Sorties BD : un Jeremiah à qui on ne l'a fait pas, un super héros de la guerre 14-18 ou encore une magnifique histoire 'gay' dans l'US Army !
Cette semaine, le programme est lourd et la tâche importante ! Nous vous présentons sept BD aux styles et histoires variés comme toujours ! Notons tout de même que trois concernent la guerre et l'armée… Un air du temps ?
- Publié le 12-10-2024 à 17h07
- Mis à jour le 14-10-2024 à 17h33

Nous continuons à vous parler, à critiquer et à vous présenter toutes les deux semaines des nouvelles BD qui atterrissent dans les rayons des librairies. Toute une série d'aventures pour adultes, jeunes et ados à découvrir. Faites votre choix et surtout… prenez le plaisir de lire !
La BD émouvante de la semaine : quand l'armée de l'Oncle Sam refusait que des homos se battent pour elle…
Le Pitch : G.I. Gay. 7 décembre 1941 : alors que Pearl Harbor pousse les États-Unis à entrer en guerre contre le Japon, le jeune psychiatre Alan Cole exerce à l'hôpital de San Diego. Exempté de conscription, il décide toutefois de s'engager sous la pression de son futur beau-père, général à la retraite qui ne donnera sa fille qu'à "un homme, un vrai"… C'est ainsi qu'Alan va se retrouver à examiner tous les nouveaux marines, avec pour objectif d'écarter ceux dont le comportement pourrait nuire à la cohésion des troupes : délinquants, alcooliques et surtout les homosexuels…
Notre avis : L'excellente collection Air Libre chez Dupuis nous offre ici une histoire d'un incroyable humanisme et d'une grande résilience également. Elle est signée par le duo Alcante (scénario) et Bernardo Muñoz (dessins) qui s'attaque donc à cette période difficile qui obligeait les homosexuels à vivre cachés et même bien cachés. Une époque de la honte où ils étaient considérés comme de malades mentaux, comme des criminels et subissaient de réelles purges anti-homosexuelles au sein de l'armée US. Ils n'étaient tout simplement pas dignes de se battre et d'éventuellement mourir pour la bannière étoilée. Pire, leur 'vice' aurait très bien pu se diffuser dans les rangs des soldats… Une bd faite de combats silencieux et parfois éclatants, une bd qui relate aussi une belle histoire d'amour et de fidélité entre hommes. C'est aussi les prémisses de l'affirmation d'une fierté gay qui se heurte à une vieille Amérique intolérante et violente à leur égard. C'est émouvant. C'est surtout à faire lire à certains qui continuent de diffuser leur haine homophobe sur les réseaux.

La BD introspective de la semaine : Repenser la sexualité et l'acceptation de soi
Le pitch : Éclore. Après Il fallait que je vous le dise, Aude Mermilliod continue dans Éclore, d'explorer son intimité sexuelle, sentimentale et psychologique. Elle se livre avec une sincérité et une liberté confondante à une analyse de ses expériences passées, qui l'ont parfois construite, parfois morcelée, mais dont elle a toujours appris et tiré des leçons. Parcours résilient d'une femme en territoire intime, Éclore est un témoignage indispensable, un album tout en harmonie, d'une grande sensualité, durant lequel Aude Mermilliod va germer, s'éveiller et s'épanouir, entraînant les lectrices et lecteurs dans sa quête d'équilibre.
Notre avis : Ce roman graphique d'Aude Mermilliod est bien plus qu'un simple récit personnel : il aborde des thèmes qui résonneront chez de nombreuses femmes. À travers son propre parcours, l'autrice livre une réflexion profonde sur la sexualité, le rapport au corps et la manière dont la société façonne – souvent à notre insu – nos perceptions et nos attentes. Les films romantiques nous ont transmis une vision souvent déformée, voire toxique, des relations amoureuses – empreinte de machisme et de violence sous couvert de romantisme. Sans jamais donner de leçon, Éclore nous invite à questionner ces représentations et à réfléchir au long chemin vers l'acceptation de soi et le bonheur.
La BD super héros de la semaine : un petit poilu disparu des tablettes de l'histoire mais aux exploits incroyables…
Le pitch : Héros de guerre : Albert Roche. En 1914, alors que tous les hommes sont appelés au Front, Albert Roche, petit paysan drômois, est réformé, jugé trop chétif par les médecins militaires. Pourtant le jeune chasseur alpin souhaite se battre et rejoindre ses camarades sur le champ de bataille. Grâce à sa détermination, et aussi un peu à son insolence, il est envoyé en première ligne.
Notre avis : Incroyable parcours que celui de ce jeune français, fils de fermier, qui ne rêvait que d'une seule chose : jetez les Allemands hors de France lors de la mobilisation générale. Alors qu'Albert Roche, c'est son nom, était donc exclu de tout devoir militaire, son bilan à l'issue de la guerre fut tout simplement dingue : blessé neuf fois, il a fait 1 180 prisonniers allemands en trois ans de guerre. Vous voulez un autre fait d'arme ? Quittant la protection de sa tranchée et s'exposant au feu adverse, il s'est donné pour mission d'aller sauver son capitaine blessé. Roche mit plusieurs heures pour faire l'aller-retour sur un terrain dangereux… Décoré, reconnu par les Français et adoubé par le maréchal Foch en personne, Albert Roche ne résista pas au temps qui passe. Plus personne ne se souvient de lui. Le dernier des poilus français s'est éteint il y a plus de quinze ans… Grâce à cette série "Héros de guerre", les jeunes et moins jeunes génération peuvent découvrir des hommes dont le courage et la bravoure étaient les seules armes face à l'ignoble boucherie de la Première guerre mondiale… Et en plus, c'est servi par un dessin magnifique !
La BD historique de la semaine : la bataille du Linge ou toute l'horreur de la Grande Guerre
Le pitch : Le tombeau des chasseurs. Antoine Granet a toujours eu peur du loup, et plus tard de l'Allemand, du Prussien, du "boche". Lorsqu'il arrive sur le front, incorporé dans un bataillon de chasseurs alpins, Antoine sait qu'il devra affronter sa peur. En juillet 1915, il participe à la terrible bataille du Linge. Confronté à l'horreur de la guerre, et à toute son absurdité, comment trouvera-t-il la force de survivre ? L'ennemi, ce loup effrayant, est-il vraiment celui qu'il croit ?
Notre avis : C'est vrai, il s'agit d'une seconde proposition cette semaine d'une bd qui traite de la guerre 1914-18. Et nous ne sommes même pas encore dans les environs de l'armistice… Quoique, ce n'est plus très loin non plus ce 11 novembre. On ne peut que saluer le travail en cases et bandes dessinées de restitution de batailles, souvent pour des bouts de zones géographiques, qui ont conduit malheureusement à la mort de milliers d'hommes dans la plus vile des violences… C'est le cas ici avec cette guerre dans la guerre pour reprendre une crête aux Allemands, la crête du linge en Alsace. Un terrible bataille de deux trois mois au prix humain incroyable, les forces française se cassant les deux sur divers blockhaus muni de mitraillettes automatique les pulvérisant… L'auteur, Victor Lepointe, ne laisse aucun répit au lecteur happé dans ce déluge de métal et de feu. Au coeur de l'enfer en quelque sorte… Edifiant sur le courage et l'abnégation des membres du corps des chasseurs alpins. Vous comprendrez rapidement le surnom de cette bataille : le tombeau des chasseurs… C'est avec cette inscription sur pancarte que les soldats allemands accueillirent les assauts français.
La BD pour enfants de la semaine : Un mystère et une belle découverte
Le pitch : Lucien et les mystérieux phénomènes. Tome 5 – L'ogre oublié de Sainte Barbe. Lucien, Violette et leurs amis passent les vacances d'été dans leur village. Ils sont assez grands désormais pour s'aventurer dans la "crique interdite", nommée ainsi par les adultes en raison des marées dangereuses. C'est pourtant l'inquiétante silhouette d'un homme qui va les effrayer. La légende dit qu'un ogre imprévisible et cruel hante les lieux. Des cris et hurlements se font entendre chaque nuit. Il n'en fallait pas plus pour piquer la curiosité de Lucien et Violette et les pousser à enquêter en secret. Contre toute attente, ce qu'ils découvriront sera bien plus précieux que ce qu'ils imaginaient !
Notre avis : Bien que cette collection soit destinée aux 8-12 ans, le style narratif est tout sauf infantilisant. Lucien et Violette font une véritable découverte, tant humaine que culturelle, qui les marquera profondément. Lorsqu'ils partagent leur trouvaille avec leur mère, celle-ci promet de garder le secret, mais finit par en parler à des amis. Les enfants sont à juste titre en colère, mais plutôt que de se dédouaner, leur mère s'excuse et s'arrange pour réparer le mal. La bande dessinée se termine avec un dossier d'idées créatives, offrant aux enfants des moyens de se reconnecter avec la nature, loin des écrans. C'est une belle invitation à l'exploration et à la réflexion, parfaitement adaptée aux plus jeunes.
La BD classique de la semaine : 41e aventure pous les potes Kurdy et Jeremiah !
Le pitch : Casino céleste. Embauchés pour livrer un étrange étui, Kurdy et Jeremiah se retrouvent coincés dans un étrange hôtel sans clients, où l'hôtelier leur révèle que le quartier est sous la coupe serrée de deux frères psychopathes s'opposant pourtant entre eux. Les deux amis comprennent vite qu'ils se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment…
Notre avis : Une nouvelle fois, le duo inséparable s'est fourré dans de beaux draps pour quelques centaines de dollars. Et nouvelle fois, Hermann nous emmène dans son univers qui nous happe comme une bonne brume collante pour un voyage particulier. Cette légende vivante de la BD belge nous réserve encore des surprises à l'âge de... 86 ans. Épatant de jeunesse créatrice ! On en reprend volontiers.
La BD d'aventure de la semaine : Au cœur des conquêtes coloniales
Le pitch : Antipodes. Au milieu du XVIᵉ siècle, l'aventurier français Villegagnon installe une colonie sur un îlot proche de la côte brésilienne. Afin de communiquer avec les Indiens Tupinambas, il charge Nicolas, jeune catholique français, d'apprendre leur langue et de servir d'intermédiaire. Échappant de justesse au cannibalisme des Indiens grâce à ses talents de chanteur, Nicolas s'intègre peu à peu à la tribu : il vit nu, épouse une Indienne nommée Pépin, et mange même du Portugais ! Il tente surtout de comprendre les coutumes et croyances de ses nouveaux compagnons. Persécutés de toutes parts par des démons réels et imaginaires, les Tupinambas décident de partir en quête de la "Terre sans Mal", pays mythique qui devrait les éloigner définitivement du malheur. Mais la réalité s'avérera beaucoup plus dure pour les Tupinambas, Pépin et Nicolas…
Notre avis : Cette bande dessinée de David B et Éric Lambé nous accroche dès les premières pages. Avec des dessins bruts et colorés, on plonge directement dans le cœur de l'histoire aux côtés de Nicolas. Les traits, volontairement âpres, renforcent l'immersion dans un univers à la fois sauvage et onirique, où le mystère et la brutalité se côtoient. Ce récit nous amène à réfléchir sur les notions d'humanité, de civilisation et de loyauté, qui restent pertinentes aussi bien en 1557 qu'aujourd'hui.