Sorties BD : Largo Winch, Gaston Lagaffe, Kid Paddle, Geronimo… Nos avis sur toutes les nouveautés !
Cette semaine on vous parle notamment d'une sortie qui a fait du bruit, d'une escapade qui a duré huit mois en Asie septentrionale, la fin d'une aventure dans l'espace pour Largo Winch et d'un grand guerrier Apache !
- Publié le 28-11-2023 à 10h50

La DH vous invite deux fois par mois à vous plonger dans l'univers de la bande dessinée en vous proposant toute une série d'aventures pour adultes, jeunes et ados. L'offre en 2023 est abondante et de qualité dans le pays de la BD : voici nos coups de cœur cette semaine !
Golden West : Fresque géante autour des Apaches de Geronimo
Le pitch : Banni de son peuple pour conjurer une malédiction, le novice apache Woan doit apprendre à survivre. Après avoir affronté, seul, à la frontière nord-ouest du Mexique, les épreuves des éléments naturels et des passions humaines, le jeune homme croise la route d'un guerrier dont les faits d'armes et la spiritualité ont marqué l'Histoire des États-Unis et la légende dorée de l'Ouest : Geronimo !
Notre avis : Il n'aura échappé à personne que depuis quelques années le genre "western" s'est retaillé une solide place dans les thématiques des bandes dessinées et sur les comptoirs des librairies spécialisées. Si on aime le genre, c'est évidemment une excellente perspective. Nous avions déjà été bluffés plus tôt cette année par le splendide "La femme à l'étoile", les éditions Casterman remettent le couvert avec cet excellent Golden West. Le récit crépusculaire signé par Christian Rossi qui se veut aussi rêche que la région géographique qui sépare les États-Unis du Mexique est diablement efficace. L'auteur, qui n'est pas un bleu en la matière puisqu'on lui doit déjà la série W.E.S.T chez Dargaud, s'attarde sur une période précise de l'histoire des Apaches emmenée par leur puissant guerrier Geronimo. Attention, il ne s'agit pas d'un récit sur le chef de guerre. Il y fait une série d'apparitions. Les pages sont composées de couleurs sable et ocre tout comme de la broue de noix également. De temps à autre, un coin de ciel bleu vient illuminer l'ensemble. Cette assez longue BD (175 pages) faite de déplacements perpétuels, de combats à mort, de trahisons, d'âmes indiennes, d'opposition entre ancien et nouveau monde est l'un des musts de cette fin d'année.

L'axe du loup : l'aventure, la vraie...
Le pitch : Vue d'Occident, la Sibérie évoque de vastes étendues gelées où les Soviétiques exilaient leurs prisonniers. Mais peut-on s'échapper d'une prison à ciel ouvert ? Voilà le point de départ de ce récit haletant : un improbable voyage qu'entreprend Sylvain Tesson sur les traces des évadés du goulag, depuis Irkoutsk jusqu'au Golfe du Bengle, 5 000 kilomètres plus au sud. Dans des conditions extrêmes, aux prises avec le froid, la faim et la soif, l'écrivain voyageur multiplie les rencontres en suivant la route du récit À marche forcée, de Slavomir Rawicz. Ce dernier a-t-il pu s'évader au début des années 1940 ? Ou bien a-t-il emprunté son histoire à un autre ? Entre mythe et réalité, récit de voyage et épreuve de force, Sylvain Tesson nous invite une nouvelle fois sur les chemins de la liberté.
Notre avis : Après Berezina et Dans les forêts de Sibérie, Virgile Dureuil s'attaque donc à l'adaptation en BD d'un troisième livre signé par l'auteur prolifique Sylvain Tesson et dont le cadre du récit est toujours la Russie. Pour ceux qui n'auraient encore jamais tenu en main un livre de l'écrivain-voyageur, voilà une excellente manière d'entrer en contact avec l'univers de Tesson. Le baroudeur soigne ici sa soif de liberté et de grands espaces en calquant son itinéraire nord-sud depuis la haute Asie sur celui des évadés de goulags de Sibérie qui espéraient rejoindre la mer du Bengale. Mythe, voyage impossible, fantasme éclairé d'aventurier en manque de solitude ? Durant huit mois de sa vie, Tesson en aura fait le test physique par lui-même. Pour le meilleur, souvent, et le pire, parfois. Passionnant !

Gaston Lagaffe – Le retour de Lagaffe (tome 22) : Comment dire…
Le Pitch : Gaston, c'est un des personnages les plus sympathiques de toute la bande dessinée franco-belge né il y a 66 ans sous le crayon d'André Franquin. Afin de respecter au mieux l'esprit et l'œuvre de Franquin, Delaf a réalisé un travail d'analyse extrêmement méticuleux.
Notre avis : C'est à un étrange sentiment que nous invitent Delaf et les éditions Dupuis au fur et à mesure que l'on dévore cases et pages du "nouveau" Gaston Lagaffe. L'utilisation des guillemets semble importante car Gaston n'a absolument pas changé. S'il est effectivement de retour, comme le dit le titre de ce nouvel album, il est en tout point pareil à ce personnage imaginé par Franquin à la fin des années 1950 et que ce dernier a fait évoluer sur plusieurs décennies. Les dessins de gags qui se déroulent au bureau ou en extérieur sont troublants de similitude avec le maître de la BD belge.
La galerie de personnages semble également sortie du formol. Les mimiques, les gestuelles, les mouvements des Prunelle, Lebrac et autre De Mesmaeker sont troublants d'exactitude de respect envers le travail du dessinateur décédé en 1997. On se dit d'ailleurs que Delaf doit vénérer Franquin. C'est donc avec une nostalgie jouissive et délectation que l'on s'est plongé dans ce Gaston. Et on a souvent ri de bon cœur. Il y a quelques bonnes trouvailles ainsi que l'un ou l'autre clin d'œil à notre époque.
L'esprit de la BD semble respecté en tout point. Cependant, on voit deux bémols à cette sortie fort médiatisée et attendue. Il est quand même permis de se demander si ces nouvelles planches ne sont pas, comme nous le soufflait récemment le dessinateur Baudouin Deville, de nature à banaliser le travail majestueux de Franquin. Tant l'univers de Delaf se calque en effet sur celui de son illustre prédécesseur qu'il en découle un léger… malaise. Ensuite, si ce retour fera sans doute "chaud au cœur" à ceux qui ont grandi avec les gaffes de Gaston, qui n'a pas un jour été gentiment traité de Lagaffe après avoir renversé quelque chose, une nouvelle collection des histoires d'un garçon de bureau dans les années 1970est-elle réellement attendue par le public ?
Mais ne soyons pas dupes, ceci dépendra en grande partie des ventes de cette fin d'année… Franquin avait pourtant refusé que Gaston lui survive.

Largo Winch – Le Centile d'or : À la conquête de l'espace
Le pitch : Alors que Largo et le fantasque entrepreneur Jarod Manskind réalisent un vol orbital, les activistes altermondialistes de WeBlue prennent le contrôle de la navette et la précipitent sur Terre ! Largo, qui recentrait justement les activités de son groupe vers des activités plus éthiques, n'aura pas le temps d'aller au bout de son formidable projet, incluant la fermeture d'une mine indonésienne employant des enfants… Une mine autour de laquelle se concentrent de grands intérêts financiers et politiques que découvre progressivement Simon Ovronnaz.
Notre avis : Après avoir quitté Largo dans une situation périlleuse dans La Frontière de la nuit, on partage avec lui ses multiples péripéties. Cette bande dessinée d'aventure, riche en rebondissements sur ses 48 pages, se dévore d'une seule traite. Les illustrations de Philippe Francq demeurent d'un réalisme saisissant, quasiment cinématographiques. Les expressions faciales minutieusement détaillées, la puissance d'un torrent, la quiétude d'une forêt en pleine nuit, la violence d'une fusillade… Chacune de ces cases stimule nos sens, où le détail est poussé jusqu'au moindre petit logo sur une combinaison. Bien que la conclusion des deux tomes puisse sembler un peu abrupte, sans grande surprise quant à l'identité de la personne responsable de tout cela, on passe malgré tout un agréable moment. Petit conseil : pensez à relire le tome précédent avant de vous lancer dans Le Centile d'or, car on oublie parfois quelques détails ou personnages de l'histoire.


Le retour du capitaine Nemo (Les cités obscures) : les fans adoreront
Le pitch : Un être hybride émerge des eaux. À la fois créature animale et engin sous-marin, le Nauti-poulpe abrite à son bord un homme amnésique. Où l'emmène ce petit vaisseau qui arpente des lieux plus ou moins familiers ? "Capitaine, j'étais capitaine… Je suis le capitaine Nemo." Un récit qui nous fait suivre le héros des romans de Jules Verne Vingt Mille Lieues sous les mers et L'Île mystérieuse, à qui Schuiten et Peeters imaginent un nouveau destin.
Notre avis : Le retour des Cités obscures après quatorze années de silence ravira certainement les fans. La proposition est audacieuse : le noir et blanc sont privilégiés pour 99 % des pages qui ressemblent à des gravures. Un clin d'œil probablement aux images qui accompagnaient les livres de Jules Verne parus il y a plus de cent ans. C'est donc un format particulier que propose le duo pour ce douzième tome. Il faut le savoir et se laisser emmener. Cela fonctionne ou non… Mais cela ne laisse jamais indifférent.


Kid Paddle – Love, Death and RoBlorks : Un gamin toujours aussi drôle
Le pitch : Kid Paddle devrait s'appeler "King Paddle", tant il est un super pro des jeux vidéo (surtout ceux où l'on dégomme des Blorks). Mais Kid porte ce nom car il est aussi un gamin comme les autres, si ce n'est qu'il possède un faible pour tout ce qui est gore, gluant et répugnant… Ce qui lui donne mille et une idées de blagues qu'il va vous présenter dans son tout nouvel album ! Sa sœur Carole, première de classe désespérément raisonnable, risque encore d'avoir quelques petits soucis, tout comme son père fonctionnaire aussi cravaté que flegmatique !
Notre avis : Les tomes passent, et Kid Paddle reste fidèle à lui-même. Midam parvient à se renouveler tout en préservant l'essence humoristique qui a fait le succès de la série. L'univers décalé de Kid Paddle conserve sa fraîcheur et son pouvoir comique, au plus grand plaisir des fans. Midam captive un public de tous âges, proposant parfois une double lecture suivant si le lecteur a 7 ans ou 30 ans. On suit Kid Paddle à l'école, avec sa famille, quand il joue aux jeux vidéo, dans ses rêveries les plus farfelues… Les planches sont rythmées, variées et drôle. Une bonne BD qui plaira aussi bien aux jeunes qu'aux adultes.
