"Adolescence", la série choc de Netflix à voir dès la secondaire mais accompagné : "Ça ouvre le débat, tout l'enjeu est de savoir qu'en faire"
Numéro 1 en Belgique et ailleurs, la série Netflix s'invite dans les débats. Parents, enfants, écoles... Tout le monde est concerné

- Publié le 02-04-2025 à 07h14
- Mis à jour le 02-04-2025 à 07h15

Un meurtre, un suspect de 13 ans et quatre épisodes en plan séquence. Voilà la recette de la série "Adolescence" qui cartonne en ce moment sur Netflix. "C'est palpitant, captivant et assez choc. C'est une très bonne façon d'intéresser les adolescents à des problématiques très actuelles. Ça peut leur parler et avoir une portée plus importante qu'un cours classique", commente Dr Caroline Depuydt, psychiatre, cheffe de service à la clinique Fond'Roy et directrice médicale adjointe d'Epsylon.
En dénonçant l'impact des contenus toxiques et misogynes ainsi que la violence auxquels sont exposés les jeunes sur les réseaux sociaux, la série suscite le débat. "Elle met en lumière un problème de société lié à de multiples facteurs, face auquel beaucoup de gens ne savent pas comment réagir", a déclaré le premier ministre britannique Keir Starmer tout en s'inquiétant des "dangers de la radicalisation en ligne". Netflix a annoncé rendre la série disponible gratuitement dans les écoles secondaires du pays.
Une initiative de la plateforme soutenue par le Britannique et saluée chez nous. "Utiliser un support qui sert de centre d'intérêt des jeunes est toujours intéressant. Partir d'éléments de leur vie pour en faire une réflexion, les relier au programme existant, c'est utile mais il faut que la série soit édifiante", réagit le pédopsychiatre Bruno Humbeeck. "Une série ou un film de ce genre est un miroir et une fenêtre sur le monde : c'est les autres et soi en partie."
Du côté de la ministre de l'Éducation Valérie Glatigny, on reconnaît que c'est un bon point de départ d'une discussion dans les écoles sur la radicalisation en ligne et ses mécanismes mais prescrire la série et la rendre obligatoire n'est pas envisageable aussi facilement. "La liberté pédagogique des écoles et des pouvoirs organisateurs est la norme en la matière. La thématique est laissée à la libre "liberté pédagogique" des équipes éducatives. Dans divers cours, il est néanmoins possible de parler de la thématique (français, religion, CPC, …) à travers divers outils tels que des films, des séries et des lectures afin d'appréhender le sujet, susciter le débat, faire prendre conscience du phénomène."
Pas à voir seul
Netflix déconseille la série aux moins de 12 ans. Pour Bruno Humbeeck, il est surtout important de ne pas la regarder non accompagné. "C'est un mauvais plan de regarder quelque chose d'édifiant seul dès que ça manifeste de l'intérêt. L'enfant pourrait se poser les mauvaises questions. Un enfant qui n'a pas l'âge prescrit mais est accompagné comprendra mieux qu'un enfant seul avec l'âge prescrit."
Caroline Depuydt, qui a vu la série phénomène, recommande un visionnage accompagné à partir de la secondaire. "Avant, je ne suis pas sûre qu'un enfant a les clés pour comprendre. Ça ouvre le débat sur plein de problématiques et tout l'enjeu est de savoir quoi en faire. D'où vient cette violence si jeune dans une famille qui ne coche pas les cases de la précarité ? Des réseaux sociaux ? De la masculinité ? Des traits de personnalité ? ça ouvre le débat et alerte sur les risques de violence."
Selon les experts, le risque de donner de mauvaises idées est très faible. Un effet de copycat apparaît quand la fin est présentée comme la seule option possible pour faire bouger les choses.
L'adolescence, la cible facile
Se laisser entraîner dans une spirale infernale des réseaux sociaux… La fiction rejoint la réalité face à une jeunesse en perte de repères dans une société qui se renferme dans le virtuel où tout est décuplé. "C'est un phénomène grandissant et inquiétant. On voit le meilleur comme le pire sur les réseaux sociaux : jugement, violence, injonctions sociétales contradictoires… À l'adolescence, on se construit, on cherche à s'autonomiser mais il y a une immaturité cérébrale. Entre le cocktail d'hormones et l'hyperactivité des émotions, les ados sont la cible facile à tous ces contenus toxiques", pointe la psychiatre.
Pour lutter contre ce phénomène, Bruno Humbeeck encourage à développer l'esprit critique dès la maternelle. L'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) prend toute son importance.