Le premier fan-club de Tadej Pogacar est… belge : "Je ne réponds plus aux gens qui disent qu'il est dopé"
Créé en 2019 à Wervik, avant la première victoire du Slovène sur le Tour 2026, le fan-club belge de Pogacar compte aujourd'hui 360 membres. Rencontre avec Jeroen Mathieu, fondateur des Pogiboys.

- Publié le 22-07-2026 à 15h03

124 victoires, 4 Tours de France (et bientôt un 5e…), 2 titres mondiaux et 13 Monuments. Le palmarès de Tadej Pogacar est stratosphérique. Mais bien avant toutes ces grandes victoires, un Belge avait déjà flairé le phénomène. En 2019, alors que le Slovène n'était encore qu'un espoir de 20 ans, Jeroen Mathieu lançait depuis Wervik une simple page Facebook consacrée au jeune coureur : les Pogiboys. "Le tout premier fan-club dédié à Tadej", précise-t-il fièrement.
"Il venait de gagner le Tour de l'Algarve. Je me suis dit que j'allais créer une page pour lui, parce que je pensais déjà qu'il gagnerait le Tour dans ses deux premières participations, raconte-t-il. Quand je le disais à ma famille ou à mes amis, ils se moquaient de moi."
La suite lui a donné raison. Dès sa première participation, en 2020, Pogacar renversait Primoz Roglic lors du contre-la-montre de la Planche des Belles Filles. "À ce moment-là, tout a explosé. Aujourd'hui, nous sommes environ 360 membres, en Belgique, mais aussi aux Pays-Bas, en France ou en Espagne. J'ai même envoyé des casquettes au Japon et aux États-Unis. C'est dingue de penser que tout est parti d'une page Facebook."
"Killer sur le vélo, aimable en dehors"
Pourquoi un supporter belge a-t-il choisi de vouer sa passion à un Slovène ? "Sa manière de courir m'a immédiatement attiré. Sur le vélo, c'est un killer. Mais, dans la vraie vie, c'est une personne très aimable. Je l'ai rencontré de nombreuses fois et il est très simple", précise celui qui supporte aussi les coureurs belges "quand Pogacar n'est pas là."
Les Pogiboys ne suivent pas leur idole uniquement devant la télévision. Chaque année, un bus d'une soixantaine de personnes est affrété pour le Tour des Flandres. "Pour nous, les Flamands, le Ronde reste la plus grande course. À Liège-Bastogne-Liège, nous sommes généralement entre 20 et 25. Nous allons aussi en Italie, sur les Strade Bianche ou le Tour de Lombardie."
Le fan-club se rend également chaque année sur le Tour. La semaine dernière, ses membres passeront quatre jours dans les Vosges. Ces déplacements ont permis à Jeroen de nouer une relation privilégiée avec la famille Pogacar.
"Je suis déjà allé en Slovénie et ses parents m'ont proposé de venir les voir. Ils voulaient me montrer la montagne sur laquelle Tadej s'entraînait, près de Komenda. Sur le Tour, nous les retrouvons aussi et il nous arrive de manger ensemble le soir."
"Lorsqu'on est le meilleur, on est critiqué"
La domination de Pogacar suscite pourtant de plus en plus de critiques. Certains lui reprochent de ne rien laisser à ses adversaires. D'autres alimentent les soupçons liés au dopage.
"Je reçois moi-même beaucoup de critiques sur Internet, via ma page. On m'écrit qu'il gagne trop, qu'il ne laisse rien aux autres ou qu'il est dopé. Mais, dans tous les sports, lorsqu'un gars est le meilleur, il est forcément critiqué. Moi, je ne réponds même plus."
Le Belge comprend que l'histoire du cyclisme entretienne la méfiance, mais refuse que chaque performance soit automatiquement suspectée. "Malheureusement, le passé est ce qu'il est. Mais nous sommes dans une autre époque. Les coureurs sont énormément contrôlés et Pogacar est l'un de ceux qui le sont le plus. On ne peut pas lancer ce genre d'accusations sans preuve."
Quant à ceux qui jugent le Tour ennuyeux lorsque le Slovène écrase tout, il ne partage évidemment pas leur lassitude. "Les statistiques comptent aussi pour lui, comme le nombre de jours en jaune ou les victoires d'étape."
"Encore trois rêves : Roubaix, la Vuelta et les JO"
Depuis 2019, les motifs de célébration n'ont pas manqué. Mais une victoire reste au-dessus des autres : son premier succès au Tour des Flandres.
"Beaucoup pensaient encore que Pogacar était uniquement un grimpeur et qu'il ne pouvait pas gagner sur les pavés. Voir notre héros remporter le Ronde, c'était exceptionnel. Même s'il le gagne encore, la première restera toujours la plus spéciale."
Jeroen avait prédit qu'il gagnerait le Tour, mais pas qu'il deviendrait aussi complet. "Il me reste trois rêves : le voir gagner Paris-Roubaix, la Vuelta et les Jeux olympiques aux États-Unis. À ce moment-là, sa carrière sera complète pour lui… et un peu pour moi aussi."
Les Pogiboys ont encore un quatrième rêve : recevoir une visite de leur idole dans leur quartier QG dans un café situé face à la gare de Wervik. "Tadej n'est pas encore venu, mais je sais qu'il le fera un jour. Peut-être lorsqu'il aura arrêté sa carrière, pour nous remercier de toutes ces années de soutien."
En attendant, les victoires vont encore s'empiler. Mais elles ne sont jamais banales. "Je ressens encore les mêmes émotions que lorsqu'il remportait ses premières courses. On ne s'habitue jamais vraiment à le voir gagner."
