Frigo vide, Mbappé et tournoi de beach-soccer: l'incroyable parcours de Sandro Trémoulet avant Seraing
Sandro Trémoulet travaillait encore la saison dernière, sans jamais se plaindre.
- Publié le 03-09-2022 à 11h06
- Mis à jour le 05-09-2022 à 20h15

Le cliché est éculé mais garde une large caisse de résonance dans la population : le footballeur professionnel est dorloté depuis son plus jeune âge et touche des salaires démesurés. Ceux qui prennent un malin plaisir à rabâcher ce discours devraient rencontrer Sandro Trémoulet. Le défenseur central français a signé son tout premier contrat professionnel cet été, après avoir gagné une place de titulaire à Sète, en Nationale. À 22 ans, il est en retard sur le trajet conventionnel mais en découvrant son parcours de vie, on peut légitimement dire que sa réussite tient du miracle.
1 "À quinze ans, je devais déjà remplir le frigo"
"Lorsque j'avais quinze ans, j'ai eu l'occasion de réaliser des tests à Valenciennes et Clermont. Malheureusement, l'affaire n'a pu se conclure à cause de problèmes personnels. Tout a basculé en une semaine."
"Le mardi, je me fais les croisés lors d'un simple mouvement à l'entraînement. La sensation était étrange, je n'arrivais plus à prendre appui sur ma jambe droite lorsque je montais les escaliers. Je me suis fait opérer par un chirurgien renommé et, aujourd'hui, je ne garde plus aucune séquelle de cette vilaine blessure."
"Cinq jours plus tard, mon papa décède. Je n'avais plus la tête au football, je devais aider ma mère à remplir le frigo. À ce moment, je n'avais plus aucune envie de quitter la maison pour tenter ma chance en centre de formation. J'ai privilégié ma vie familiale et je n'ai jamais regretté ma décision car je suis arrivé dans un club professionnel, ce qui prouve que mon choix était le bon."
2 "Le regard des autres change : ils avaient pitié"
"J'ai donc commencé à travailler, même si le terme est quelque peu exagéré vu que j'étais encore mineur. J'ai fait des petits boulots à gauche et à droite. C'était suffisant pour subvenir aux besoins de ma famille, et aux miens car je ne demandais pas de sous à ma mère. Je tiens quand même à préciser que je n'ai jamais manqué de rien. Je n'ai pas vécu mon adolescence comme les autres enfants de mon âge. Mettez-vous à ma place : j'avais quinze ans, je venais de me faire les croisés et de perdre mon papa. Au lycée, je devais supporter le regard des autres. Je voyais bien qu'ils avaient pitié de moi. Je me demandais à quoi allait me servir l'école, tout était flou dans ma tête. Je pensais davantage à gagner des sous pour donner un coup de main à ma famille qu'à être assis derrière un banc d'école."
3 "J'ai joué contre Mbappe : pas mauvais du tout…"
"J'ai rejoint Sète en U15. Je suis monté en division nationale avec les U17 alors que j'étais U16. C'était le Graal : nous avons affronté des équipes comme Monaco, Marseille, Ajaccio, Bastia et Toulouse. J'ai joué contre des futures stars comme Boubacar Kamara (Aston Villa) ou encore Kylian Mbappé. Il était plus frêle qu'aujourd'hui, mais il était au-dessus du lot. Il avait déjà sa petite réputation mais je m'en foutais. Contre nous, il a mis un but et donné une passe décisive. L'entraîneur nous avait dit qu'il n'avait pas été très bon… Ce n'était quand même pas mauvais !"
"Par la suite, je pouvais rester à Sète mais j'ai choisi de rejoindre les U19 de Castelnau car je voulais continuer à affronter des équipes professionnelles. J'ai croisé la route de Wesley Fofana (Chelsea) et Alban Lafont (Nantes), puis notre premier coach est décédé durant la saison. Cyril Jeunechamps (ex-Auxerre, Rennes, Montpellier) a repris le flambeau et nous nous sommes sauvés."
4 "J'ai joué l'Euro de beach soccer avec la France"
"Lorsque tous les championnats ont été mis à l'arrêt à cause du Covid, je me suis mis au beach soccer. J'en faisais avec des collègues ; ça me permettait de garder la forme. Montpellier, un club habitué à jouer les premières places, m'a offert un contrat. C'était chouette car je travaillais de nombreux aspects de mon jeu : la technique, le physique… et je voyageais souvent."
"Lors de ma deuxième année, j'ai été repris en sélection française et j'ai disputé l'Euro… où j'ai même marqué contre l'Italie. Malheureusement, nous avons été éliminés au premier tour mais entendre la Marseillaise avant un match, ça fait frissonner. Je jouais parfois juste derrière l'attaquant car j'avais une bonne demi-volée mais on m'a vite replacé en défense. Je pouvais jouer à toutes les places, même gardien ! J'ai réfléchi à l'opportunité de devenir professionnel mais les contrats sont de courte durée. J'ai donc choisi le foot à onze."
5 "Anderlecht ? Une première dans un tel stade"
"La saison dernière, j'ai progressivement gagné ma place à Sète. Nous avons assuré le maintien du club mais je ne touchais pas beaucoup d'argent. Mon salaire me permettait de survivre, pas de vivre. J'ai donc combiné le foot avec des petits boulots. Parfois, je travaillais sur des chantiers pendant la nuit, je rentrais chez moi pour dormir une heure puis j'allais m'entraîner. Je ne le disais à personne au club, je ne voulais pas de traitement de faveur."
"Quand j'ai reçu l'offre de Seraing, je n'ai pas hésité. Je voulais goûter au monde professionnel. C'était peut-être aussi le bon moment de quitter ma famille et de voler de mes propres ailes."
"Avant, je n'avais jamais joué devant plus de 7 500 spectateurs alors qu'il y en avait le triple à Anderlecht. Mes jambes n'ont pas tremblé, j'avais juste envie de kiffer le moment, surtout quand tu vois d'où je viens. Je n'ai pas de quoi me plaindre : j'ai un toit, un frigo plein, je peux m'entraîner et je suis en bonne santé. Il faut en profiter car tout peut aller vite dans la vie. Jouer dans un tel club est déjà quelque chose d'énorme pour moi. Je sais que des bonnes performances peuvent me permettre d'aller plus haut et de mettre ma famille à l'abri sur le long terme. C'est aussi pour cela que j'ai quitté mon cocon français."