Jean-Pierre Winberg, président du festival, se livre sur l’histoire et le succès de l’événement.

C’est devenu, au fil des ans, le rendez-vous incontournable de ce début d’année : le Ramdam Festival. La dixième édition de l’événement, qui met à l’honneur les films qui dérangent, vient de démarrer. L’occasion de réaliser une petite rétrospection avec Jean-Pierre Winberg, président du Ramdam.

Jean-Pierre, comment est né le Ramdam ?

"En 2010, Peter Carpentier, alors propriétaire d’Imagix, a contacté la Maison de la Culture, Notélé, le Conseil de développement de Wallonie picarde et la ville de Tournai pour proposer l’idée d’un festival. Ce n’était pas pour me déplaire évidemment puisqu’à l’époque, j’étais à Notélé et je râlais en rencontrant des collègues qui parlaient des festivals à retrouver chez eux alors que nous n’en avions pas."

Comment le thème a-t-il été choisi ?

"On s’est, pour cela, réunis à plusieurs reprises. Peter Carpentier avait proposé le festival du film à scandale. Cela ne m’enthousiasmait pas car j’avais peur de voir un effet de répulsion des gens. Du film à scandale, on est passé au festival du film qui dérange. Là, cela a été tout de suite l’unanimité entre les cinq partenaires."

Avez-vous eu beaucoup de soutien ?

"Pour dire vrai, on nous a très vite dit que cela ne marcherait pas, que l’idée du film qui dérange était saugrenue. Certains ne nous imaginaient pas tenir longtemps. On a bien fait de ne pas croire ces oiseaux de mauvais augure car, de 4 000 entrées lors de la première édition, on en a fait pratiquement 30 000 en 2019. Cela montre l’attractivité du festival."

Quel était votre sentiment après la première édition ?

"Il était très positif car les gens ont bien réagi. Ceux qui étaient venus étaient satisfaits. Le plus important n’est pas d’avoir le plus grand nombre mais d’avoir un bon indice de satisfaction."

Ce n’est pas plus difficile de satisfaire autant de festivaliers aujourd’hui ?

"Je ne dirais pas que c’est plus difficile mais plutôt qu’on se sent encore plus redevable vis-à-vis du public. Il y a des gens qui prennent congé pendant le Ramdam, on a une responsabilité de faire en sorte qu’ils soient satisfaits et heureux de ce qu’ils ont vu."

Qu’est-ce qui fait la particularité du Ramdam ?

"Un des avantages de notre festival est que les gens du caste, soit les réalisateurs, les acteurs, etc., sont proches des gens. Pas seulement au moment du débat en salle mais aussi après, au bar, quand les acteurs et actrices viennent aussi se détendre. Le public peut les approcher, leur parler. Il n’y a plus beaucoup de festivals qui permettent cela. Le public est très attaché à cet élément et c’est ce qui fait aussi le succès de notre festival."

La 10e édition est notamment marquée par la présence de Costa-Gavras !

"C’est un magnifique cadeau d’anniversaire. S’il y a bien un cinéaste qui a dérangé dans pratiquement tous ses films, c’est bien lui ! On va faire un face au public où il sera possible de lui poser de nombreuses questions."

Quels sont vos meilleurs souvenirs du Ramdam ?

"Curieusement, je pense à l’interruption du festival en 2015 suite à une menace terroriste (voir ci-dessous) . Impossible de ne pas citer non plus la rencontre avec Gérard Depardieu que j’ai eu la chance d’animer. C’était un tout beau moment. L’acteur était dans une période assez négative, on a eu les pires craintes et, finalement, les gens buvaient ses paroles. Cet instant était vraiment magique. Je pense encore à Lubna Azabal qui a accepté d’être notre marraine il y a dix ans lorsqu’elle était venue présenter le film Incendies . Elle a directement cru en ce qu’on faisait. Depuis lors, nous avons eu des parrains de passage mais nous avons toujours gardé notre marraine attitrée."