"Squid Game : le défi" : quand la série devient une téléréalité sur Netflix, ou quand on banalise la mort pour le jeu et l'argent (critique)
456 joueurs, réels, sont en compétition pour gagner 4,56 millions de dollars. Le jeu en reprend les codes, sans les morts. Notre critique.

- Publié le 23-11-2023 à 17h57
- Mis à jour le 29-11-2023 à 14h25

Après la série choc, c'est la téléréalité choc qui a débarqué ce mercredi sur Netflix, alors que le tournage a déjà fait l'objet de controverses après que des concurrents ont eu besoin d'une assistance médicale pendant le tournage, qui a eu lieu au Royaume-Uni. Certains menacent de poursuites judiciaires contre Netflix et les producteurs après avoir affirmé avoir été blessés pendant le tournage du jeu télévisé. Un cabinet d'avocats britannique spécialisé dans les dommages corporels représente deux joueurs anonymes qui affirment avoir souffert d'hypothermie et de lésions nerveuses alors qu'ils jouaient dans de froides conditions.
"Squid Game", c'est la série télévisée dramatique de survie sud-coréenne, diffusée en 2021 par Netflix qui a connu un succès d'audience dès sa sortie, surclassant Stranger Things et Mercredi. Une fiction dans laquelle des joueurs participent à une compétition de survie, rythmée par des jeux d'enfants comme la marelle ou 1 2 3 soleil. À chaque partie, les perdants sont tués d'une balle dans la tête. Le décor enfantin et coloré, en décalage avec la cruauté des jeux, favorise l'angoisse du téléspectateur. Avant une saison 2 très attendue par les abonnés, la plateforme diffuse une téléréalité, adaptée de la série à succès, en reprenant les codes, sans les morts, mais avec un gros pactole à la clé pour le gagnant. Si on avait tout vu en termes de téléréalité en matière de compétition et de jeu, il semble bien qu'on atteigne le fond du panier… Et cela ne présage rien de bon pour le futur.

10 000 dollars par tête
Dans cette téléréalité dérivée, tout ou presque rappelle la série d'origine signée Hwang Dong-hyeok (décors, jeux, ambiance, costumes…), mais (fort heureusement) personne ne meurt dans ce programme télévisé.
Ils sont 456 joueurs bien réels à participer à "Squid Game : Le défi". Il y a 4,560 millions en jeu, "plein de gens ont fait 100 fois pire pour 100 fois moins", annonce la voix off.
Le défi ? Rafler le pactole. Chaque participant représente à lui-même 10 000 euros. À chaque élimination, le même montant fait gonfler la cagnotte. L'objectif pour les joueurs étant de rester le dernier "survivant" du jeu et emporter la mise.
Une balle "fictive" dans le corps
"Un, deux, trois, soleil" ouvre les jeux. Ici pas de César, mais une voix anonyme derrière un personnage costumé de rouge et des spectateurs derrière leurs écrans. Les candidats en survêtement, que l'on présente au compte-goutte telle une téléréalité classique, sont prêts à se lancer dans l'arène. "Vous avez 5 minutes pour atteindre l'arrivée, attention, que le jeu commence", lance la voix. Tous devront toutefois s'immobiliser dès que la poupée géante "hyperflippante", tel que l'exprime un candidat, aura fini de chanter "1, 2, 3, soleil !", et de tourner sa tête vers les joueurs… Ceux non immobiles se voient tirés d'une balle "fictive" dans le corps, avant de se laisser tomber par terre. Signe de leur élimination. Les participants jouent le jeu, telle une fiction, pour rendre tout ceci plus réel aux yeux des téléspectateurs. "Il ne suffit pas de courir vite, il faut s'arrêter à temps", analyse Jada (candidate numéro 097). Au fil du décompte, le nombre d'éliminés grandit. Les joueurs qui arrivent au bout de la ligne sont qualifiés pour la suite… La chanson "Smile" accompagne leur euphorie. Ils ne savent pas qu'arrive le jeu du Biscuit, et avec lui le chaos…

Un seul gagnant
Pour Starla (318), de Riverside Californie, et qui croule sous les dettes, ce jeu est l'occasion de rembourser le crédit de sa maison et de sa voiture. Pour Bryton (432), étudiant, de Clemson, Caroline du Sud, qui a "toujours eu l'esprit de compétition", "chacun est maître de son destin. À partir du moment où on est fort mentalement, on se rend compte que la pitié, c'est pour les faibles". Heureusement que tout ceci n'est qu'un jeu, doit-on penser.
5 premiers épisodes sont visibles sur la plateforme. Netflix prévoit de diffuser de nouveaux épisodes le 29 novembre.
Inquiétant
On s'étonne de voir l'âge autorisé du programme dès 6 ans. Car il ne s'agit plus ici de personnages de fiction mais de personnages réels, certes avec une mort fictive. Mais un enfant peut-il faire la différence ? Les dérives de la série existent déjà sur les réseaux sociaux comme TikTok. Clairement, on banalise ici la mort pour le jeu, pour l'argent. La morale doit-on tirer : plus vous êtes manipulateurs et menteurs, sans état d'âme, plus vous pourrez aller loin dans le jeu (entend-on la vie), et plus vous gagnerez d'argent. N'est-ce pas là le mal de notre société justement ? Le factice, l'individualisme et l'égocentrisme au détriment du partage et de la solidarité vers un même but. En vouloir toujours plus au détriment des plus démunis, des plus "faibles" ? La richesse n'est détenue que par une poignée de personnes (ici une), les autres n'ont qu'à mourir ?
"L'amitié c'est pour les faibles, je vais faire ce que je sais faire le mieux : manipuler", dira un joueur. Est-ce cela que l'on veut apprendre aux jeunes, à l'avenir de notre société ?