Longs trajets en Équateur, blessures et apprentissage de l'anglais : Kevin Rodriguez, le héros unioniste qui a eu du mal à s'intégrer
L'Équatorien s'est montré décisif ce week-end. Une libération pour un joueur dont l'adaptation n'a pas été évidente.
- Publié le 22-01-2024 à 18h07

La joie était immense. Tellement immense que Kevin Rodriguez en a enlevé son maillot, l'a jeté au sol et a couru en direction du banc saint-gillois. Le but inscrit par l'Équatorien au bout des arrêts de jeu face à Saint-Trond a libéré tout un stade et a été vécu comme une libération personnelle pour celui qui n'a pas connu une adaptation facile à Bruxelles. Retour sur les cinq premiers mois en jaune et bleu de celui qui était appelé à remplacer Victor Boniface à l'Union.

Un appel puis un avion
Le départ de Kevin Rodriguez vers l'Europe n'était pas vraiment prévu pour cet été. Passé de la D2 à la D1 équatorienne en janvier 2023, "La Rola" comptait d'abord faire ses preuves dans son pays natal avant de réaliser son rêve d'atteindre l'Europe. Mais un appel téléphonique de son agent, qui lui explique que l'Union, qui avait déjà créé les premiers contacts plusieurs mois auparavant, est fortement intéressée par son profil, change sa destinée. Un ticket d'avion est réservé à son nom pour le lendemain, si le projet l'intéresse. Rodriguez décide de sauter sur l'occasion et de rejoindre une équipe qui a perdu Victor Boniface un gros mois plus tôt. Le 1er septembre, au lendemain de sa qualification en Europa League, l'Union officialise l'arrivée de l'Équatorien jusqu'en 2027.
Plusieurs retours au pays
À peine arrivé en Belgique, Rodriguez repart déjà en Équateur au début du mois de septembre pour participer à deux matchs internationaux, dont un face à l'Argentine de Lionel Messi. Avant de faire ses débuts fin septembre, lors de la première journée d'Europa League face à Toulouse. Au total, Kevin Rodriguez retournera une fois en septembre, une autre fois en octobre et une nouvelle fois en novembre en Amérique du Sud pour jouer avec l'Équateur. Un pays situé à plus de 10 000 kilomètres et à plus de 12 heures d'avion de la Belgique… "Il a réalisé plusieurs voyages en équipe nationale, ce qui n'a pas facilité son intégration, explique Alessio Castro-Montes. Nous sommes tous très contents qu'il ait marqué ce but très important, qui a été un soulagement énorme pour lui. C'est un bon gars dans un groupe qui n'a pas eu des premiers mois faciles."
En plus de devoir quitter l'Union à plusieurs reprises lors de ces cinq premiers mois à Bruxelles, celui qui a du mal à s'habituer au temps belge arrive sans parler le moindre mot de français ou d'anglais. Au quotidien, le centre-avant est aidé par Kevin Mac Allister qui fait office de traducteur. Comme après la victoire face à Bruges, lors de laquelle Rodriguez rentre furieux aux vestiaires après avoir loupé un penalty en toute fin de rencontre avant de remonter sur le terrain et d'avoir une discussion positive avec son coach. "J'essaie de lui parler dans une sorte d'italien, sourit Alexander Blessin. Mac Allister est toujours proche de lui et il se montre aussi ouvert d'esprit pour apprendre rapidement. J'adore sa mentalité. Venez à un de nos entraînements et vous verrez que tout le monde aime Kevin. Sur le terrain, il est parfois un peu sauvage, mais il a tellement de qualités comme sa vitesse ou ses contrôles. À nous de le développer pour qu'il devienne encore plus fort ; il est sur le bon chemin."
"Je suis content pour Kevin, il est tellement loin de sa famille."
Hiérarchie des attaquants
Comme si ce n'était pas assez, Kevin Rodriguez a aussi connu des problèmes physiques. Blessé aux adducteurs et souvent contrôlé par le staff médical pour éviter une rechute, l'Équatorien n'a finalement été titularisé qu'à trois reprises en Pro League cette saison. Il semble d'ailleurs être le quatrième choix dans la tête de Blessin derrière Amoura, actuellement à la CAN, et le duo Ayensa-Nilsson, titularisé ce dimanche. "Nous avons fait le travail avant que Kevin ne se montre décisif, analysait Ayensa, qui est l'autre hispanophone du groupe. Je suis content pour lui ; il est tellement loin de sa famille. Il a eu des problèmes d'adaptation, mais nous l'aidons au quotidien pour qu'il se sente le mieux possible."

C'est dans cette logique que Blessin a accepté qu'il rentre une nouvelle fois au pays durant la trêve hivernale, pour qu'il puisse assister à la naissance de son second enfant. Avant de remercier son coach de la meilleure des manières quelques jours plus tard via un but tardif, vécu par tous comme une délivrance…