. Un peu comme le sexe aussi (sourire) !"
"Bruel? J'en blaguais déjà avant mais les gens n'avaient pas la référence. Maintenant, je suis contente, ils l'ont (sourire)!"
Vous êtes d'ailleurs réputée pour ne pas avoir votre langue en poche que ce soit sur MeToo et d'autres sujets féministes, abordez-vous aussi l'affaire Bruel sur scène ?
"J'en blaguais déjà avant et les gens n'avaient pas la référence mais maintenant je suis contente, ils l'ont (sourire) ! Les gens se demandaient de quoi je parlais mais maintenant ils ont bien la ref."
Vous êtes aussi écrivaine ("La peur au ventre") et comédienne en télé et au cinéma mais l'humour n'est-il pas le meilleur moyen de parler de ces sujets ?
"C'est vrai que c'est une plateforme qui permet de faire passer des messages. Et que l'humour, je suis persuadée que c'est l'une des meilleures, si ce n'est le moyen le plus fort, de convaincre. Parce que l'émotion, elle est brute. Et après les livres, ce qui est beau est que c'est un objet, un souvenir, quelque chose que tu laisses chez les gens. On est tellement d'humoristes qu'avec un livre, c'est aussi ton identité qui se dessine. C'est un lien encore un peu plus profond que tu noues avec le public. Les films, c'est encore un autre milieu, il faut réussir à trouver le public. Mais il n'y a pas d'égal à la liberté que tu as sur scène."
Pas de censure ?
"Non. Mais ce qui est compliqué, c'est que ce que je fais sur scène, je ne peux pas. Je n'ai jamais pu le faire en chronique radio ou télé parce que ça ne passe pas. Et même quand tu essaies de faire des vidéos pour les réseaux sociaux, ce qui est délicat, c'est que l'algorithme va faire quelque chose d'assez lissé en général. Il y a même des sujets un peu censurés. Le défi est comment tu arrives à ce que les gens te perçoivent ? Comment créer son identité, son image. Il y a plein d'enjeux qui sont les nouveaux défis des humoristes. J'aurais bien aimé qu'on soit encore à l'époque du bouche-à-oreille et où il n'y a pas tout ça. Que ce soit juste la qualité d'un spectacle et ses critiques qui font ton identité."
Votre podcast "Les mecs que je veux ken" aurait-il biaisé un peu votre image ?
"On pense que je vais parler que cul alors que non. C'est aussi un peu pour cela que je l'ai rebaptisé récemment les saisons de Rosa. Et chaque saison, je change. C'est de renouveler son image et que le public te suive. Je crois que les gens qui m'ont découvert via les mecs que je veux ken, ont aussi beaucoup grandi avec moi. Entre-temps, les célibataires se sont mis en couple. Certains ont acheté des apparts ou pas, se sont séparés ou on fait des enfants. Donc en fait, je vieillis avec mon public. Et maintenant, le défi, c'est comment élargir à un autre public et rendre tout ça encore plus accessible et populaire."
Mais vous avez appris énormément sur les hommes grâce à ça ?
"Ouais, carrément. C'est clair, mon Dieu. J'étais quand même une sacrée et grande amoureuse… mais qu'est-ce que j'ai souffert en amour. Mais bon, c'est la vingtaine, on en sort. On fait tous ça. Puis à un moment, on évolue aussi dans les sujets."
L'intime et les névroses sont toutefois devenus votre fonds de commerce, non ?
"En effet, vous avez vraiment mis le doigt dessus. Mon influence, c'est l'humour new-yorkais qui est très sur l'angoisse, profondément. Il faut faire en sorte que ce soit drôle et que tout le monde se reconnaisse là-dedans. Et que ça reste joyeux. Disons que les angoisses, je peux les sublimer, en faire quelque chose de monstrueux sur scène. Et ensuite, sur les réseaux, il faut rendre ça un peu plus bon enfant."
En parlant de plein fouet de vos fausses couches…
"Oui, car il faut en parler. Ce sont des choses qui nous touchent dans cette deuxième partie, entre 35 et 40 ans. On a des carrières, on a des enfants et d'un coup, nos vies sont jonchées de ces moments qui ont des gros impacts sur la santé, la santé du couple, la santé mentale, etc. Ce sont de sujets profondément tragiques sur lesquels il faut réussir à faire rire."
Prochaine étape, la politique pour faire avancer ces thématiques ?
"Non, non, surtout pas ! Jamais, jamais. Moi, je suis engagée, mais pas militante. Et pas partisane. Je trouve ça plus catastrophique qu'autre chose, et assez inquiétant. L'humour me sert plutôt d'échappatoire."
Et tout a commencé grâce à un certain John Malkovich qui vous a repérée en 2012 pour jouer le rôle de Cécile de Volanges dans sa pièce "Les Liaisons dangereuses".
"Oui, c'est fou… Dédoublée est un spectacle qui aura connu les larmes, le sang, l'attente, l'indécision, d'être sur le fil et faire rire dans ces moments-là. Ma première fausse couche, le lendemain, j'étais sur scène. Et si je n'avais pas eu John Malkovich et sa technique, je ne serais pas là. Tout l'héritage de savoir qu'est-ce que c'est que prendre son temps, respirer au bon endroit, etc., je n'aurais pas tenu. Et c'est grâce à tout ce bagage qu'il était possible d'être là. Au final, je pense que même ça m'a fait du bien. Parce que pendant une heure et demie, j'ai oublié. Et ensuite, juste avant et après la scène, j'allais aux toilettes."
Une thérapie ?
"Cela fait partie du chemin, en tout cas. La connexion avec le public aussi. Entamer des discussions, de permettre d'offrir des solutions, qu'on en parle, que ce ne soit plus vécu dans le silence. Je pense que c'est vraiment essentiel pour les couples, pour les femmes et les hommes aussi. Ce sont les nouveaux sujets, les dépressions postpartum chez les hommes et le trauma des fausses couches pour eux aussi."
Et aujourd'hui, face au succès et ce monde des réseaux sociaux, vous avez aussi dû faire face à des vagues de cyberharcèlement entre attaques antisémites et sexistes.
"C'est un défi et une pression continuelle. C'est très compliqué de gérer tout ça. La moindre vidéo, ce sont des hordes de masculinistes qui viennent et qui signalent les comptes. J'ai aussi, oui, fait l'objet de commentaires antisémites. Il ne faut pas être naïf par rapport à tout ça et, en même temps, il faut continuer à espérer ce rendez-vous dans la vie. La scène et la rencontre avec le public dans la salle, c'est le lieu de l'ouverture des cœurs et de la tolérance. Mais c'est fou comme les réseaux sociaux sont vraiment l'espace d'une guerre informationnelle. Et dans quelques années, il y aura des livres d'histoire sur l'ingérence de la Russie pour déstabiliser les démocraties européennes."
Sans oublier l'intelligence artificielle…
"Oui, certainement que l'IA va le faire. Est-ce qu'on va réussir à se servir de l'IA pour lutter contre ça ou est ce que c'est l'IA qui va nous détruire ? Je pense qu'on est dans une période de grande déstabilisation. Et c'est vraiment assez sombre à naviguer. Mais il faut espérer la rencontre dans la vie qui est l'issue pour moi. C'est la solution."
