Procès Falzone : "Que l'on n'écrive plus jamais que c'était un accident" insiste Dimitri De Beco, avocat de parties civiles
L'avocat a demandé aux jurés de marquer l'histoire judiciaire du pays.
- Publié le 02-06-2026 à 13h01
- Mis à jour le 02-06-2026 à 13h48
Dernier à prendre la parole pour les parties civiles, Me Dimitri De Beco s'est avancé à la barre avec la gravité de ceux qui portent encore le poids des absents. L'avocat bruxellois défend plusieurs victimes du drame de Strépy-Bracquegnies, parmi lesquelles les sœurs de Salvatore Imperiale.
Dès les premiers mots de sa plaidoirie, il a convoqué une image forte :
"Ce cortège a donné naissance à un autre cortège, depuis le 4 mai. Un cortège funèbre. J'ai eu cette image d'un village italien dont beaucoup d'entre vous viennent. Je vous voyais tous en noir, pour beaucoup. Je vais faire les derniers mètres de ce cortège avec vous. "
Me De Beco représente également les enfants de Christine Chavrepierre, septième victime du drame. Il évoque cette femme "belle" qui chantait si bien Ricotta, "une chanson que j'ai écoutée ce matin". Il parle aussi de Lorena Cascarano, frappée par une tragédie qui lui a arraché ses parents et son parrain. La jeune femme devait soutenir sa thèse de biochimie. "Toute la famille aurait été là pour ce moment de joie et de fierté. Au lieu de cela, elle a dû préparer sa déposition devant la cour."
Pas un accident
Comme les autres conseils des parties civiles, l'avocat refuse de voir dans les faits un simple accident. "Vouloir la mort n'est pas la seule façon de commettre un meurtre. Lorsqu'une personne agit consciemment et volontairement en sachant que ses actes peuvent, dans le cours normal des choses, entraîner la mort, la qualification peut également être retenue", soutient-il, en s'appuyant sur une jurisprudence de la Cour de cassation datant de 2019.
À ses yeux, Paolo Falzone a longtemps joué avec le danger. Son véhicule, dont la puissance avait été augmentée, devient dans sa démonstration l'instrument d'une roulette russe répétée.
"Chaque fois qu'il montait dans sa voiture, il prenait un revolver avec une seule balle dedans. Un jour, quelqu'un, évidemment, allait se prendre la balle. Les seules inconnues étaient quand et qui."
La date finira par être celle du 20 mars 2022.
Pas de coups de klaxon
Ce matin-là, le carnaval traversait les rues de Strépy. Paolo Falzone en avait-il connaissance ? Pour Me De Beco, la question importe peu : "En fait, il n'en a rien à faire. Il est évident que quelqu'un, soucieux de la vie des autres, freine bloc et klaxonne. Lui ne peut pas. Une main tient le volant et l'autre filme le compteur. Il fait le choix de rouler comme cela et il fait le choix, dès le premier impact, de continuer tout droit."
L'avocat s'interroge ensuite sur l'évolution des déclarations de l'accusé. Lors de sa première audition, rappelle-t-il, Paolo Falzone avait affirmé avoir vu les corps projetés dans les airs. "Il sait qu'il a traversé la foule et il continue. Lors de la reconstitution, on lui demande quand il a vu Fifa traverser son pare-brise. Il répond : au premier impact."
Puis il assène : "Ce choix-là, vous le mettrez dans l'intention d'homicide."
L'image du gille écrasé
Me De Beco salue au passage la plaidoirie prononcée quelques heures plus tôt par Grégory d'Andrea, avant d'évoquer le destin tragique de son frère.
"Votre frère a bien été défendu. Mais ce matin-là, il était sans défense. Il s'agrippait à l'auto, à sa vie. Le seul moment où Paolo Falzone a freiné, c'est à ce moment-là."
L'image, glaçante, suspend un instant l'audience. L'avocat demande aux jurés de revisiter mentalement cette scène.
"À ce moment-là, il prend une décision en connaissance de cause, et il exécute sa décision. Le meurtrier devient un assassin. La suite des évènements démontre que cet homme n'a strictement rien à faire de la vie des gens."
La déclaration de Paolo Falzone, entendue plus tôt dans la procédure, demeure pour lui inacceptable.
"C'est insupportable alors qu'il roule vite depuis plus de dix ans. Il a créé la situation lui-même."
La belle au bois dormant
L'avocat revient également sur l'attitude des deux prévenus après les faits. Les policiers les décriront comme "hagards" lors de leur interpellation rue Léon Aubry.
"Il s'arrête pour appeler sa maman, parce qu'il a décidé de ne pas retourner vers ses victimes. Quand il fait une connerie, il appelle sa maman. Pour appeler les secours ? Non, pour lui dire que sa vie est foutue et qu'il va aller en prison. "
Abordant la question des capacités intellectuelles de Paolo Falzone, Me De Beco balaie toute tentative d'excuse fondée sur son quotient intellectuel.
"Il ne faut pas avoir 120 de QI pour se rendre compte que sa conduite est dangereuse, qu'on fonce vers la foule pour tuer", affirme-t-il, allant jusqu'à soutenir que l'accusé aurait triché lors du test. "Les experts disent qu'il sait différencier les choses et qu'il est responsable de ses actes. "
Enfin, l'avocat tourne son regard vers Antonino Falzone, dont il critique sévèrement l'attitude durant les débats comme au moment des faits.
"Antonino, la belle au bois dormant réveillé par le baiser avec la foule."
Selon lui, le passager a laissé faire et encouragé Paolo dans sa quête de vitesse et de vidéos spectaculaires. "À ce moment-là, il y a un péril grave et il ne cherche pas à l'en empêcher."
Pour les parties civiles, son comportement filmé après le drame témoigne également d'une absence totale d'assistance aux victimes.
"Vous avez eu l'occasion, durant de longues minutes, d'aider les victimes. Vous avez choisi de claquer la porte au nez et de jeter votre veste."
La défense invoque un état de sidération. Un argument que Me De Beco conteste frontalement, s'attaquant à l'expertise produite.
"Le problème est qu'il est un peu mytho. Il n'a pas été frappé par plusieurs personnes. Il a reçu un coup d'une personne, il y a seize ans. Quel est le rapport entre cette scène et le mépris dont vous avez fait preuve le 20 mars 2022 ? "
Dans une plaidoirie mêlant émotion, images marquantes et démonstration juridique, Me De Beco a ainsi invité les jurés à voir, au-delà de la catastrophe, une succession de choix conscients dont les conséquences, selon lui, ne peuvent être réduites à un accident.

