Un film sur Dutroux, avec Benoît Poelvoorde et "de nombreux acteurs belges très connus" !
Fabrice Du Welz va aussi diriger "de nombreux comédiens belges très connus" dans Maldoror . Tournage durant l'été 2022.

- Publié le 21-09-2021 à 06h32
- Mis à jour le 21-09-2021 à 16h48

Inutile de chercher plus loin le film amené à faire l'événement l'année prochaine ou début 2023. Et, pour une fois, il n'est lié ni à James Bond ni aux super-héros Marvel, mais à notre petit pays. Répondant au titre assez mystérieux de Maldoror, le prochain long métrage de Fabrice Du Welz (après la sortie du très attendu Inexorable) va en effet s'inspirer librement de l'affaire Dutroux, avec Benoît Poelvoorde en tête d'affiche dans un rôle qui reste à préciser. Autant dire que cela va faire énormément de bruit.
L'intrigue tournera autour de l'enquête menée par un jeune policier, Paul Charlier, "obsédé par une affaire impliquant un célèbre pédophile après avoir été tout près de l'attraper", selon le producteur Jean-Yves Roubin.
"Le scénario est totalement achevé, nous explique Fabrice Du Welz. Nous en sommes à l'étape du casting. Je ne peux pas vous le dévoiler maintenant, mais il y aura de belles surprises, avec beaucoup de personnages et d'acteurs belges très connus. C'est mon projet le plus ambitieux. J'en rêve depuis 15 ans."
Pourquoi avoir pris tant de temps ?
"C'est un projet assez coûteux. Il faut donc trouver le financement. Et aussi laisser passer du temps pour bien l'aborder. Le moment est venu, je pense, d'affronter notre trauma par l'intermédiaire d'un film. Ce ne sera pas une approche dégueulasse, mais une sorte de catharsis pour tout le monde. Je l'envisage comme un mélange de thriller (comme Zodiac) et de film noir, quelque chose de haletant qui rassemble le plus de gens possible."
Quelle distance prendrez-vous par rapport à l'affaire Dutroux ?
"Ce sera très documenté, tout en restant dans le domaine du cinéma. Ce n'est pas un docu-fiction. On va couvrir la période de 1993 à 2001, en se centrant surtout sur les dysfonctionnements et la guerre des polices. L'arrestation de Marc Dutroux a constitué un basculement pour notre société, qui a mis en lumière les grands dysfonctionnements des années 1990. Une époque qui nous paraît désormais fort lointaine. Mon objectif n'est pas de mettre de l'huile sur le feu, mais de permettre d'affronter un passé qui nous a tous marqués profondément."
Pourquoi l'avoir appelé Maldoror ?
"À l'époque, l'opération pour traquer Dutroux s'appelait Othello. J'ai choisi Maldoror en références aux chants composés par le comte de Lautréamont."
À perdre la raison, de Joachim Lafosse, inspiré librement du quintuple infanticide par Geneviève Lhermitte, avait suscité énormément de polémiques avant même sa présentation. Ne craignez-vous pas la même chose ?
"Je n'ai peur de rien, parce que je suis un homme de cinéma, pas un politicien. Je ne présente pas une thèse sur l'affaire Dutroux, mais je m'intéresse à une histoire qui a traumatisé le monde entier, exactement comme on le fait régulièrement dans le cinéma américain ou français. Cela s'est déroulé voici 25 ans, et il me semble qu'il est temps d'en faire une fiction. Je pense que ce film est nécessaire, s'il est réussi, car cette affaire fait partie intégrante de notre vie. Elle nous concerne tous. Mais j'insiste, il s'agit d'une fiction qui s'inspire de la réalité. La majorité des personnages sont inspirés de personnes qui ont réellement existé, mais ils restent des personnages de fiction."
Comment avez-vous vécu l'affaire Dutroux ?
"J'avais 20 ans à l'époque, et elle m'a déstabilisé. Je crois que cela a probablement changé totalement ma vision du monde et des gens. J'étais béat face à ce théâtre infernal, qu'on nous imposait tous les jours à la télévision. C'est pour cela qu'il est temps de prendre du recul via la fiction."
Quand envisagez-vous de tourner Maldoror ?
"Si tout va bien, durant l'été 2022. Le plus grand défi sera, assurément, de trouver le bon équilibre entre la fiction et la réalité telle que nous l'avons tous très mal vécue."
Avant la sortie de Maldoror, les spectateurs belges auront l'occasion de se plonger dans une autre affaire judiciaire qui a défrayé la chronique à son époque, avec L'Ennemi de Stephan Streker, librement inspiré de ce qu'on a appelé l'affaire Wesphael, suite au décès de son épouse, Véronique Piroton. Un film impressionnant, qui sortira sur les grands écrans le 26 janvier 2022.
La preuve que le cinéma belge, loin de se cantonner dans les films sociaux, sait aussi plonger dans les grands événements judiciaires du pays.