Roland-Garros – Raphaël Collignon est entré dans une nouvelle dimension: "Je veux garder mes yeux d'enfant"
Radioscopie de la situation du Liégeois avant son seizième de finale de ce samedi contre Matteo Arnaldi.

- Publié le 30-05-2026 à 10h29
- Mis à jour le 30-05-2026 à 11h20

Qu'il le veuille ou non, Raphaël Collignon est entré dans une autre dimension en dominant Ben Shelton, son premier top 5, à Roland-Garros. Un endroit où toutes les performances des Belges sont scrutées à la loupe et prennent une plus grande dimension.
Malgré ce nouveau statut qui pourrait s'accompagner dans dix jours d'une entrée dans le top 50, Le Liégeois de 24 ans reste le même. Un garçon simple, souriant avec souvent un bon mot qui fait le bonheur des journalistes. Avant son seizième de finale à Paris, nous avons analysé sa situation actuelle à travers différents prismes.
Je préfère les matchs où je n'ai rien à perdre."
Encore un manque de confiance
Défier Matteo Arnaldi, ce samedi en troisième match sur le court 14, deux jours après les événements du Suzanne-Lenglen s'apparentera à un match piège : "On sait très bien que je suis quelqu'un qui réfléchit beaucoup, qui préfère les matchs où je n'ai rien à perdre. Je joue un peu plus libéré. Je sais qu'il faut que j'y aille pour gagner. Je ne peux que créer l'exploit. C'est une position que j'aime bien."
Face à l'Italien, l'outsider deviendra favori pour de nombreux observateurs : "Quand je joue un match abordable, j'ai peut-être un peu le bras qui tremble. Parfois, j'ai du mal à faire le jeu, parce que j'ai l'impression que si je joue à mon niveau je vais probablement gagner. Donc, j'ai vraiment du mal à me lâcher."
Je suis un passionné de tennis."
Encore des yeux d'enfant
Si de nombreux joueurs affichent une forme de lassitude sur le circuit, Rafi, le surnom utilisé par ses fans, a conservé ses yeux d'enfants : "Quand je suis rentré sur le terrain contre Ben Shelton, je me suis rappelé les moments où j'étais devant ma télévision, où je regardais les grands matchs. Je suis un passionné de tennis. Surtout, Roland-Garros, je l'ai toujours regardé. Me trouver sur ce terrain, cela m'a fait quelque chose, évidemment. Des souvenirs te viennent en tête. C'est important de garder ses yeux d'enfants."
Pour une raison précise : "Parce que ce n'est pas banal, c'est incroyable, ce que j'ai vécu, ce qu'on vit dans des tournois comme ici, parce que, au final, c'est toujours l'endroit où on a voulu être."
Avec Zizou et Alex, on se tire vers le haut."
Une saine émulation
Est-ce que sans la présence de Zizou Bergs et d'Alexander Blockx, ses compagnons de Coupe Davis et bientôt du top 50, Raphaël Collignon se montrerait aussi performant. On ne le saura jamais mais cette situation enchante l'intéressé.
"On n'est pas loin les uns des autres. Avec nos belles performances, on a pris conscience qu'on pouvait battre les meilleurs, monter au classement. Alex est dans le top 40, c'est exceptionnel. On ne se sent pas moins fort que lui. C'est cela qui est bien avec notre génération. On se tire vers le haut. C'est de bon augure pour la suite. Le beau parcours d'Alex ces dernières semaines m'a inspiré. C'est peut-être en partie grâce à lui que j'ai réussi à faire ce match contre Shelton."

Un produit marketing
Depuis son éclosion au plus haut niveau, l'image de Raphaël Collignon est devenue plus forte et donc plus attractive pour les marques. Le Liégeois est soutenu par Babolat, Asics, Ixina, Tao et plus récemment Ice Watch et Tomorrowland (NdlR : comme Bergs et Blockx avec un contrat de trois ans).
"Chez Tomorrowland, nous avons toujours eu à cœur de soutenir les jeunes talents et de les aider à développer pleinement leur potentiel, Zizou Bergs, Raphaël Collignon et Alexander Blockx font clairement partie de cette nouvelle génération de Belges dont nous pouvons être fiers, nous a-t-on expliqué chez Tomorrowland. Cette démarche s'inscrit dans une vision plus large que nous portons depuis de nombreuses années. Dans la musique, nous accompagnons de jeunes artistes à travers notre DJ Academy. À travers notre fondation, nous soutenons également des jeunes partout dans le monde afin qu'ils puissent s'épanouir de manière créative."
Bientôt autonome
Pur produit de la fédération francophone, il est au centre de Mons depuis sa première secondaire au tennis-études, Raphaël Collignon joue depuis peu le rôle de locomotive pour le tennis wallon : "C'est génial pour la fédération et pour l'ensemble du staff, expliquait il y a peu Olivier Davin, directeur sportif de Tennis Wallonie-Bruxelles. Raph est passé par l'ensemble de la filière. Avant ses 10 ans, il était déjà dans une formule hybride avec des entraînements fédéraux et en club, avec Didier Jacquet à Fayenbois. Il est entré en 2015 au tennis-études, il est maintenant dans la Team Pro. Ce parcours est inspirant."
Et il coûte de l'argent à la fédération, un montant qu'on peut évaluer à 100 000 euros par an entre la bourse et les frais. Ceux de Steve Darcis qui passe plus de 80 % de son temps de travail avec Collignon et le préparateur physique qui est à 50 % pour Raphaël. En retour, ce dernier paie une petite participation mensuelle dérisoire au vu de l'encadrement. Sans oublier que le Liégeois doit rendre un petit pourcentage de ses prizes-money à la fédération. "Notre objectif, c'est de mettre des choses en place pour les amener dans le top 100. Ce qu'on retouche est injecté dans la formation des jeunes."
Avec la percée de Raphaël (NdlR : qui a aussi un contrat mi-temps de l'Adeps), la collaboration devra évoluer en 2027 car la vocation de la fédération est d'amener ses joueurs vers les sommets avant de les laisser voler de leurs propres ailes quand ils sont autonomes financièrement. Ce qui implique que d'ici quelques mois, Steve Darcis devra se positionner. Mais une formule hybride peut être envisagée comme avec Thierry Van Cleemput quand il avait suivi David Goffin.