Droits TV, partage des revenus, calendrier : c'est quoi ce nouveau projet qui veut révolutionner le cyclisme ?
Quinze des dix-huit équipes World Tour veulent unir leurs forces pour revoir le partage des revenus, mieux exploiter les droits commerciaux et peser davantage sur l'avenir du calendrier. Décryptage.

- Publié le 05-09-2026 à 16h20

Souvenez-vous, c'était il y a un peu plus d'un an. One Cycling promettait de bouleverser le cyclisme professionnel. Porté par plusieurs grandes équipes, avec Richard Plugge, le patron de Visma | Lease a Bike, parmi ses figures les plus visibles, le projet voulait remodeler le calendrier, créer de nouveaux rendez-vous et surtout trouver de nouvelles sources de revenus. L'idée avait aussi attiré des organisateurs et un puissant investisseur saoudien (SURJ Sports Investment, prêt à injecter environ 250 millions d'euros). Mais elle s'était finalement heurtée à de nombreux obstacles, notamment du côté de l'UCI.
One Cycling n'a jamais réellement vu le jour. Mais les raisons qui avaient poussé les équipes à vouloir changer le système sont toujours là. Depuis plusieurs mois, un nouveau projet avance en silence : le Collective Cycling Group (CCG).
1. C'est quoi le CCG ?
Une structure commerciale commune portée principalement par des propriétaires d'équipes. Parmi les figures centrales du projet, on retrouve Ivan Glasenberg, propriétaire de Pinarello et de Q36.5, ainsi que Zdenek Bakala, propriétaire de Soudal Quick-Step.
Selon Escape Collective, 15 des 18 équipes masculines du World Tour devraient devenir actionnaires. Seules UAE Team Emirates-XRG, Alpecin-Deceuninck et Jayco AlUla resteraient actuellement en dehors. Plusieurs ProTeams et formations féminines doivent également participer.
À titre de comparaison, seules huit équipes étaient identifiées lorsque One Cycling avait émergé publiquement en 2024. Le CCG pourrait, lui, rassembler quinze des dix-huit formations du World Tour masculin.
Le dossier reste extrêmement sensible : les dirigeants concernés avancent sur des œufs lorsqu'on les interroge. Les détails filtrent au compte-gouttes et le projet est traité comme un dossier "secret-défense".
2. Pourquoi les équipes veulent-elles changer le système ?
Parce qu'elles jugent leur modèle économique trop fragile. Aujourd'hui encore, une équipe dépend énormément de ses sponsors. Lorsqu'un partenaire majeur se retire, son existence même peut être menacée. Dans le même temps, les formations financent les salaires des coureurs, les staffs, les stages, les déplacements et tout l'encadrement nécessaire pour participer aux plus grandes courses. Mais elles touchent très peu des revenus directement générés par ces événements.
Les droits télévisés, notamment, profitent essentiellement aux organisateurs. Une situation très différente du football, où les clubs bénéficient d'une redistribution des importantes recettes audiovisuelles générées par leurs championnats et les compétitions européennes.
Le CCG veut donc permettre aux équipes de développer davantage de revenus propres : droits commerciaux, merchandising, contenus numériques, hospitalité, exploitation de l'image des coureurs et, potentiellement, une meilleure répartition de certaines recettes. L'idée est simple : moins dépendre d'un sponsor et récupérer une part plus importante de la valeur créée.
3. Le Tour de France et les grandes classiques sont-ils menacés ?
Non. Pas à ce stade. Le CCG ne cherche pas, pour l'instant, à créer une ligue parallèle capable de remplacer le Tour, le Giro ou les grandes classiques. Mais il veut profiter de ce nouveau rapport de force pour réclamer une plus grande part du gâteau aux organisateurs, dont ASO, qui organise notamment le Tour de France, Paris-Roubaix ou Liège-Bastogne-Liège.
À terme, le calendrier pourrait dès lors lui aussi entrer dans les discussions. Mais, à ce stade, aucune refonte comparable à celle imaginée par One Cycling n'est annoncée.
4. Jusqu'où ce nouveau projet peut-il aller ?
Le partage des revenus constitue le cœur du dossier, mais le CCG veut aussi mieux vendre le cyclisme. L'une des réflexions concerne notamment les confrontations entre les stars. Pogacar, Evenepoel, van der Poel, Vingegaard ou van Aert suivent souvent des programmes différents et ne se retrouvent que sur quelques grands rendez-vous.
L'idée serait donc de créer davantage d'occasions de voir les meilleurs s'affronter, afin de rendre le produit plus attractif pour le public, les diffuseurs et les partenaires commerciaux.
5. Et les équipes belges dans tout ça ?
Soudal Quick-Step est l'une des formations les plus proches du projet, puisque son propriétaire, Zdenek Bakala, figure parmi les hommes forts du CCG. Lotto-Intermarché fait également partie des quinze World Teams engagées, puisque seules UAE Emirates XRG, Alpecin Premier-Tech et Jayco-AlUla sont citées parmi les formations restant à l'écart.
Trois équipes qui s'étaient déjà montrées réticentes ou prudentes à l'égard de One Cycling, avant que le projet ne se casse les dents. Mais cette fois, la révolution proposée semble reposer sur des bases nettement plus solides. Affaire à suivre…