Un plateau télé olympique sur les toits de Paris pour la RTBF: "Le risque d'attentat ? Il faut être lucide"
Pour couvrir les JO de Paris 2024, la RTBF a mis en place un dispositif historique pour le service public. Reportage exclusif en coulisses, avec les animateurs d'" A nous Paris", Benjamin Deceuninck et Anne-Sophie Depauw.
- Publié le 29-07-2024 à 06h34

Bienvenue au 8e étage de la Belgium House, aux célèbres Salons Hoche de Paris, avec une terrasse à la vue imprenable et à 360 degrés sur Paris : Le Sacré-Cœur, le Grand Palais, l'arc de Triomphe, la Défense et évidemment la Tour Eiffel. À deux pas de l'hôtel de luxe de Céline Dion et Lady Gaga (Le Royal Monceau) mais aussi du rond-point de l'Étoile, ce lieu abritait un dancing dans les années folles. Lequel est devenu le studio d'Eddy Barclay avant d'être aujourd'hui un haut lieu de réception et d'exception. "On a dû monter tout le matériel par le petit ascenseur car il n'y a pas de monte-charges, nous glisse Mathilde Bouillet, la productrice de ce projet colossal (sans oublier tous les câbles via soupirail, cave et corniches : bonjour les rats !). Une aventure humaine très forte qui a duré trois heures ! Et l'installation globale une bonne semaine."
Celle qui a démarré cette opération d'envergure (conception, idée, etc.) à partir de janvier 2022 de poursuivre. "Notre objectif était de mettre en avant cette vue exceptionnelle sur Paris. La spécificité de l'opération réside dans le fait que l'on dispose de trois sites de production ici et un à Reyers. Tout est interdépendant avec 120 personnes déplacées à Paris entre l'équipe sport, celle de l'info et les prestataires." Mais "seulement" 60 personnes restent sur la totalité de la quinzaine. À titre de comparaison, la NBC possède une équipe de… 1 200 personnes. La RTBF s'est donc lancé un défi historique durant cette quinzaine des JO en diffusant 13 heures d'antenne par jour- entre 9 et 20 heures (le soir, c'est la VRT qui prend le relais)- et plus de 220 heures sur la période des Jeux Olympiques.
"Notre studio utilise une technologie usitée sur de très gros concerts comme Coldplay ou Beyoncé"
Bref, le moins qu'on puisse écrire, est que ça s'agite non-stop dans ces bureaux et sur le studio au cœur des toits de Paris. Un endroit assez confiné, avec une kyrielle de matériel, caméras, ordinateurs et câbles qui remplissent les locaux mais pour un rendu télévisuel qui claque avec ce dispositif à la pointe. "La spécificité de ce studio RTBF est qu'il a été fait sur mesure pour ce rooftop, conclut Mathilde Bouillet. Notre studio et celui de France 2 sont deux écoles différentes. Le nôtre utilise une technologie habituellement usitée sur de très gros concerts comme Coldplay ou Beyoncé. Il a été étudié spécifiquement pour ici car le lieu est extrêmement challengeant d'un point de vue logistique. On a été en dehors des choses qui se faisaient et on a donc été chercher la technologie qui convenait aux lieux. On l'a fait s'adapter à la télé." Pour un look final différent de la concurrence et plus élégant.

Un plateau de secours en cas d'orages
Seul (petit) bémol de ce plateau olympique ? Les tours jumelles en arrière-plan (les grues de chantier) mais surtout… la pluie qui s'est invitée à la fête ces derniers jours et qui risquent de revenir sous forme d'orage. "Le premier jour, samedi, sous la pluie, fut rock'n'roll, confesse Benjamin Deceuninck, coanimateur des JO sur la RTBF avec Anne-Sophie Depauw. Déjà, il faut jongler avec les trois canaux différents. La liaison n'est pas toujours simple avec nos passages aussi dans les JT… Tout ça est une gymnastique à laquelle il faut s'habituer. On a beau avoir tout anticipé, c'est difficile. Samedi, on a dû faire preuve de pas mal de souplesse mais les gens ne s'en rendent pas compte depuis leur canapé. Dans les deux premières heures, on a eu trois ou quatre problèmes techniques." Mais les couacs ne leur font pas peur. "Il ne faut pas trop les anticiper pour ne pas être trop à cran et être négatif, confie Anne-Sophie Depauw. La pluie a été un vrai problème pour la prise d'antenne. Certains sont venus très tôt pour venir régler les soucis au studio. Tout le monde est sur le pont et cela réagit directement." Et ce n'est pas son comparse, habitué de l'exercice depuis des années, qui dira le contraire. "La pluie a été un vrai problème car elle abîme le matériel et il faut faire attention à ce que tout soit protégé, on a dû "reseter" le studio." Benjamin Deceuninck, pendant qu'un technicien est en train de vider l'eau des bâches -au moyen d'une énorme balai- au-dessus de leurs têtes, rassure alors les téléspectateurs sur l'infrastructure du studio. "Mais on a un plateau back up, couvert juste en dessous de nous, à l'étage inférieur. Là, en ce moment, ça va, c'est juste de l'eau. Mais s'il y a beaucoup de vent, ça n'ira pas car on est au 8e étage. S'il y a de gros orages comme annoncé mercredi, on ne va pas prendre de risques." Et la journaliste sportive de renchérir, avec le sourire. "C'est un peu moins joli mais on a toujours la vue sur la tour Eiffel !"

Peut-on parler de moyens déployés plus conséquents que durant l'Euro ? "On ne connaît pas les chiffres exacts mais délocaliser un studio, c'est lourd, concède Benjamin Deceuninck. C'est pour ça qu'on ne le fait quasiment jamais." "Ce sont en tout cas des mois presque des années de travail et de réflexion." ajoute sa partenaire d'A nous Paris. On a des concurrents mais ils ne bossent pas sur le même terrain que nous."
Au menu des deux animateurs qui s'apprêtent à une quinzaine sportive (l'une fait du yoga, l'autre du sport chaque matin) ? Priorité aux Belges (car "les téléspectateurs veulent suivre leurs exploits comme Remco Evenepoel et Wout Van Aert ce samedi"), à la parité hommes/femmes et les incontournables ensuite. Comme les disciplines olympiques traditionnelles que sont l'athlétisme, la gymnastique et la natation. "On est curieux sur le break dance, le surf à Tahiti, l'équitation à Versailles ou encore les images de la compétition avec le beach volley au pied de la tour Eiffel. À la fois un sport en direct et une carte postale derrière. Un décor de rêve !"

La crainte d'attentats aux JO : "Il faut être lucide"
"La sécurité fait partie du projet, nous confie Mathilde Bouillet. Ce sont beaucoup de mois de travail, de questions et d'anticipation. Il faut être lucide, ce sont des risques qui ont été pris en compte et on a mis en place des procédures et différents scénarios pour dans tous les cas de figure. Car il est important pour nous de mettre avant tout, tout le monde en sécurité." La productrice française du projet de la RTBF le confirme. "On ne peut pas faire la sourde oreille depuis des années… Le niveau de tension est encore monté d'un cran ces derniers mois." Et de détailler les process. "Il y a deux niveaux de sécurité. Celui de l'organisation olympique qui a dû prendre ses propres dispositions drastiques et auxquelles nous devons nous adapter afin de travailler efficacement ensemble. Ensuite nous, en tant que médias, pour pallier nous-même en cas de situation qui peuvent varier des retards de train de ce vendredi -suite au sabotage des câbles- à des choses beaucoup plus graves. On prie tous pour que cela n'arrive pas mais il faut être lucide. Et on a donc prévu les choses."


