Eliane Tillieux: "Avec le Vlaams Belang, je suis confrontée à un exercice complexe"
La socialiste Eliane Tillieux préside des séances plénières parfois houleuses, mais se réjouit avant tout de l'"intensité du débat parlementaire".
- Publié le 19-02-2022 à 20h36
- Mis à jour le 19-02-2022 à 20h37

C'est l'aboutissement de tout un combat", confiait Eliane Tillieux, le 13 octobre 2020, au moment d'accéder au perchoir de la Chambre des représentants. L'entrée en fonction de la socialiste marquait un moment important non seulement dans sa carrière, mais également dans l'histoire de l'assemblée, qui était présidée pour la première fois par une femme.
Depuis lors, l'ancienne ministre wallonne de la Santé, de l'Action sociale et de l'Égalité des chances n'a de cesse de tenter d'imposer durablement sa marque. Quitte à quelque peu bouleverser les habitudes des parlementaires… Eliane Tillieux est l'Invitée du samedi de LaLibre.be.
La situation d'urgence épidémiologique a été prolongée la semaine dernière alors que le Comité de concertation a assoupli les mesures sanitaires. N'est-ce pas un non-sens ?
"On voit que les chiffres diminuent, qu'il s'agisse des contaminations ou des hospitalisations. Cela est indéniable. C'est pourquoi le Codeco a acté toute une série d'assouplissements. Mais le Covid nous a déjà surpris à plusieurs reprises. Nous avons été mis à mal plus d'une fois. Nous avons dû alors nous réadapter et parfois revenir sur des décisions parce que l'on s'était rendu compte qu'elles n'étaient pas les bonnes. Il nous faut à présent une vision à long terme. Personne ne pourra nous reprocher de vouloir regarder vers l'avenir. Le baromètre va nous aider à prendre les bonnes décisions et à aller vers l'avant."
L'opposition a estimé que les pouvoirs du Parlement étaient "confisqués" par ce prolongement de la situation d'urgence épidémiologique…
"Au début de la pandémie, quand nous nous sommes retrouvés face à cette situation d'urgence, aucun des partis n'a hurlé. Pourtant, des mesures ont été mises en œuvre, des décisions ont été prises par arrêtés ministériels et des choses ont été réglées rapidement. On ne sait pas si on sera quitte du virus dans les prochaines semaines ou s'il va encore rebondir et nous promettre des heures difficiles. Il faut pouvoir s'assurer que l'on puisse réagir en connaissance de cause. L'opposition peut évidemment critiquer la manière. Mais ce que nous souhaitons, nous, en personnes raisonnables ayant déjà vécu des années compliquées en termes d'ajustement des décisions, c'est de pouvoir fournir le cadre adéquat si cette situation devait se répéter demain."
Il s'agit tout de même d'une critique souvent émise lors de la crise sanitaire. Avons-nous fait face à un dangereux précédent démocratique ?
"Le parlement a fait ce qu'il avait à faire. Quel est son rôle ? Contrôler l'action du gouvernement : nous l'avons fait. Adopter les budgets : nous l'avons fait. Adopter des législations : nous l'avons fait. La Chambre a provoqué le débat à chaque décision. On a doublé le nombre d'interpellations et de questions parlementaires. Les services du parlement n'ont jamais autant travaillé que durant cette pandémie. On peut continuer à râler mais, à un moment, il faut venir voir la réalité du travail dans ce parlement."
Catherine Fonck vous a reproché d'être la "présidente de la majorité" plutôt que d'être la présidente de tous les députés. Que répondez-vous à cette critique ?
"À partir du moment où mon objectif est la qualité des travaux, je ne comprends pas sa critique. Les projets de loi qui avaient été ajoutés à l'ordre du jour le 10 février l'avaient été avec l'assentiment des partis d'opposition donc il n'y a vraiment pas de fondement aux reproches de Mme Fonck."
La N-VA n'hésite pas à claquer la porte… Le comportement des nationalistes n'est-il pas parfois surprenant ?
"C'est logique, il y a une raison derrière le comportement de la N-VA. Il s'agit du premier parti en Flandre et le fait de ne pas se retrouver dans une majorité est important pour ses électeurs. Les nationalistes flamands veulent donc marquer le coup et ils ont parfois des manières fortes de l'exprimer, c'est tout à fait compréhensible."
Êtes-vous parfois étonnée d'entendre certains partis critiquer vivement en séance plénière les décisions du Comité de concertation auxquels ils participent pourtant ?
"S'ils ne le faisaient pas, on dirait qu'ils servent la soupe au gouvernement. Ce n'est pas le cas. Il y a des expressions parlementaires qui vont à l'encontre de décisions prises par le gouvernement. Pour ma part, je trouve cela sain que la démocratie s'exprime, que les parlementaires font remonter ce que les gens pensent sur le terrain. Le parlement est un lieu de débats."
Le Vlaams Belang tient parfois des propos controversés. Est-ce compliqué pour vous de recadrer ce genre de comportement ?
"Je suis confrontée à un exercice complexe. Les 18 parlementaires du Vlaams Belang ont été élus. Ils ont donc une légitimité démocratique. La difficulté, c'est de savoir quelle est la limite de leur liberté d'expression. Il faut voir si elle est respectueuse ou pas. Si cela va à l'encontre de personnes à titre personnel, alors les propos doivent être recadrés. Mais si ce sont des expressions générales, c'est beaucoup plus compliqué de supprimer le droit de parole."
Va bientôt commencer le débat sur le maintien ou non du Covid Safe Ticket. Ces discussions sont-elles encore utiles au vu de la quasi-unanimité pour dire qu'il faut l'abandonner rapidement ?
"On a l'impression que beaucoup s'expriment pour dire qu'aujourd'hui ce Covid Safe Ticket n'est plus utile, mais rien n'empêche de mener le débat. Même si c'est pour parvenir à la même conclusion. Le débat permettrait également d'évaluer la période écoulée : est-ce que ce CST était nécessaire ? Qu'est-ce que ça a permis ou pas ? Quels ont été les freins à son utilisation ? Est-ce qu'il y a eu des distorsions ? Nous devons mener ces débats au niveau parlementaire aussi pour évaluer la période écoulée et être mieux préparé à l'avenir. On sait aussi que pour voyager, le CST a été nécessaire pour aller et venir. Nous devons aussi nous coordonner avec les autres pays européens, nous devons donc préparer cette stratégie européenne."
Que pensez-vous de la proposition de l'Open VLD de supprimer le Sénat ? Ne sert-il plus à rien comme le disent les libéraux flamands ?
"Je trouve étonnant que Stephanie D'Hose fasse une sortie aussi forte dès lors qu'elle préside elle-même le Sénat. Il n'y a pas eu d'expression de l'assemblée, c'est une expression personnelle assez surprenante. Le Sénat est un lieu de rassemblement et de débat pour des parlementaires issus d'assemblées différentes. Le Sénat peut donc être le lieu d'une concertation interparlementaire. Évidemment, il faut regarder les compétences qui lui sont attribuées actuellement… Une réforme devrait peut-être être envisagée pour faire en sorte de doter cet outil de véritables compétences et d'une efficacité. Il est important de rester au courant de ce que font les uns et les autres. On a l'impression qu'en Wallonie, on ne lit pas la presse flamande et vice versa. Ce constat nous sépare et ce n'est pas propice au dialogue. J'aimerais que nous réenclenchions de meilleures manières de se parler. Mais nous avons besoin d'un lieu pour le faire. Je ne sais pas si c'est le Sénat mais c'est une des options. Ma collègue évoquait également des assemblées citoyennes. Toute une réflexion sur la démocratie participative est également utile et je suis prête à la mener."
Estimez-vous avoir un rôle important dans ce pays ?
"J'espère (rires). La présidence de la Chambre, c'est l'occasion d'avoir une vue assez large sur ce qui se passe au niveau des gouvernements, des parlements et aussi des relations extérieures. C'est une position de choix dans le système politique belge."