Palais de Justice de Namur: une attitude "réservée"
Une cérémonie est programmée le 27 mars pour la remise des clés du nouveau palais de Justice de Namur. Dans une ambiance amère et désenchantée. Et ça se comprend.
- Publié le 06-03-2024 à 08h43

La date est fixée, les bristols sont envoyés mais on ne peut pas dire que cela génère une folle excitation auprès de tous les destinataires. Et c'est peu de le dire.
Le jeudi 27 mars, le promoteur immobilier va en effet remettre les clés du nouveau palais de justice à la Régie des bâtiments et, donc indirectement, également au monde judiciaire local. Mais comme le président du tribunal de première instance Christian De Valkenneer et ses troupes l'ont récemment appris, le grand déménagement, ce ne sera pas pour ce printemps. "Le 21 février, l'administration fédérale nous annonce que l'entrée dans le nouveau palais, ce ne sera pas avant juin 2025. Et puis le ministre, interpellé à la Chambre, parle de la fin 2024. Mais on n'a aucun engagement précis. Et la confiance n'est plus de mise. Et pourquoi pas 2026 ?, comme j'ai déjà pu l'entendre dire au palais." Christian De Valkeneer annonce une position très "réservée" quand on évoque la petite cérémonie du 27 mars.
"On imagine mal boire du champagne et manger des petits fours alors qu'une bonne partie de nos collaborateurs travaillent dans des conditions très difficiles depuis de nombreuses années", refroidit le président du tribunal de première instance de Namur. "Les organes de prévention et de sécurité au travail ont déjà dressé la liste des nombreux points orange, rouges et noirs, dans les actuels bâtiments. Depuis des années, les travaux d'entretien ou de rénovation un peu plus importants n'ont pas été effectués, toujours parce qu'on se disait que ça n'allait plus durer très longtemps et que le déménagement était en vue." Mais comme la ligne d'arrivée est à nouveau repoussée, tout le monde commence sérieusement à tirer la langue.
"On va donc payer 15 ou 18 mois de loyer ou encore plus, ce qui peut représenter plus de dix millions€ pour un bâtiment qui restera vide", peste Christian De Valkeneer.
"C'est d'autant plus insupportable qu'on vit depuis des années en période de vaches maigres. On ne cesse de nous parler de rationalisation et c'est d'ailleurs ce qui est prévu avec notre réorganisation liée à l'entrée dans le nouveau palais", insiste le premier magistrat namurois.
Des projets bloqués
La chambre du conseil, l'instruction mais aussi les affaires avec détenus… Tout cela va être recentré sur Namur. "Mais toute cette réorganisation et ces possibilités de rationalisation devront encore attendre", déplore encore Christian De Valkeneer.
"Le parquet mais aussi le tribunal de l'entreprise ont de nouveaux projets mais ils pourront seulement les lancer avec les nouveaux locaux, espaces et équipements nécessaires."
Le président du tribunal de Namur a la dent dure. "On nous demande sans cesse de faire des économies. On bloque les désignations et arrivées de greffiers et de personnel administratif alors qu'il y a un solide problème de sous-effectif. Et quand on voit comment est géré le dossier du palais de justice de Namur, on peut affirmer qu'il y a un sérieux problème de management du côté de l'administration."
Une attitude réservée n'empêche pas non plus de sortir de sa réserve.